La Maison familiale d’Henri Matisse, un musée au service du territoire et des habitants

Au cœur du département de l’Aisne, la petite ville de Bohain-en-Vermandois abrite le souvenir des jeunes années d’une figure majeure de l’art du début de XXème siècle : le peintre Henri Matisse.

La Maison familiale d’Henri Matisse propose aux visiteurs une immersion sur les traces de l’artiste par le biais de visites, d’ateliers, d’expositions thématiques et de parcours dans la ville. Au-delà de ce patrimoine culturel d’exception, il s’agit bien ici de faire découvrir et apprécier de manière plus globale les atouts d’un territoire au patrimoine naturel, historique et industriel fort.

 

Après avoir abordé la question du tourisme de mémoire avec l’ADRT de l'Aisnerencontre avec Éléonore Peretti, directrice de la Maison familiale d’Henri Matisse et auteur du blog Rat de Musée.

 

- Bonjour Éléonore, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

Après des études de lettres et d'histoire de l'art, j'ai entamé en 2013 un Master 2 en Ingénierie des Métiers de la Culture. Cette même année, après un échange universitaire au Japon, j'ai accompli un stage de fin d'études au Musée de la Vie Bourguignonne de Dijon.

En août, avant même d'avoir rendu mon mémoire, j'ai été recrutée par la collectivité de Bohain-en-Vermandois, une petite ville de l'Aisne. J'ai pris mon poste de directrice à la Maison familiale d'Henri Matisse ; j'avais 23 ans et c'était ma première expérience professionnelle.

Mes quatre années de pratique m'ont énormément appris : j'ai ainsi été amenée à animer des conférences, à participer au comité de validation des Maisons des Illustres au Ministère de la Culture et de la Communication, ou encore, ces deux dernières années, à donner des cours de médiation culturelle à la faculté de Cambrai. Pour étayer et faire progresser ma carrière en tant que fonctionnaire territoriale, j'ai passé et réussi les concours d'assistant de conservation du patrimoine et des bibliothèques (2014) et d'attaché de conservation du patrimoine (2016).

 

- Quel est votre rôle au sein de la Maison familiale d’Henri Matisse à Bohain-en-Vermandois ?

En tant que directrice, j'ai des journées généralement bien remplies, mais jamais semblables. Mon équipe se compose de trois personnes seulement, dont deux mi-temps ; bien souvent, je suis donc amenée à sortir de mon bureau pour accueillir le public, animer des ateliers ou des visites guidées. En dehors de ces temps d'échange avec les différents types de publics, ce que j'apprécie énormément, je gère la communication : réponse aux mails et aux appels, gestion des réservations, animation de nos réseaux sociaux, mise à jour du site Internet, etc. Je contacte des artistes pour organiser avec eux de futures expositions, les accrochages et décrochages, création et envoi d'affiches et d'invitations, vernissages... constituent une autre part non négligeable de mon travail.

Je crée aussi des animations spécifiques pour les événements nationaux, tels que la Nuit des Musées ou les Journées Européennes du Patrimoine. Enfin, je me consacre aussi à la recherche de partenariats et d'actions communes, que ce soit avec les écoles de la ville, d'autres structures culturelles, ou encore des intervenants extérieurs. Mes collègues quant à elles s'occupent de la régie et de la boutique, et me secondent dans la gestion administrative et culturelle, notamment dans l'animation des ateliers pour les enfants.

 

  Façade de la Maison familiale d'Henri Matisse à Bohain-en-Vermandois (Aisne)

 

 

- Quels sont les enjeux propres à l’ouverture au public d’une maison d’artiste ?

Nous avons reçu en 2011 le label « Maison des Illustres » du ministère de la Culture et de la Communication. Cette certification ne nous impose pas de contraintes particulières, mais nous avons à cœur de représenter au mieux le réseau ; ceci nous incite à diffuser un contenu qualitatif, à la fois pédagogique et ludique, ainsi qu'à réserver un accueil adapté à tous nos visiteurs. La Maison Matisse n'est pas accessible au premier étage, c'est pourquoi nous nous efforçons de proposer des compensations (notamment tarifaires) et des dispositifs de médiation spécifiques.

En ce qui concerne le choix des artefacts, c'est avec fierté que nous présentons une partie du mobilier de l'artiste, confiée par ses héritiers ; ces précieux éléments de patrimoine nous permettent de créer la jonction entre l'enfance et la fin de vie d'Henri Matisse, mais également de renseigner le visiteur sur le quotidien d'une famille picarde au tournant du vingtième siècle, entre société agricole et industrialisation croissante.

Nous illustrons nos propos par un certain nombre d'objets qui témoignent notamment de la grandeur de la ville de Bohain, pôle d'excellence textile au siècle dernier.

Nous gardons toujours en tête que cette maison doit être animée au quotidien, dans le respect de la mémoire de l'illustre artiste qui y vécut les vingt premières années de son existence.

 

- Votre institution est très ancrée dans son territoire avec notamment un audioguide qui accompagne le visiteur dans la ville sur les traces de Matisse. En quoi cette démarche est-elle innovante et importante pour votre développement ?

À son ouverture, la Maison familiale d'Henri Matisse a bénéficié de fonds européens, mais également du soutien de la région et du département. Aujourd'hui, elle est gérée par la ville de Bohain, qui a eu à cœur dès avant son ouverture de l'ancrer dans une démarche de développement culturel global. Matisse est un immense artiste dont le souvenir se perpétue non seulement à travers la maison de ses parents, mais aussi au cœur de la ville, dans laquelle il donne son nom à une rue... et au collège !

Le parcours « Sur les pas de Matisse » a été créé en partenariat avec le Musée Matisse du Cateau-Cambrésis, afin de proposer une offre supplémentaire à nos visiteurs, qui viennent parfois de très loin pour découvrir la vie de Matisse dans les Hauts de France. Guidé ou audioguidé, en fonction du nombre de visiteurs et du choix qu'ils expriment, ce parcours relie les points importants du patrimoine de la ville, de la fresque de la salle des mariages de l'Hôtel de Ville à la tombe des parents de Matisse, en passant par la maison de son ami d'enfance, par exemple. Ce circuit permet d'appréhender dans sa globalité le parcours de Matisse enfant et adolescent dans une ville aux multiples richesses ; la compréhension du contexte est primordiale pour saisir la démarche de l'artiste. C'est évidemment un gros atout pour le développement de la ville de Bohain, durement touchée par la crise de la désindustrialisation.

 

- Vous proposez de nombreuses activités de médiation culturelle. Pouvez-vous nous en présenter ?

La médiation culturelle est au cœur de ma démarche ; c'est ce qui nous permet, au quotidien, d'animer et de faire vivre notre structure.

Nous travaillons beaucoup avec les scolaires. Pour les écoles de Bohain, nous proposons des visites gratuites, enrichies d'un atelier de découverte, à chaque nouvelle exposition, c'est à dire quatre fois par an. Pour les classes venues de plus loin, nous avons conçu un livret pédagogique, régulièrement modifié, qui présente une vingtaine d'activités classées selon les quatre grands thèmes de nos visites : nature, art, textile, et patrimoine. Ces ateliers sont adaptables aux enfants en fonction de leur niveau, et des attentes de leurs professeurs ; ils permettent de compléter et d'enrichir la visite, en proposant aux élèves de s'approprier les techniques de l'artiste, ou, dans le cas des ateliers « textile » ou « patrimoine », des éléments de savoir-faire ou des traditions oubliées. Ce sont autant de clés d'exploitation supplémentaires que nous concevons méthodiquement en équipe, avec un séquençage précis, et une liste d'acquis à valider à la fin de la séance.

Le jeune public est très important pour nous ; la majorité de nos ateliers sont à destination des 4-12 ans, mais depuis quelques années, nous proposons une nouvelle activité, le baby-art. Nous invitons les 10-36 mois, tous les premiers samedis du mois, à venir s'initier à un certain nombre de petits ateliers, de la découverte sensorielle à la motricité, en passant bien sûr par des découvertes artistiques. Les tout-petits sont extrêmement réceptifs, à un âge où la stimulation est essentielle pour leur construction psychique et psychologique. Ce n'est pas un public facile pour autant, car leur concentration a une durée limitée, et surtout parce que les normes de sécurité à respecter sont extrêmement importantes. Les bébés portent tout à la bouche, ou peuvent avoir des gestes incontrôlés ; c'est pourquoi chaque séance est dûment préparée par la responsable pédagogique de la Maison Matisse. Le bébé est accompagné dans ses découvertes par une ou plusieurs personnes de sa famille afin de renforcer la complicité autour d'activités facilement réalisables à quatre mains ou plus. Chaque séance se clôt sur une dégustation en rapport avec le thème du jour, qui varie systématiquement.

 

Baby-art, ateliers enfants et visites scolaires sont organisés par l'équipe d’Éléonore Peretti.

 

 

Merci Éléonore pour cet entretien !

 

Retrouvez toute l'actualité de la Maison Matisse sur www.musee-matisse.com et sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter.

Lire l'article précédent Apprentissage et enseignement de la musique par l'exemple de la flûte à bec, interview d'Anne Leleu, présidente de l'association ERTA France.

 

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