Hephata : les clés pour financer un patrimoine utile

08/10/2018

Du loto du patrimoine aux plateformes de crowdfunding, en passant par les fondations et autres associations de sauvegarde, de nombreuses solutions s’ouvrent désormais aux propriétaires pour sauver et redonner vie aux sites patrimoniaux en péril.

 

Car le financement, c’est le nerf de la guerre et la jeune start-up Hephata l’a bien compris ! Charlotte Le Grelle, sa présidente et fondatrice, propose des services facilitant l’accès aux financements, mais aussi aux connaissances et aux compétences nécessaires à la réhabilitation, l’administration et l’exploitation d’un site patrimonial.

 

Tradition, innovation et utilité sociale ont décidément beaucoup en commun...

 

- Bonjour Charlotte, quel parcours vous a conduit à créer Hephata ?

A chaque fois que l’on me pose cette question, ma réponse évolue ! Il y a tellement d’éléments qui m’ont conduit à fonder Hephata… Pour résumer, j’ai toujours été sensible aux vieilles pierres. Depuis toute petite, j’ai baigné dans cet univers des grandes maisons avec du monde, du miel et des légumes du jardin, des tracteurs pour aller débroussailler les forêts, des toiles d’araignées dans tous les recoins et surtout, des rires d’enfants. Mon lien avec le patrimoine commence là je pense.

 

Après, c’est une conjonction d’événements… j’ai d’abord découvert que ces bâtiments étaient en péril, qu’ils souffraient d’un manque atroce de moyens financiers et techniques et que les mots « innovation », « collaboration » et « ouverture » leurs restaient globalement bien étrangers. Et pour quelqu’un qui a fait une école de commerce c’est… déroutant !

 

Alors, quand les associations du patrimoine ont tiré leur sonnette d’alarme en 2016 en appelant les élus et les français à agir concrètement pour le patrimoine, j’ai décidé de me lancer. Je travaillais en financement de projets d’infrastructure et développais notamment des outils digitaux pour faciliter la gestion des financements et des projets. Je me suis dit que, peut-être, ces techniques pouvaient être déployées pour un secteur laissé un peu à la traîne du monde actuel !

 

- Quels outils développez-vous pour faciliter le financement des bâtiments historiques et leur exploitation ?

D’un petit escalier à la rénovation totale d’un site, nous accompagnons tous types de projets de restauration ou de mise en activité. Leur seul point commun indispensable, c’est qu’ils doivent avoir un impact réel, positif sur leur environnement car nous pensons que le financement doit reposer sur la création de valeur (économique, sociale, culturelle…) et non sur le principe du don pur. Pour nous, c’est la mort du patrimoine de ne pas le considérer comme un élément profondément utile à la société.

 

Pour cela, on agit de deux façons. La première, c’est la plateforme. Nous diffusons en ligne des enveloppes de financement existantes provenant de sources multiples (privées, publiques, concours, prix, etc.) pour divers projets (jardins, intérieurs, façades, etc.). N’importe quel porteur de projet (propriétaire public ou privé) peut y avoir accès et postuler en ligne. Presque 3 millions d’euros sont d’ores et déjà disponibles !

 

Notre deuxième action, c’est du « sur-mesure » adressé aux propriétaires qui souhaitent se faire accompagner. Nous créons des modèles innovants pour mettre en place des financements ponctuels ou pérennes. Pour cela, nous explorons des partenariats en lien avec le secteur privé. On imagine des formats de type « appels à projets », concours, parrainage… Notre objectif est d’ouvrir les châteaux au secteur privé. C’est du gagnant-gagnant ! Les entreprises peuvent s’y installer de façon temporaire (événements, gala, séminaire...) ou permanente (créer des espaces de coworking, installer leurs activités...) tandis que le patrimoine bénéficie de ces revenus pour rayonner !

 

- Pour compléter vos services, vous avez créé un « Labo du patrimoine » : pouvez-vous nous présenter ce projet ?

Le Labo du Patrimoine a été créé pour apporter un maximum de clés aux propriétaires concernant la gestion et l’entretien d’un site patrimonial. En effet, ils se retrouvent tous confrontés à de nombreuses problématiques dont ils doivent être les experts pour maintenir leur site en état : le juridique, la finance, la comptabilité, la planification de gros-œuvre, l’exploitation, l’entretien, l’optimisation des espaces… c’est un travail de chef d’entreprise auquel nombre d’entre eux ne sont pas formés !

Le Labo du Patrimoine, construit en collaboration avec des spécialistes, offre des benchmarks sur les meilleurs outils pour accueillir du public, des méthodes d’experts pour gérer sa fiscalité, des conseils de la part des grands gestionnaires de sites, des bonnes pratiques pour entretenir son parc… Bref, notre but est de proposer un accès facile à ces ressources pour capitaliser sur ce qui se fait de mieux dans le secteur !

 

In fine, grâce à ce Labo, nous aidons les porteurs de projets à « créer de la valeur » ! Ou, du moins, parfois simplement à gagner du temps.

 

- Pouvez-vous nous présenter une réalisation dont vous êtes particulièrement fière ?

Nous sommes assez fiers d’un projet que nous sommes en train de mener dans l’Allier auprès d’un château qui est resté pendant près de 10 à l’abandon. Il a été vandalisé et se retrouve maintenant dans un état de péril grave.

 

Pour recréer de la valeur pour ce site et attirer de nouveaux financements pour sa restauration, nous avons imaginé un appel à projets auprès d’organismes culturels et économiques du territoire. Plus de 400 organisations ont été sollicitées ! Et la communication a été relayée par la presse locale.

A ce jour, près d’une dizaine de projets ont été retenus et nous avançons avec plusieurs d’entre eux. Ils permettraient de dégager des revenus à long terme, mais, surtout, à court terme, d’offrir des solutions de restauration.

 

En confiant la valorisation et la conservation du site à des organismes privés, le propriétaire et Hephata souhaitent créer un pôle dynamique qui fera bénéficier le territoire de nombreuses externalités positives (retombées économiques, diversification des offres culturelles, création d’emplois, valorisation des spécificités locales…). Nous sommes très heureux de ces avancées obtenues en moins de 3 mois !

 

- La protection et la valorisation du patrimoine connaissent depuis quelques temps un regain d’intérêt auprès des institutions comme du grand public. Dans ce contexte, quelles sont les ambitions d’Hephata pour les années à venir ?

Hephata signifie « ouvre-toi ! » en araméen. Notre but est d’apporter le plus de ressources possibles au patrimoine pour lui permettre de « s’ouvrir », d’accueillir, d’innover et de rayonner ! A terme, nous souhaitons passer d’intermédiaires en financement à financeur.

 

Le Prix de l’Innovation nous a été décerné par les VMF - Vieilles Maisons Françaises en juin 2018 et en septembre de cette même année nous avons été primés dans le cadre du concours Innovations Numériques pour la Culture organisé par News Tank Culture. Nous en sommes très fiers ! Ces prix confirment l’intérêt de nos services et surtout nous encouragent à poursuivre nos démarches entamées depuis plus de deux ans.

 

De même que les partenariats que nous développons en France avec des écoles spécialisées dans la gestion de patrimoine ou les entreprises spécialisées dans le financement, nous envisageons de poursuivre rapidement notre développement en Europe!

Un grand merci à Charlotte Le Grelle de nous avoir fait découvrir Hephata et à Mathilde Martin pour la mise en relation avec cette sympathique équipe !

 

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