Trouver une identité propre à un monument historique

03/07/2017

Le Val de Loire regroupe plus de 200 châteaux ouverts au public, de Gien à Nantes. Parmi ceux-ci, on trouve Chambord et Chenonceau, respectivement 2ème et 3ème au classement des châteaux les plus visités de France.

La concurrence est forte entre ces différentes maisons pour attirer les visiteurs. Une association des châteaux de la Loire a été créée il y a plusieurs années pour créer une entraide entre les sites et renforcer la communication - lire l'interview de son président, Amaury de Louvencourt. Chaque château, chaque site doit trouver son élément différenciant et rendre son offre culturelle attractive afin de survivre dans la profusion de l'offre touristique de la région.

 

Dans le Loir et Cher, le château de Troussay a pour credo : "le plus petit château du Val de Loire". Situé à quelques kilomètres de Cheverny, il offre de nombreuses activités aux touristes de passage dans la région, à la recherche d'une expérience unique de découverte de la vie de château. Sa propriétaire actuelle, Isaure de Sainte-Marie fourmille d'idées originales pour faire vivre ce château familial.

 

Mon cher Watson vous emmène en visite guidée !

 

 - Bonjour Isaure, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel et votre lien avec le château de Troussay ?

Le château de Troussay est dans ma famille depuis 117 ans. Mon arrière grand père l'a acheté à sa femme adorée, Isore de Vibraye (dont je porte le prénom), afin qu'elle reste proche de sa famille au domaine de Cheverny.

Après l'EM Lyon, une expérience en marketing chez l’Oréal et une autre en audit chez KPMG, j'ai vécu au Mexique neuf ans où j'ai travaillé dans les relations publiques à Mexico et à l’année du Mexique en France. Ensuite, j'ai habité Buenos Aires trois ans où j'ai beaucoup appris sur le recyclage, la débrouillardise et la ténacité. Cette formation sur le terrain m'a montré le chemin de l'entrepreneuriat. Le recyclage et l’écologie deviennent progressivement ma principale préoccupation ainsi que le patrimoine et la culture.

En commençant l'aventure au château de Troussay, je pensais ouvrir le château toute l'année et j'ai constaté qu'il n'a jamais été habité en hiver depuis 550 ans et n'est finalement pas conçu pour cela, hormis le chauffage. C'est idéal l'été, mais il est de ces endroits où l'on vit dedans et dehors en permanence. Je pense aussi que cela demande un tel investissement de temps et d'énergie qu'il faut parfois prendre du recul, le revivre complètement seul et ne pas se laisser écraser par son projet en se le réappropriant l'hiver.

 

Lire le portrait d'Isaure dans La Nouvelle République.

 

- Ouvrir une maison familiale à la visite, est-ce facile ?

Je suis habituée depuis toute petite à recevoir du public à Troussay et cela n'a pas toujours été facile. C'était beaucoup d'abnégation pour mes parents, d'efforts, parfois très ingrats. Et dans ma tête d'enfant, je trouvais que toute notre vie était sacrifié aux visiteurs. Aujourd'hui, en assouplissant les règles et en rendant les pièces plus personnelles, je propose aux visiteurs de partager ma vie, tout devient plus joyeux car ils vivent une expérience de vie réelle. Ça n'est pas évident, bien entendu, mais je le fais tant que c"est vertueux pour moi et pour le domaine. Je ne voudrais pas le faire uniquement par nécessité, c'est beaucoup trop exigeant et énergivore pour que cela ne m'apporte pas au moins beaucoup de joies quotidiennes.

Façade du château de Troussay - (c) Christophe Apatie 

 

- Vous multipliez les activités au château. Pouvez-vous nous expliquer votre démarche ?

Oui, le château est ouvert à la visite mais nous proposons également des services de chambres d'hôtes au château, des locations de gîtes dans les communs. J'ai également ouvert une boutique vintage avec des meubles et objets recyclés, ainsi que des paniers de produits du terroir. En fonction des visiteurs, je peux également proposer des activités de vols montgolfière afin de découvrir le domaine et la région par les airs.

L'entretien d'un monument historique est coûteux aujourd'hui en France puisque ce n'est jamais que multiplier les préoccupations d'une maison "classique" par beaucoup plus de mètres carrés et par des questions de conservation. Ces dépenses augmentent chaque année avec les exigences de la modernité. Il faut donc être réactif, astucieux et rapide car le monde change à une vitesse folle et les investissements à long terme ne sont plus aussi sûrs qu'autrefois. A mon avis, pour diriger un monument historique, ouvert au public qui plus est, il faut être polyvalent de façon à avoir des ressources variées pour équilibrer son budget et être prévoyant.

 Chambre du baron (c) Christophe Apatie

 

- Vous avez développé un projet de boutique vintage. En quoi est-ce cohérent avec la gestion d'un monument historique ?

De mon côté, j'ai choisi des projets qui me parlent et correspondent à la fois à la philosophie des lieux historiquement - essentiellement - et aussi à la mienne : un projet de recyclage et de respect de l'environnement. En effet, Louis de La Saussaye, l’historien des châteaux de la Loire, qui participait, entre autre, aux restaurations de Blois, Chambord et Chaumont qui avait vécu au château de Troussay était précurseur en la matière puisqu’il y a conservé de nombreux éléments de décors anciens provenant d’autres lieux détruits après la révolution, constituant son mini château de La Loire, son mini château royal. Fin 2014, en plus des visites guidées et des réceptions, afin d’entretenir le château de Troussay et de diversifier notre activité économique, j'ai ouvert des gîtes et chambres d’hôtes, une boutique vintage et de produits du terroir.

Cette boutique est un excellent terrain de jeu pour moi. Je vends des objets qui m'inspirent, parfois utilisés dans la décoration du château, parfois non. Les objets de décoration anciens sont souvent de biens meilleures qualités que ceux d'aujourd'hui. Et il ne faut qu'un peu d'imagination pour leur donner une seconde vie. Dans le contexte actuel, avec l'importance de prendre en compte notre impact sur la planète, cela me paraissait essentiel de montrer que cette idée est totalement liée à l'histoire de Troussay, mais également à l'histoire de la décoration des châteaux d'autrefois.

 Reportage sur le château de Troussay pour l'émission Visites Privées

 

- La région Centre-Val de Loire est réputée pour la richesse de son offre de visite de châteaux. Vous êtes à quelques kilomètres de Chambord, Cheverny et du zoo de Beauval. Est-ce un frein ou un avantage ? Comment communiquer pour sortir lot ?

A mon sens, comme pour tout bien immobilier ou commerce, la situation géographique est essentielle, et la communication est le second vecteur de réussite. Être au milieu d'un triangle d'or qui attire autant de visiteurs est un facteur important pour faire venir les flux touristiques. Les grands sites sont des locomotives incontournables mais notre région, pour garder ses visiteurs, doit apporter une offre complète et le maillage de petits monuments personnalisés et d'activités complémentaires est aussi une valeur ajoutée qui rend notre territoire unique. Nous travaillons tous ensemble et j'aime cet esprit car cet entourage rend mon site plus fort, l'encourage et le valorise.

La communication est facilitée par cet engouement du public, français et étranger, pour la région. Nous n'avons pas les moyens de faire de grosses campagnes de communication au niveau national, mais avec le bouche à oreille entre les châteaux des alentours, l'appui des offices de tourisme de la région, et bien sûr les réseaux sociaux, nous arrivons à accueillir 6000 visiteurs par an.

 

Merci Isaure d'avoir répondu à nos questions.

Pour visiter le château de Troussay :

- en 2017, jusqu'au 30 septembre de 11h à 18h

- en 2018, du 2 avril au 30 septembre de 11h à 18h.

 

Plus d'informations : sur le site internet du château, facebook, twitter et instagram.

 

 

Lire d'autres enquêtes sur les châteaux de la Loire.

 

 

Lire l'article précédent : Tourisme d'entreprise : quels sont les enjeux pour les entreprises et leur patrimoine

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