Politiques culturelles et société civile : pour la sauvegarde du patrimoine culturel tunisien

19/03/2018

Après une première exploration des politiques culturelles internationales chez nos voisins suisses, nous traversons aujourd’hui la méditerranée, direction la Tunisie.

 

Riadh Bouslimi, jeune professeur d’animation culturelle, nous apporte un éclairage sur le contexte culturel tunisien, via son engagement pour la préservation et la valorisation du patrimoine de la région de Jendouba (extrême nord-ouest du pays).

 

- Bonjour Riadh, pouvez-vous nous présenter votre parcours et votre activité ?

 

Après avoir obtenu une maîtrise en géographie et suite à une expérience à la bibliothèque de l’Institut supérieur des sciences humaines de Jendouba, puis au Commissariat Régional du Développement Agricole, j’ai rejoint en 2011 le Complexe culturel Amor Saidi, institution publique d’action culturelle placée sous l’égide du Ministère des affaires culturelles de Tunisie.

 

En tant que professeur d’animation culturelle, je mène divers projets culturels et patrimoniaux et j’ai notamment créé au sein de cet établissement une « cellule de partenariat avec la société civile ». Je participe aussi régulièrement à des formations et journées professionnelles qui me permettent de collaborer avec des partenaires internationaux tels que le GTPCA (Groupe de Travail sur la Politique Culturelle en Algérie), la Maison des Cultures du Monde à Paris, ou encore la Fondation Zalkada Kultura Nova (Croatie) et la Fondation Européenne de la Culture (Pays-Bas).

 

Ce qui guide mon intérêt pour le secteur culturel, c’est de pouvoir faire de la culture et du patrimoine un levier de développement territorial, à travers de multiples activités et projets. Je mène donc mon engagement au quotidien au Complexe culturel Amor Saidi et en tant que Secrétaire général de l’Association de Préservation du Patrimoine et Développement (APPD) de Jendouba.

 

- Vous êtes actuellement porteur d’un projet pour la préservation du patrimoine de Jendouba, pouvez-vous nous présenter cette initiative ?

 

Tout d’abord, il faut savoir que le patrimoine de Jendouba est riche et varié, mais non protégé ni valorisé. Il comporte des sites archéologiques majeurs et quelques musées de sites, comme le musée de Chemtou, qui sont malheureusement fermés depuis des années pour des raisons sécuritaires. Le patrimoine écologique est également important (Parc national d’Elfeija), ainsi que le patrimoine architectural et le patrimoine immatériel (métiers traditionnels de la région, liés aux fibres végétales et à la forêt).

 

 Le tissage - programme "Amoureux du patrimoine" de l'association APPD.

 

Malgré cette richesse et ces potentialités, la région manque d’initiatives pour prendre en charge la préservation de ce patrimoine si riche, en vue de l’intégrer dans l’économie et le développement territorial. Dans ce contexte, l’objectif de notre association est de protéger, faire connaitre, valoriser le patrimoine culturel régional, et l’introduire dans le développement social et solidaire. Nous soutenons également toutes les initiatives, programmes et politiques visant la bonne gestion du patrimoine et sa préservation. Par exemple, il nous semble pertinent de dresser des ponts entre le patrimoine et les arts pour servir le tourisme culturel.

 

Découverte du patrimoine de Jendouba - programme "Amoureux du patrimoine" de l'association APPD.

 

Pour favoriser la vulgarisation et la médiation du patrimoine auprès de la jeunesse et de l’enfance, nous avons donc conçu un programme d’action culturelle intitulé « Amoureux du patrimoine ». Ce projet, destiné aux écoliers et aux jeunes lycéens, est actuellement en cours et se terminera fin mars 2018.

 

L’association APPD mène également un projet intitulé « Atelier de l’artisanat rural », sous la forme d’un forum destiné aux artisans de la région, pour réfléchir avec nos partenaires (UTICA, AAFCAR, Plateforme tunisienne d’Economie Sociale et Solidaire) et les collectivités locales aux manières de conserver leur savoir-faire ancestral et de l’intégrer dans une logique de développement durable.

 

- Quels moyens de médiation utilisez-vous pour sensibiliser le jeune public au patrimoine ?

 

Pour le programme « Amoureux du patrimoine », nous avons beaucoup utilisé l’audiovisuel (projection de documentaires sur le patrimoine régional), mené des ateliers de dessin et de découverte des métiers traditionnels. Avec l’idée de transmission et de mémoire collective au cœur du dispositif, un conteur était également mobilisé pour sensibiliser les enfants au patrimoine immatériel via le conte et l’imaginaire. Par ces différents biais, nous valorisons l’héritage commun et mettons en exergue son importance pour le présent et l’avenir. Nous pensons qu’il est indispensable de transmettre des valeurs d’appartenance et de citoyenneté pour développer une culture patrimoniale chez l’enfant.

 

Pour mettre en œuvre ce programme de médiation culturelle auprès des scolaires, nous avons bénéficié du précieux soutien du Commissariat régional du Ministère de l’éducation et, bien sûr, des directeurs des écoles partenaires. Et pour renforcer l’impact du projet, nous avons proposé une compétition intitulée « Découvrir ton patrimoine », dont la récompense est un voyage pour découvrir les monuments et sites archéologiques de la région. Il est important de pouvoir explorer concrètement ce patrimoine.

 

- De manière plus générale, quel est le rôle des associations tunisiennes dans le paysage culturel du pays ?

 

Tout d’abord, il faut savoir que si nous pouvons mener notre travail, c’est grâce aux acquis du décret-loi n° 2011-88 du 24 septembre 2011, portant sur l’organisation des associations en Tunisie. Cette disposition d’émancipation est à l’origine de la liberté de constituer des associations et fournit un ensemble de garanties permettant aux associations de remplir leur rôle.

 

D’autre part la politique du Ministère des affaires culturelles, dans cette période de transition démocratique, donne la possibilité à la société civile de participer pleinement à l’action culturelle et à la valorisation du patrimoine.

 

Côté financements, les associations culturelles sollicitent généralement l’Etat, par le biais de dossiers de financement. Par exemple, pour le projet « Amoureux du patrimoine... le patrimoine à la portée des enfants », l’association APPD a bénéficié de l’octroi d’une petite allocation du Ministère des affaires culturelles, dans le cadre du programme national de la culture « Tunisie cités des arts ». Les associations peuvent aussi être financées par des ONG ou grâce au soutien de l’Union Européenne, dans le cadre de programmes de coopération entre l’Union européenne et la Tunisie, notamment dans le but de renforcer les capacités des acteurs sociaux dans le secteur culturel.

 

 

Merci Riadh pour cet éclairage sur votre activité et sur la politique culturelle tunisienne ! 

Un peu de presse pour aller + loin :

 

Politique culturelle tunisienne :

* http://www.huffpostmaghreb.com/2017/02/19/rapport-culture-tunisie_n_14855904.html

* http://www.lapresse.tn/component/culture/?task=article&id=125649

 

Le patrimoine de Jendouba :

* http://www.investintunisia.tn/Fr/pourquoi-jendouba-e_117_496

http://www.kapitalis.com/culture/28909-patrimoine-latifa-lakhdhar-a-trouve-de-l-or-a-jendouba.html

* https://www.turess.com/fr/lapresse/25969

Lire d'autres enquêtes de Watson sur les politiques culturelles, Culture & Territoires

 

Lire l'article précédent : Les exposants du salon Museum Connections

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