#JMC19 : Le spectacle vivant fait sa transition écologique

04/12/2019

Comment assurer une tournée artistique de manière éco-responsable ? Une deuxième vie est-elle possible pour les décors ? Peut-on réduire la consommation énergétique d’un parc de matériel technique ? La transition écologique passera-t-elle par la relocalisation des productions ou de nouveaux modes d’organisation des tournées ?

 

Autant de questions soulevées lors de la table ronde « Développement durable et économie circulaire : des acteurs pour le spectacle vivant », organisée le 7 octobre 2019 lors de la 4e édition des Journées du Management Culturel, à la Maison des Métallos (Paris).

 

Le sujet du développement durable s’empare de toutes les sphères de la société et n’épargne pas le spectacle vivant dont l’empreinte carbone peut être considérable. De nombreux professionnels du spectacle vivant présents aux JMC ont manifesté leur volonté de mieux faire tout en pointant les difficultés à agir de manière individuelle. C’est donc tout l’écosystème du spectacle vivant – artistes, collectivités, financeurs, tourneurs, lieux, labels, public… - qui est mis à contribution pour tenter de trouver des solutions collectives, au-delà de l’engagement moral.

 

Autour des témoignages de Cléa Merlen (ACT - artistes citoyens en tournée), Paul Dedieu (La Ressourcerie du Spectacle / Le Crapo) et ​Aurore Stalin (SLOW DANSE), de nombreuses propositions pour réduire l’impact écologique des activités artistiques sont présentées aux JMC 2019. L’enjeu : agir de manière éco-responsable sans mettre en danger des équilibres financiers déjà fragiles, voire précaires.

 

Les principaux impacts environnementaux

 

A l’écoute des différents intervenants, nous avons retenu trois facteurs de pollution majeurs :

 

1. Les déplacements : qu’il s’agisse de transporter des artistes et techniciens ou du matériel, c’est LA bête noire ! Si les artistes gagnent leur vie, se distinguent et peuvent accéder à des conventionnements grâce aux tournées nationales et internationales, leur empreinte carbone s’en ressent. Et comme il n’y a pas de spectacle sans spectateurs, il faut aussi tenir compte de ces déplacements individuels vers les lieux de représentation.

 

Quelques solutions évoquées : compensation carbone, réduction des énergies fossiles (avion et voiture sont contractuellement remplacés par le train, voir le vélo – mais plus lent et plus cher !), organisation de tournées par secteurs géographiques pour mutualiser et limiter les déplacements, relocalisation des productions et des tournées sur le modèle des circuits courts, partenariats avec les collectivités développant des solutions de mobilité douce pour assurer la logistique des derniers kilomètres, travail de création à distance grâce au numérique…

 

 

2. La restauration : sur la route, la restauration rapide, industrielle et sur-emballée est la solution de facilité. Pour autant, lorsque les lieux d’accueil adoptent une démarche éco-responsable, une transition vers une nourriture plus saine et qui génère moins de déchets est possible. Tout est une question d’organisation.

 

Quelques solutions évoquées : des « riders » plus éco-responsables, hébergement en appartements équipés de cuisines plutôt qu’à l’hôtel, cuisines partagées sur les sites de production ou de résidence, abonnement à des AMAP, suppression de la vaisselle à usage unique et des bouteilles en plastique au profit de l’eau du robinet ou de bonbonnes en festival…

 

 

3. Le matériel : il y a la question du déplacement du matériel (technique, décors…) mais aussi celle de sa consommation énergétique, de la destruction ou du réemploi des matériaux et des décors. La mise à la benne, le stockage, le transport, l’incinération coûtent parfois plus cher que le réemploi. Alors, comment faire pour que le déchet devienne une ressource ? La responsabilité des concepteurs, des prestataires et des producteurs est ici engagée.

 

Quelques solutions évoquées : les ressourceries, le réemploi, les groupements d’achats et la mutualisation des moyens, penser la conception du matériel en amont (concernant la consommation énergétique, la durée de vie, le réemploi des matériaux), collaborer avec les acteurs de la gestion des déchets et avec les collectivités impliquées dans le développement durable, choisir des prestataires eux-mêmes engagés dans une démarche environnementale, effectuer un travail de lobbying pour le développement de filières de recyclage (économie circulaire)…

 

 

Les enjeux de la coopération

 

Coopérer ? Plus facile à dire qu’à faire ! Nous synthétisons ici plusieurs pratiques collaboratives évoquées pour intégrer - sans les imposer brutalement - les enjeux du développement durable à ceux du spectacle vivant.

 

• Des référentiels et pratiques communes : les acteurs du monde culturel échangent et mutualisent pour faire émerger de nouveaux usages. Le collectif ACT, entre autres, promeut et facilite les pratiques éco-responsables auprès des acteurs du spectacle vivant grâce à des outils, référentiels et chartes d’engagement.

 

• Communiquer pour impliquer les publics : un festival comme le Festif (Québec) a inscrit le développement durable dans son ADN. Chaque année, il communique sur son bilan et mobilise ainsi un public toujours plus nombreux, adhérent non seulement à sa programmation artistique et à son esprit festif, mais aussi à son engagement pour un monde écologiquement responsable. Aujourd’hui, les collectivités soutiennent le Festif qui est devenu un pilier de l’économie locale.

 

• Partenariats avec les institutions : territoires, acteurs du socio-éducatif, financeurs, tissu associatif, employeurs, développement économique… le décloisonnement et l’implication des institutions dans les enjeux du développement durable sont une clé pour accompagner la transition écologique des organisations culturelles. Les institutions et tutelles culturelles ont un rôle à jouer en faisant par exemple évoluer les critères de conventionnement ou de labellisation dans le sens de l’éco-responsabilité.

 

• Co-construction et expérimentation : à l’image de SLOW DANSE qui mobilise dans sa démarche le Centre chorégraphique national de Nantes pour investir une friche en milieu rural, l’exploiter artistiquement et expérimenter la transition écologique en lien avec les habitants. Se laisser l’opportunité de chercher, tester, implémenter et accompagner les pratiques qui vont dans le sens d’une transition écologique et citoyenne durable.

 

• Logique économique globale : les acteurs de la culture doivent se connecter à l’économie réelle et dialoguer avec les autres industries pour agir dans un objectif commun. Cela peut se traduire, au niveau local, par le développement de solutions de recyclage et de réemploi, la conception de produits plus écologiques, en partenariat avec les différents acteurs territoriaux et industriels concernés. C’est le challenge réussi de La Ressourcerie du Spectacle.

 

• Relocalisation : les circuits courts, ce n’est pas que pour les tomates ! Si consommer responsable, c’est consommer localement, pourquoi ne pas soutenir la création et la diffusion locale dans un esprit de dynamique territoriale sociale avant d’envisager des modes de tournées plus responsables ? Coopérer avec les acteurs locaux et s’inspirer de diverses pratiques territoriales - y compris à l’étranger - est alors primordial.

 

 

 

L’œil de Mon cher Watson

 

Pour conclure, nous retenons qu’il existe des petits et des plus grands gestes, ceux qui nécessitent de repenser les modes d’organisation, la relation à l’autre et au travail, de redéfinir les temporalités qui nous guident, et enfin, de rompre les logiques de compétition territoriale. Le chantier est énorme, tout comme la responsabilité de chacun dans les écosystèmes liés au spectacle vivant, des ministères aux artistes, en passant par les prestataires de services, les producteurs et le public.

 

Le partage et la mise en commun des expériences de chacun donnent une dimension collective aux actions des acteurs du spectacle vivant. En décuplant ainsi les énergies, la logique éco-responsable entrera petit à petit dans les mœurs comme une évidence et les impacts positifs deviendront de plus en plus visibles.

 

Une véritable révolution de nos modes de pensée, de travail et de consommation semble être en train de s’opérer. Vœu pieux ou réelle vague de fond ? Chez Mon cher Watson, nous voulons croire en cette transition au côté de tous les projets que nous soutenons ou accompagnons !

 

Ecologiquement vôtre. 

Cet article, qui rompt avec le format traditionnel de nos interviews, rend compte d'un sujet qui nous tient particulièrement à cœur. Convaincues que la culture est un élément indispensable pour un développement durable global, nous sommes heureuses d'avoir vu le sujet de la transition écologique du spectacle vivant abordé lors des Journées du Management Culturel 2019.

 

Partenaires de cet événement depuis 2017, nous remercions chaleureusement les organisateurs pour leur accueil, les étudiants surmotivés de Dauphine Culture et l'ensemble des participants et intervenants avec qui nous avons noué de précieux liens. On vous dit à bientôt !

 

Géraldine et Aurélie - alias Mon cher Watson.

Tout savoir sur la 4ème édition des JMC :

(Re)lire l'interview d'Anaïs Mekki, coordinatrice des JMC 2019.

Lire le bilan des JMC 2019

 

Aller plus loin :

Lire toutes les enquêtes de Mon cher Watson sur les Journées du Management Culturel

Lire d'autres enquêtes sur le développement durable dans la culture

 

 

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