Parlons vulgarisation scientifique !

08/10/2017

A l'occasion de la semaine de la "Fête de la Science", Watson a voulu découvrir les enjeux particuliers de la vulgarisation scientifique. En rencontrant Nicolas Beck, responsable du service culture scientifique et technique à l'université de Lorraine, à l'occasion de la sortie de son livre En finir avec les idées reçues sur la vulgarisation scientifique, nous nous sommes rendus compte des grandes similarités entre la vulgarisation en sciences dures et en sciences humaines. Les concepts d'accessibilité, de rencontres, de partages, sont les maîtres-mots des actions de vulgarisation scientifique et de médiation culturelle. 

 

Mais qu'en est-il à l'université ? Ce lieu de savoir et de recherche qui semble ouvert uniquement aux étudiants et aux chercheurs s'ouvre de plus en plus au grand public. Des actions de communication, des événements ouverts à tous sont aujourd'hui organisés par les services administratifs et permettent au grand public de découvrir les sciences et surtout, les chercheurs.

 

 

- Bonjour Nicolas, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

J’ai toujours été intéressé par les sciences, depuis tout petit. Passionné par les sciences de la terre, je me suis dirigé vers des études de géologie. A l’Université, j’ai eu l’occasion de monter une association avec des amis étudiants, pour vulgariser la géologie : cette expérience m’a conduit à finaliser mes études avec une formation complémentaire en communication scientifique. Mon expérience professionnelle a commencé en 2003 quand j’ai rejoint l’université de Nancy (à l’époque Henri Poincaré), pour organiser des animations de culture scientifique pour le grand public. Depuis, les projets se sont multipliés et l’équipe s’est renforcée, ce qui m’a amené à prendre de nouvelles responsabilités.

 

 

- Faisons un point définition, qu’est-ce que la vulgarisation scientifique ?

Vaste question !

A titre personnel, je conçois l’action de vulgarisation comme un moment de rencontre entre des acteurs du monde scientifique et du grand public. Autrement dit, je pense que la vulgarisation n’est pas un simple transfert de connaissances, qu’on voudrait rendre accessibles : les enjeux sont à la fois plus importants et plus complexes que cela. Les acteurs de culture scientifique sont donc des médiateurs qui contribuent à faciliter des échanges, à susciter des interrogations, à éveiller la curiosité et l’esprit critique, finalement comme toute action culturelle, au sens large du terme. Ce qui me semble particulièrement intéressant dans le domaine de la culture scientifique est également la complémentarité entre ces acteurs : universités, organismes de recherche, mais aussi MJC, associations culturelles et d’éducation populaire, musées… Cela permet la mise en place de multiples initiatives qui croisent les publics, tout en amenant les sciences à des endroits parfois improbables, que ce soit dans les couloirs du métro, au cœur d’un salon du livre ou encore dans des fermes… La vulgarisation, c’est donc ce foisonnement d’activités toujours plus créatives qui visent à montrer les sciences sous un nouveau jour tout en faisant des rencontres sympas...

 

 

 

- Quel est votre rôle au sein de l’université de Lorraine ?

Je suis responsable culture scientifique et technique. J’ai la chance d’avoir à mes côtés une équipe complète qui monte des projets de culture scientifique, en lien étroit avec les 60 laboratoires de recherche de l’Université de Lorraine. Notre objectif est de former et mobiliser l'ensemble des enseignants-chercheurs et doctorants pour leur proposer d’aller à la rencontre du public, dans toute la région. Lors des différents événements que nous organisons en interne ou en externe, nos scientifiques ont donc l’occasion de dialoguer avec le public sur des sujets très variés, en lien avec des actualités. Nous faisons un effort particulier pour aller vers des petites communes, dans des zones rurales, afin de rencontrer des nouveaux partenaires pour sensibiliser un public qui ne se déplacerait sans doute pas à une conférence ou une exposition. Outre ces deux exemples, parmi nos activités, nous développons aussi des ateliers pour les scolaires, des projections-débats, la réalisation d’une bande dessinée présentant des thèses de nos doctorants, des animations en bibliothèque,…

Depuis septembre 2017, j’ai également en charge l’équipe de culture artistique de l’Université de Lorraine : la démarche de l’établissement consiste à construire de manière partagée une politique culturelle globale, où cultures scientifique et artistique jouent un rôle complémentaire en lien avec nos chercheurs et nos étudiants. Ce projet est un vaste défi à relever pour la suite, mais tellement passionnant !

 

Finale régionale 2017 du concours "Ma thèse en 180 secondes" - (c)David Grandmougin

 

- En quoi rendre la culture scientifique accessible à tous est-il si important ?

Les pratiques culturelles et scientifiques se doivent, me semble-t-il, d’être partagées par le plus grand nombre. Elles contribuent à l’ouverture d’esprit et à l’éducation de chacun, et plus particulièrement des jeunes. Pour cela, je pense qu’il est indispensable d’entamer une démarche de rapprochement des publics en investissant de nouveaux lieux, tout en faisant preuve de créativité pour sensibiliser le public là où il ne s’y attend pas forcément.

Les diverses pratiques de la culture scientifique permettent de créer des liens plus étroits entre le monde des sciences, parfois obscur et élitiste, et le reste de la société. Du côté des chercheurs, c’est également une invitation à concevoir ses recherches en tenant compte des préoccupations et contraintes sociétales. Du côté des citoyens, je suis convaincu qu’un contact régulier avec les chercheurs contribuera à mieux comprendre le raisonnement scientifique et à démystifier la science. Bref, la culture scientifique, c’est une démarche gagnante pour les scientifiques et pour le public !  

 

- Vous venez de sortir un livre aux éditions QuaeEn finir avec les idées reçues sur la vulgarisation scientifique. Pouvez-vous nous en parler ?

 

J’ai imaginé ce livre comme un guide pratique de la vulgarisation scientifique. On y trouve à la fois un aperçu des concepts, des réflexions en cours sur le sujet, mais aussi des astuces et des conseils destinés à ceux qui souhaitent se lancer. Les chercheurs ou doctorants qui sont sollicités pour des actions comme la Fête de la Science sont parfois démunis quand ils doivent concevoir une intervention accessible, ludique, qui suscitera des échanges avec le public. C’est normal, car ce n’est pas la principale activité de leur métier. Mon expérience professionnelle m’a amené à rencontrer des centaines de chercheurs, et j’ai pris note des idées reçues qui persistent dans le domaine de la vulgarisation. J’ai choisi cet angle d’approche pour aborder le sujet avec un côté décalé, parfois humoristique. Tous les scientifiques sont donc invités à jeter un œil à ce livre qui leur est destiné, ne serait-ce que pour faire un premier pas dans la culture scientifique !

 

 

 

Merci Nicolas d'avoir répondu à nos questions.

 

Photo de portrait : (c) Véra de Souza

Pour acheter le livre : librairie en ligne des éditions Quae

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Pour en savoir plus et connaître le programme des événements de la Fête de Science vers chez vous : leur site internet.

 

 

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