Vaux-le-Vicomte : pas de transmission sans conservation (1/2)

16/09/2019

Ce n’est plus un secret entre nous : Mon cher Watson adore les châteaux ! Alors voici une enquête en deux temps dans les coulisses de la plus grande propriété privée classée au titre des Monuments Historiques en France : le château de Vaux-le-Vicomte.

 

Ce domaine qui nous transporte au cœur du XVIIe siècle est l’œuvre de Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV. Autour des jardins à la françaises créés par André le Nôtre, le château dont l’architecture a été confiée à Louis le Vau, impose ses lignes nouvelles et son prestige. Modèle de ce que deviendra quelques années plus tard le château de Versailles (confié aux mêmes maitres d’œuvre), Vaux-le-Vicomte est resté entièrement meublé et décoré, conservant son esprit d’antan.

 

La famille de Vogüé, actuelle propriétaire des lieux, assure depuis 1968 son ouverture au public. Avec plus de 300 000 visiteurs annuels, la conservation du bâtiment et du mobilier représente un enjeu de taille.

 

Manon Béguier, attachée de conservation du château de Vaux-le-Vicomte, partage avec nous son quotidien au service de la préservation d’un patrimoine unique.

 

- Bonjour Manon, quel parcours vous a conduit jusqu’au Château de Vaux-le-Vicomte ?

 

Je rêve depuis toute petite de travailler dans un château. J’ai toujours adoré l’histoire, notamment sociale, qui me permettait d’imaginer la vie des personnes autrefois. C’est donc assez logiquement que je me suis orientée vers une Classe préparatoire pour préparer le concours de l’École des Chartes.

 

J’ai ensuite rejoint l’université pour valider une licence d’histoire et une licence d’aménagement des territoires, puis un Master spécialisé dans le patrimoine. Ce dernier s’est avéré très instructif aussi bien dans son aspect pratique de conservation des collections que dans son aspect de valorisation auprès du public.

 

A l’issue de celui-ci et d’expériences professionnelles complémentaires, j’ai souhaité intégrer un grand château, un peu par utopie. Et  bienheureusement, mon souhait s’est réalisé en étant recrutée au château de Vaux-le-Vicomte, dans lequel je m’occupe aujourd’hui de la conservation des collections.

© Château et jardins de Vaux-le-Vicomte

 

- Qu’est-ce qui fait de ce château un lieu de patrimoine unique ?

 

C’est un château qui a longtemps été habité, les propriétaires ont cessé d’y vivre il y a peu, et cette âme, cette vie, se ressent encore aussi bien dans les marques encore visibles d’occupation (portes de service, couloirs domestiques, office…), que dans l’atmosphère qui y règne.

 

Bien évidemment, c’est un monument, qui, d’un point de vue architectural est extrêmement innovant et beaucoup des expérimentations qui ont été réussies ici ont été réutilisées ailleurs ; ce qui l’érige en modèle. Le fait que le jardin et le château ait été construits ensemble avec une volonté commune, en fait un bijou d’harmonie.

 

Enfin, c’est un lieu entièrement meublé avec du mobilier d’une très grande finesse, ce qui rend mon travail en conservation d’autant plus intéressant que ces pièces sont véritablement uniques.

 Petites mises en scène dans le Cabinet de Mme Fouquet © Manon Béguier

 

- Vous avez dressé et rendu public un inventaire de vos missions de chargée de conservation : du dépoussiérage de mobilier à la recherche en archives, en passant par la réalisation de constats ou encore la préparation de tournages de cinéma… vos activités sont pour le moins diversifiées ! Comment décririez-vous votre rôle au sein de Vaux-le-Vicomte ?

 

J’ai la chance de travailler avec l’ensemble des services du domaine : service technique, service mécénat, service évènementiel, service programmation culturelle, service communication etc… c’est donc un rôle que je trouve particulièrement enrichissant, car j’ai affaire à des personnalités très différentes, qui ont des perceptions différentes du château.

Mes missions sont extrêmement diversifiées et je dois faire preuve de beaucoup de polyvalence, ce qui rend mes journées toutes différentes. Je travaille souvent dans l’ombre, puisque la majorité de mes tâches se déroulent dans les réserves ou dans le château lorsque celui-ci est fermé au public.

 

Je gère le suivi des mouvements des œuvres, les inventaires, la bonne tenue des réserves, et tous les aspects de conservation du mobilier et des œuvres d’art au quotidien dans un édifice historique. Enfin, j’essaie de valoriser au mieux les collections et nos connaissances auprès des services et des différents publics.

 

- Ce travail essentiel à la préservation du site est pourtant invisible aux yeux des visiteurs : peut-on dire que la conservation du patrimoine est le premier pas vers la transmission auprès du public ?

 

C’est tout à fait vrai, car sans conservation, les œuvres se dégraderaient à vue d’œil ! Le bon entretien des collections et leur étude est un préalable essentiel à la bonne connaissance des œuvres et donc à la diffusion de cette connaissance auprès du public.

 

Par ailleurs, l’ouverture d’un édifice historique aux visiteurs entraine inévitablement et involontairement des dégradations qui nécessitent un entretien et une attention toute particulière. Nous faisons tout notre possible pour préserver au maximum le château afin que dans plusieurs centaines d’années, d’autres visiteurs aient la chance de voir cette merveille du XVIIe siècle.

 

De plus, il me semble indispensable de transmettre ce que nous savons des collections. Car sans valorisation, les œuvres ne peuvent prendre vie aux yeux des visiteurs qui peinent alors à comprendre l’intérêt des objets et leur unicité… Et  sont moins sensibles aux enjeux de conservation. C’est un cercle vicieux !

 

- Pouvez-vous partager avec nous un coup de cœur pour un objet ou une pièce du château ?

C’est une question bien difficile. J’ai beaucoup d’admiration pour le grand salon, cette grande salle ovale au centre du château qui présente un décor sculpté très foisonnant. La fresque centrale qui devait être peinte par Charles Le Brun n’a jamais été réalisée, Nicolas Fouquet ayant été arrêté avant. Cependant nous conservons une copie du croquis qui montre tout le génie de l’artiste. Elle devait s’articuler avec le décor sculpté juste en dessous, qui représente lui aussi les saisons, les mois, les signes astrologiques, les dieux romains, les planètes… Ce sont toutes les connaissances en astronomie et astrologie qui devaient être représentées dans cette salle, et qui devait faire de Vaux-le-Vicomte le palais du soleil.

 

J’ai passé des heures à observer les décors et à chercher des correspondances entre les sculptures et le croquis de Le Brun, et j’ai l’impression de n’en comprendre aujourd’hui qu’une infime partie, tant la symbolique est foisonnante et profonde … Je reste impressionnée par tant de génie développé dans ce château !

Un immense merci Manon pour cette interview, nous retrouverons dans un article à suivre celle d'Hortense Alland, responsable de la communication du château de Vaux-le-Vicomte. A très bientôt !

 

 

 

 

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