Le plan de sauvegarde des biens culturels : un document indispensable.

24/04/2019

Suite aux événements à Notre-Dame de Paris la semaine dernière, Mon cher Watson a souhaité revenir sur la sauvegarde des oeuvres et du patrimoine culturel. Et notamment, en amont, avec l'établissement des plans de sauvegarde.

 

Nous avions déjà traité des sujets similaires dans des précédentes enquêtes : la prévention contre le feu avec Bruno Saudemont de PrevSecurité, le mécénat avec la Fondation du Patrimoine et la société Hephata, et également la conservation-restauration avec l'Association Française des professionnels de la conservation-restauration. Tous les articles sont à (re)lire ici.

 

Nous avons demandé à Charline Lamarche, consultante pour les établissements culturels pour l'édification de leurs plans de sauvergarde, de nous expliquer les grands enjeux de ces démarches préventives.

 

 

- Bonjour Charline, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ? 

 

J’ai choisi de me spécialiser dans les plans de sauvegarde des biens culturels (PSBC) à travers mes stages de fin d’études, notamment au CICRP – Centre Interdisciplinaire de Conservation et Restauration du Patrimoine - , au LC2R – Laboratoire de Conservation, Restauration et Recherches - et au CFBB - Comité français du Bouclier Bleu.

Forte de cette expérience variée en institution publique, atelier privé et milieu associatif, j’accompagne, depuis, les établissements culturels pour leur permettre de préserver leurs collections face aux risques. Quels risques ? De la fuite d'eau à la crue centennale, et selon les caprices de Dame Nature. Sans oublier ceux de Monsieur incendie. Mon champ d’action ? De la prévention à l’intervention. Mon outil de prédilection ? Le plan de sauvegarde des collections : réducteur de dégâts et facilitateur d’efficacité lors d’un sinistre. Mon approche ? Ludique et pragmatique pour y associer le personnel de l’établissement culturel.

J’ai récemment accompagné le musée de Bretagne dans la réalisation de son plan de sauvegarde des biens culturels. Je vais prochainement animer une formation sur les PSBC pour les responsables de collections. Actuellement, je participe au programme européen Interreg – Alpine Space CHEERS sur la préservation du patrimoine dans les Alpes face aux risques naturels.

 

 

- Pouvez-vous nous décrire le processus de mise en place d'un plan de sauvegarde dans un établissement culturel ?

Un plan de sauvegarde des collections est un document synthétique, opérationnel, adapté à un établissement culturel et à destination des forces de secours et du personnel de l’établissement. Il se compose de fiches. Le PSBC est un dispositif très complet ce qui le rend complexe à mettre en œuvre. Cependant, il se découpe en plusieurs phases :

 

La phase de prévention répond aux questions suivantes : quels sont les risques, où sont-ils ? Comment réduire ces risques ? Car « il mieux vaut prévenir que guérir ». Il s’agit ici, d’agir sur les causes des risques.

 

La phase d’intervention avec le dispositif de protection des collections qui répond aux questions suivantes : par quels moyens techniques et ou humains protéger les biens culturels ? Quand la solution proposée n’est pas suffisante, le dispositif d’évacuation intervient : quand et comment évacuer les œuvres ? Il s’agit, ici, d’agir sur les conséquences du sinistre.

 

Puis, la phase de stabilisation et de rétablissement : comment stopper la propagation des dommages sur les collections et l’édifice ? Quelles mesures avant de réintégrer les collections ? quelles actions pour une continuité et une reprise de l’activité de l’établissement culturel ?

 

Pour tester, puis intégrer les procédures en cas d’urgence, l’organisation d’un exercice ou d’une simulation est recommandée car c’est très riche et constructif.

 

>> Pour aller plus loin :  lire l'article du Huffington Post sur l'exercice incendie à Notre-Dame de Paris

 

 

La mise en place d’un plan de sauvegarde peut être facilitée par la présence d’une assistance à maitrise d’ouvrage tout au long du projet. L’association des sapeurs-pompiers locaux, à la création d’un tel dispositif est indispensable.

J’aime comparer les étapes du dispositif de sauvegarde à celles de la cuisine. On peut faire différentes recettes avec les mêmes ingrédients de base ! On mitonne sa réponse à l’urgence en fonction du sinistre et des ressources mobilisables le jour J.

  • Dispositif de prévention : c’est préparer les ingrédients

  • Dispositif d’intervention : c’est cuisiner et déguster

  • Dispositif de stabilisation et de rétablissement : c’est digérer et réapprovisionnez

Je suis le Chef cuisinier lors de chacune des étapes : préparer les ingrédients, créer les recettes personnalisées pour les institutions et réaliser les plats-tests.

 

 Démontage de l'exposition "1937 : Les peintres de la réalité" au Musée de l'Orangerie - 2007 - © Aurélie Romand - Mon cher Watson

 

 

- Le "risque zéro" existe-t-il ?

Le risques zéro n’existe pas et ne peut pas exister même avec la mise en place d’un plan de prévention des risques et un plan de sauvegarde des biens culturels. Par contre, chacun au sein de l’établissement culturel doit s’employer dans ses activités au quotidien, à tendre vers ce risque zéro. Cela passe par une sensibilisation des personnels et une connaissance des risques potentiels et la mise en place de bonnes pratiques. Les dispositifs de gestion des risques et de sauvegarde des collections résident en un subtil équilibre. Le risque ne peut que se « déplacer » et « se minimiser » mais sans disparaître totalement. On parle de mitigation des risques. C’est un élément essentiel à garder en tête lors de la mise en place d’un plan et ensuite pour faire vivre le dispositif et le garder à jour et opérationnel.

Aussi, plus l’alerte d’un sinistre est donnée tôt et plus il est facile d’intervenir avant que le sinistre n’ait eu le temps de trop se propager et ne soit plus maitrisable. Une défaillance humaine et/ou technique ou des circonstances météorologiques exceptionnelles peuvent venir induire un effet domino ou un effet papillon très dommageable pour le patrimoine. Donc assurément non, le risques zéro n’existe pas mais le risque résiduel, lui, est bien réel.

 

 

 

Merci Charline d'avoir accepté de répondre aussi rapidement à nos questions !

 

Nous vous invitons également à lire le communiqué de presse de l'Association Française des professionnels de la conservation-restauration concernant le rôle des conservateurs-restaurateurs dans la restauration et la reconstruction des Monuments Historiques touchés par des sinistres, notamment Notre-Dame de Paris.

 

 

Lire d'autres Enquêtes sur le thème de la sauvegarde du patrimoine et la prévention des risques.

 

 

 

Lire l'Enquête précédente : Quel lien entre politique culturel et développement local ?

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