Rencontre avec "Les amis du placard"

16/10/2017

Cette semaine s'ouvre sur une rencontre avec une jeune troupe de théâtre : la compagnie l'Heur du T.

Composée de 6 comédiens, tous issus du Cours Clément, elle présente actuellement « Les amis du placard » une pièce à l'humour grinçant qui nous met face aux absurdités et qui proquos de notre société de consommation moderne : peut-on tout acheter ? Même des amis ? 

 

Pourquoi devenir comédiens ? Comment choisi-t-on une pièce ? Rencontre avec les 4 acteurs actuellement à La Folie Théâtre : Johann CosteAlexandra CausseHélène Phénix, Morad Tacherifet.

 

 

 

- Bonjour à tous, pouvez-vous nous présenter votre compagnie, l’Heur du T ?

La compagnie L’Heur du T a été créée en 2013 par six anciens élèves du Cours Clément ayant envie de monter leur propre troupe de théâtre. C'est pour les comédiens l'occasion de faire évoluer le plaisir de jouer ensemble. Ces nouvelles opportunités professionnelles leur permettent de produire, de créer de manière indépendante.

Entre 2014 et 2016, ils jouent plus de 120 fois la pièce de Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, « Un air de famille » mis en scène par Cathy Guillemin, sur Paris, en tournée en province et au Festival d’Avignon OFF (2014 et 2015).

En 2017 la compagnie lance deux nouveaux projets, « Les amis du placard » (de Gabor Rassov, mis en scène par Cédric Weber) et « Le plaisir de rompre / Le pain de ménage » (de Jules Renard, mis en scène par Joël Coté).

 

 

- Pourquoi avoir choisi d’être comédien/ne ?

 

Johann : Alors qu'à l'époque du collège je faisais du théâtre pour assouvir un besoin de me montrer aux autres, par la suite je me suis servi de la scène pour m'aider à résoudre une quête personnelle d'identité. Emprunter celles de personnages ayant tous une personnalité, un vécu et une évolution à part entière dans un contexte donné, est et sera toujours pour moi un moyen hors du commun de se découvrir soi-même davantage. Mais le virus du théâtre ne m'aurait pas réellement mordu si ces bénéfices, très individualistes, ne prenaient pas vie à travers un terrain de jeu où le partage est roi. Celui des émotions, avec les partenaires de scène et le public…

Cette passion m'a très vite poussé à quitter définitivement mon métier d'ingénieur pour devenir comédien professionnel.  

 

Alexandra : Avant le théâtre, c’est plutôt le cinéma qui m’a toujours fascinée. Sans savoir exactement où et comment je souhaitais me positionner autour de cet art, j’ai toujours éprouvé le besoin d’y être connectée. Mon premier métier de traductrice m’a notamment permis de collaborer avec d’autres traducteurs sur du sous-titrage. Par la suite je me suis orientée vers le métier de graphiste et j’ai réalisé bon nombre d’affiches de films. Enfin, pour tenter de me rapprocher encore davantage de l’objectif j’ai suivi ce qui me semblait le chemin tracé : prendre des cours de théâtre pour « apprendre à jouer ». Un nouvel espace de jeu, la scène, s’est ouvert alors que ce n’était pas mon idée première ! Et il reste depuis lors ma cour de récré préférée.

 

Hélène : J’ai commencé le théâtre à l’âge de 12 ans, d’abord poussée par mes parents pour vaincre ma timidité, avant que cela devienne une passion. Être comédienne constitue une nécessité et un équilibre pour m’évader, créer, mais aussi mieux comprendre ma réalité et mon rapport aux autres.

 

 

 

Morad : D’abord un simple hobby permettant d’éprouver mon aisance relationnelle et mon rapport aux autres, le théâtre est devenu, après quelques années de cours, une véritable passion, par les émotions qu’il véhicule. Ses propres émotions, dont on essaie d’atteindre voire de repousser les limites, mais également celles que l’on transmet à ses partenaires ou au public : voilà ce que le théâtre a de plus exaltant et de plus gratifiant.

 

 

 

- Actuellement, vous présentez la pièce “Les amis du placard” au A la Folie Théatre à Paris. Quel est le synopsis et pourquoi avoir choisi cette pièce ?

Gabor Rassov, l'auteur de cette pièce, imagine une société, pas si éloignée de la nôtre, où il est possible de s'acheter des amis. En ligne ou sur son smartphone, pour la soirée, le week-end ou pour toute la vie, un catalogue permet de trouver l'ami idéal pour toutes les situations…

Une fois achetés, ces amis se doivent « contractuellement » d’assouvir les envies et désirs de leurs amis/patrons, sous peine d’être renvoyés au fournisseur. En toute amitié bien sûr...

L'amitié, ce rapport si intime qui nous lie aux autres est ici rudement mis à l’épreuve. Le marchandage des sentiments humains crée dans la pièce des situations drôles, absurdes quelquefois et souvent cruelles.

 

L'humour grinçant et les questions soulevées par le texte, nous a immédiatement interpellé. 

Son sujet a fait échos en nous à une série américaine, Black Mirror, qui parle des dérives des technologies actuelles, de leur impact sur les relations humaines, et qui imagine ce à quoi la société pourrait ressembler dans quelques dizaines d'années... ou moins. Nous avons également pensé au film de Francis Veber, Le Jouet, sorti dans les années 70, où Pierre Richard est offert comme jouet humain à un fils de milliardaire. À cette époque, la marchandisation de l'humain était un sujet encore caricatural. C'est beaucoup moins le cas aujourd'hui, comme on peut le voir avec ce fameux site de rencontre où l'on nous propose virtuellement de trouver l'âme sœur dans un chariot de supermarché. Les amis du placard est plus que jamais d'actualité et fait mouche.

Nous avons eu l'honneur de rencontrer l'auteur, Gabor Rassov. Il est venu nous voir plusieurs fois et nous avons eu plaisir à échanger avec lui sur les enjeux de la pièce, son histoire. C'est une chance, un rapport très précieux qui renforce encore notre investissement dans ce projet !

 

- Un petit mot chacun sur votre personnage dans la pièce ?

 

Johann : Jacques est un pervers narcissique désabusé de la vie et émotionnellement instable, qui voit dans l'achat d'amis une opportunité pour se réinventer la vie sociale dont il a toujours rêvé. Au quotidien Jacques est beaucoup trop lâche pour prendre le risque de critiquer tout individu se situant au dessus de lui dans l'échelle sociale, si bien qu’il ne sent exister qu'en humiliant ceux sur qui il peut user d'un certain pouvoir.

Personnellement je prends beaucoup de plaisir à incarner ce personnage justement parce que c'est un raté qui n'a pu survivre qu'en développant de dangereuses tares. Ces traits psychologiques extrêmes m’ont obligé à faire un travail de composition, ce qui est toujours très stimulant.  De plus, camper le rôle d’un monstre de manière totalement légitime (sans dommages collatéraux réels), est un exutoire extraordinaire !

 

Alexandra : Odile est une femme visiblement soumise à l’autorité de son mari, Jacques, mais également à des humiliations perpétuelles. Malgré tout, elle lui voue une totale admiration et forme avec lui une partenaire tout aussi redoutable de perversité et de machiavélisme. Par moments, elle fait aussi preuve d’une naïveté et d’une bêtise assez touchantes, qui viennent en opposition avec ce monstre qu’elle donne aussi à voir.

La principale difficulté pour moi réside justement à trouver l’équilibre entre ces deux facettes de son caractère et de ne pas tomber dans une caricature qui la décrédibiliserait totalement.

 

 

Hélène : Juliette veut bien faire. Elle croit que cette situation vaut mieux que de vivre dans la rue et elle redouble d’efforts, de rires, de courbettes, pour que ce « travail » se passe bien. Elle est la plus optimiste dans le couple, elle tente de convaincre Guy d’y croire autant qu’elle. Bien sûr, elle va déchanter, et être de moins en moins capable de donner le change. Après la flatterie et la gentillesse, viennent donc la perplexité, la solitude, l’humiliation... puis la colère.

Ce qui me plaît dans ce personnage, c’est que le spectateur peut s’identifier à elle en tant que victime d’un scénario terrible et absurde. Comme Juliette est souvent spectatrice, ou ballottée de droite à gauche au gré du désir des acheteurs, j’avoue qu’elle me semblait un peu neutre au départ. Mais plus les représentations avancent, plus les silences sont jouissifs à jouer et un bon prétexte pour passer par toutes les émotions.

 

Morad : Guy, le mari du couple acheté, a plus de difficultés que sa femme à gérer la soumission à ses acheteurs. Il est plutôt impulsif et impatient, parfois sarcastique, un tempérament qu’il réfrène et qui laisse apparaître de multiples fissures dans son obséquiosité.

Le challenge à incarner un tel personnage réside à mon sens dans le numéro de « jonglage » permanent qu’il exécute entre cette posture de flatterie et la moquerie, la colère ou la peur que lui inspire cette situation absurde.

 

 

- Votre rôle de rêve ?

 

Johann : Je n'aime pas trop les héros, je préfère de loin les personnages faillibles. Sans nécessairement qu'il s'agisse de monstres ou de malades mentaux, les personnages psychologiquement instables m'ont toujours attiré parce que cela les charge d'un bagage émotionnel riche qu'il faut défendre en tant que comédien. Que l'on s'en serve pour faire rire, pleurer ou méditer selon le registre, cela donne toujours matière à travailler.

J'aurais du mal à choisir un personnage parmi d'autres mais je trouve par exemple que celui de Billy interprété par Brad Davis dans le film Midnight Express est absolument magistral !

 

Alexandra : En général, j’aime pouvoir être sur scène ce que je ne suis pas au quotidien. Donc par exemple devenir un homme, être dans la peau et les pompes d’un mec, pourrait être un challenge assez déroutant.

 

 

Hélène : Un rôle qui m’attire depuis longtemps : Eliza Doolitle dans Pygmalion, de Bernard Shaw.

Ce serait un gros challenge. Eliza, une pauvre vendeuse de fleurs, a au début un parler de la rue très particulier et elle se fait au cours de la pièce transformée en une « femme du monde » par un phonéticien réputé. Son évolution, sa personnalité hors norme, et la relation singulière qui se noue entre elle et son mentor rendent ce personnage fascinant à mes yeux.

 

Morad : Probablement le rôle d’un homme d’une cruauté absolue, pour tout le travail de composition que cela représenterait (du moins j’espère !) et surtout pour tenter de comprendre les ressorts psychologiques de ce type de personnage et en trouver la part d’humanité.

 

Merci à vous 4 de vous être prêtés au jeu des questions de Mon cher Watson ! Courrez-les voir !

 

La pièce est à voir jusqu'au 12 novembre les vendredis, samedis et dimanche à La Folie Théâtre - 6 rue de la Folie Méricourt Paris 11.

Plus d'informations : ici.

Réservations : ici.

 

 

 

 

 

 

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