Au musée, on joue en famille

21/10/2019

Chouette, une sortie au musée ! Quels parents ne rêveraient pas d’entendre ces mots.

Et bien Caroline Rosnet, muséo-entrepreneure et spécialiste de l’ingénierie pédagogique, en a fait son cheval de bataille. Elle rassemble autour de l’association Môm’art de nombreuses familles et institutions culturelles qui partagent une idée simple : apprendre et s’amuser en famille sont deux notions hautement compatibles.

 

Avec la charte Môm’art, les 10 droits du petit visiteur ou encore l’estampille « musée joyeux », une dynamique positive se propage dans les musées européens et jusque chez nos amis canadiens.

 

Côté médiation culturelle, Mon cher Watson a testé et approuvé les cartes Muséojeux (kit de survie au musée en famille), car c’est sur le terrain de la relation enfants/parents que se joue un rapport positif aux œuvres et aux musées.

 

- Bonjour Caroline, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

 

Je suis passionnée par l’art et par la transmission depuis... toujours, je crois ! 

 

Mes années universitaires en histoire de l’art et la naissance de mes enfants ont nourri ce désir de transmission : contribuer à rendre la culture accessible à tous dès le plus jeune âge. 

 

J’ai donc fondé Up culture, une agence d'ingénierie culturelle spécialisée jeune public qui propose aux musées et structures culturelles des outils pédagogiques sur-mesure, ludiques et innovants ainsi que des formations.

 

Par ailleurs ma participation active à Muséomix depuis 8 ans, m'a permis une immersion dans un laboratoire d'innovation ouverte et collaborative. J'ai pris conscience du pouvoir du design thinking appliqué à l'offre culturelle notamment dans le domaine numérique.

 

L’enjeu qui me touche particulièrement est l’accessibilité à la culture par le biais de la parentalité : faire des musées des terrains de jeux et de découvertes pour toutes les familles. Cette démarche est nourrie par les valeurs que je porte : curiosité, partage intergénérationnel, bienveillance et culture.

 

Dans cet esprit, j’ai fondé l’association Môm’Art, qui milite pour rapprocher les familles des lieux culturels (musées, muséums, centres d’art, patrimoine).

 

- Quelles solutions proposez-vous pour rendre la culture accessible à tous dès le plus jeune âge ?

 

Dans notre société, l'accès à la culture passe principalement par le biais de la sortie scolaire ou périscolaire. Or la médiation qui met la famille au cœur du processus peut être une autre voie de démocratisation culturelle. Il y a un véritable enjeu culturel et social à reconsidérer la place de la famille au musée. C'est ce champ que Môm'Art propose d'explorer davantage. 
 

Môm'Art est un écosystème qui repose sur deux piliers, les musées et les familles. Notre association invite les musées à afficher les « dix droits du petit visiteur » et à signer une charte de bonnes pratiques qui les engage à améliorer leurs services et leur accueil. Depuis   4 ans, près de 150 musées ont signé la charte Môm’Art et sont ainsi devenus des « musées joyeux ».


Les familles « muséotesteuses » constituent le deuxième pilier de l'écosystème. Môm'Art veut rendre accessible les musées aux familles qui n'osent pas en franchir la porte, particulièrement celles éloignées de la culture. Môm'Art fonctionne comme un laboratoire social et collaboratif où les parents échangent des idées tirées de leurs expériences au musée. Nous pensons que le musée peut devenir un lieu d'épanouissement de la parentalité, qu'il peut être un lieu créateur de liens familiaux intergénérationnels. 

 

 Et si on s'amusait au musée ? © Olivier Frajman

 

- Vous avez créé le sac de Muséojeux, un kit ludique à utiliser en famille pour visiter tous les musées. Pouvez-vous nous présenter ses principes pédagogiques ?

 

Avec l'illustrateur Dominique Le Bagousse, nous avons conçu un sac qui contient tout le matériel nécessaire pour jouer et découvrir n'importe quel musée en s'amusant de 0 à 109 ans. La pédagogie des muséojeux est une médiation simple et universelle !

 

Mimer une sculpture, chantonner devant un tableau, inventer un dialogue, décrire une œuvre à une personne qui a les yeux bandés… chaque carte est un jeu très simple à faire en famille, sans pré-requis en histoire de l'art.  

© Olivier Frajman

 

J’aime l’idée que les sorties au musée en famille puissent devenir de véritables moments de complicité et de fête. On ne trouve pas toujours des activités adaptées à tous les âges lorsque l’on va dans un lieu culturel. Les cartes Muséojeux permettent de jouer avec les œuvres en autonomie, au rythme de chacun. 

 

Les Muséojeux favorisent l'observation, l'imagination et la communication complice entre adultes et enfants. Ils permettent de s'approprier les œuvres et les lieux et de rendre l'art vraiment accessible à tous. Avec les Muséojeux, les fous-rires sont garantis ! L'envie de retourner au musée aussi…

 

 

 

- Le musée est un lieu de transmission… tout comme la famille ! Quel parallèle dressez-vous entre ces deux « institutions » ?

 

Que cherchons-nous à transmettre à nos enfants ? En anglais patrimoine se dit heritage. Les musées renferment notre patrimoine, ce que nous ont léguées les générations qui nous ont précédées. Dans la famille, les histoires, les traditions, les caractères, les goûts et les couleurs...  tout un héritage culturel se transmet d’une génération à l’autre. C’est également en famille que l’on s’éveille, grandit et découvre ensemble.

 

Les musées sont de formidables imagiers géants où les œuvres peuvent agir sur nous comme des miroirs. Elles peuvent inciter la famille à partager et à échanger pour mieux se découvrir. Cette transmission-là passe par une approche sensible et bienveillante : manipuler, observer, commenter, rire, s’étonner, partager... jouer.

 

Pour permettre de tels échanges au musée, il suffit d’ouvrir grand les portes aux enfants et aux adultes qui les accompagnent et de faciliter ces échanges par la mise à disposition d’outils de médiation simples et bien pensés, qu’ils utiliseront en autonomie. 

 

C’est ainsi que je vois les musées et que les institutions devraient les considérer, pour les rendre attractifs et vivants : comme des terrains de jeu où le patrimoine se transmet de façon active et sensible permettant les expérimentations, la transversalité, le fou-rire, la connivence, l’échange. Ainsi le patrimoine ne sera pas seulement « conservé » mais aussi transmis. 

 

- Votre carte Muséojeux préférée ?

 

Je les aime toutes mais #Muséodevine est ma carte préférée. Mettre le « muséobandeau » sur ses yeux et écouter une petite voix vous décrire une œuvre avec force de détails en omettant souvent le sujet principal, c’est drôle et cela permet d’engager la conversation sur beaucoup de sujets différents : pourquoi as-tu choisi cette œuvre ? Quel détail préfères-tu ? Aimes-tu ce thème ?

 

C’est très amusant de devoir choisir et décrire une œuvre à son tour, on peut s’amuser à varier le style de description tour à tour classique, énigmatique ou comme un inventaire à la Prévert.

Merci Caroline pour cet entretien, nous suivrons bien sûr l'actualité bouillonnante de Môm'art et l'arrivée de la version numérique des Muséojeux avec le chatbot Arty... work in progress !

 

Crédits photos © Olivier Frajman

 

 

 

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