Un musée de sciences au service de la société à l’École des Mines ParisTech

15/05/2017

C’est au cœur de l’hôtel de Vendôme, qui abrite l’Ecole des Mines de ParisTech, que nous avons rencontré Didier Nectoux, conservateur du Musée de Minéralogie, pour un formidable voyage dans le temps.

 

Dans le cadre authentique des boiseries et du mobilier du XIXème siècle, la beauté du lieu et des collections émerveille le visiteur : minéraux, roches, météorites, pierres précieuses… un ensemble majeur qui révèle les richesses minérales de la planète, sa composition géologique, ses évolutions au fil du temps et les usages qu'en fait l’homme.

 

Toutefois, bien ancré dans notre XXIème siècle, le Musée de Minéralogie se veut une vitrine de l’industrie et de l’artisanat, tout en jouant un rôle sociétal. Lieu d’inventaire et de connaissance, il met à disposition de tous les informations - souvent manquantes au grand public - permettant de comprendre les enjeux géopolitiques liés aux matières premières : leur rôle dans le développement des nouvelles technologies, les impacts de l’exploitation des gisements sur les économies et les modes de vie. De manière plus large, il s’agit de construire un regard citoyen sur les enjeux écologiques d'aujourd’hui et de demain.

 

C’est dans une démarche innovante que l’équipe du Musée de Minéralogie des Mines ParisTech a mis en place un programme de médiation et de médiatisation, associant à sa vocation scientifique une ouverture vers l’art contemporain, l’Histoire et les outils numériques.

 

Bienvenu dans ce cabinet de curiosité, laboratoire d’innovations permanentes !

 

- Bonjour Didier, pouvez-vous nous présenter votre parcours et vos missions au sein du Musée de Minéralogie de l’école des Mines ?

 

J’ai passé ma thèse dans cette maison, il y bien longtemps. Après avoir été ingénieur de recherche dans le privé pendant 10 ans je suis devenu enseignant-chercheur à l’école des Mines d’Alès. Il y a 10 ans, j’ai créé une formation d’ingénieur par apprentissage dans le domaine de la construction durable. Je suis le directeur du Musée de Minéralogie depuis 4 ans. Ce parcours riche et complexe ne m’a jamais éloigné de ma passion première qui est celle de vulgariser les sciences de la terre. Il m’a offert la possibilité de travailler avec des gens de formations très variées.

 

Les collections de minéralogie ont été fondées en 1794 dans un but pédagogique mais aussi stratégique : il fallait faire l’inventaire des ressources minérales du monde pour les mettre au service de l’industrie. Associées à l’Ecole des  Mines, créée en 1783, elles sont présentes  à l’hôtel de Vendôme depuis 1815. Leur écrin, tel qu’on peut le découvrir aujourd’hui, remonte au milieu du XIXe siècle. Nous avons la chance qu’il ait été intégralement préservé. Les collections avec leurs 100.000 échantillons, dont 4.500 exposés, positionnent ce Musée en 4ème position mondiale.

Les tables d'exposition de minéraux en systématique du Musée de Minéralogie MINES ParisTech.

© photo E. Gaillou.

 

Par son histoire le Musée de Minéralogie est et reste attaché au Ministère des finances chargé de l’industrie. Cette situation singulière a sans doute contribué à le préserver. Elle le place dans une  position stratégique aujourd’hui où la problématique des ressources minérales est de plus en plus prégnante avec ses implications géostratégiques, économiques, environnementales, scientifiques et techniques.

 

Pour comprendre le monde dans lequel il vit, le citoyen doit être informé du fait que l’ensemble des objets qui l’entoure au quotidien est issu de la transformation de matières premières minérales. Il est plus que jamais nécessaire de passer par le prisme de la connaissance pour choisir une société tournée vers l’avenir et les nouvelles technologies, tout en étant respectueuse de l’environnement.

Qui de mieux placé que le Musée de Minéralogie de Mines ParisTech pour parler de ces questions fondamentales qui se posent à chacun à travers son mode de vie ? Quels plus beaux supports que les merveilles minérales exposées dans ce musée pour illustrer les liens entre matières premières et objets manufacturés ?

 

C’est aujourd’hui la mission principale du Musée de Minéralogie. Nous mettons toute notre énergie et notre imagination au service de cette belle et ambitieuse cause. Le changement de paradigme est tout récent mais il fait sortir petit à petit ce précieux patrimoine du cadre strict du monde très spécialisé de la minéralogie où il s’était peu à  peu enfermé.

 

- Le musée présente des collections « belles et utiles » : quel est leur intérêt pédagogique pour ses différents publics ?

Les minéraux sont beaux et utiles. Tel est le slogan que nous avons fait nôtre. D’abord saisi par la majesté et la poésie du lieu et l’incroyable beauté des minéraux exposés, le visiteur est invité par les conférenciers et médiateurs à voyager à la fois dans la matière, dans les temps géologiques, dans l’histoire des sciences mais aussi l’Histoire de France. Le musée est dépositaire depuis 1887 de plusieurs centaines de gemmes des joyaux de la couronne de France épargnées de la vente qui avait été votée par l’assemblée.

 Les Joyaux de la couronne de France sont exposés de manière permanente depuis 2016

au Musée de Minéralogie de Mines ParisTech. 

 

Le lieu est aussi fréquenté par les chercheurs universitaires ou liés à de grandes entreprises. Les collections sont un conservatoire des espèces minéralogiques. Elles renferment un inventaire planétaire quasi exhaustif des gisements miniers exploités au cours des siècles. Les recherches des terres et éléments rares si nécessaires pour le développement des nouvelles technologies ont ressuscité l’intérêt scientifique et stratégique des collections géographiques pour prédéfinir les potentialités de tel ou tel gisement. Un vrai retour aux motivations premières qui ont conduit à constituer ce patrimoine mondial.

 

Et puis il y a aussi les étudiants. Ceux de l’Ecole des Mines y font un passage au moment de l’intégration. Mais dans l’année se sont surtout des étudiants designers, en arts plastiques, en gemmologie, en géologie qui nous rendent visite.

 

- Vous avez à cœur d’inscrire le Musée de Minéralogie dans une démarche innovante et participative : quelles actions de médiation culturelle mettez-vous en œuvre pour cela ?

Nous utilisons des procédés « classiques » comme les visites accompagnées, l'édition du livre Curiosités minérales, des conférences, des expositions d’art temporaires, une communication événementielle avec par exemple l’année de la cristallographie en 2014 ou l'inauguration en 2016 des trois belles vitrines rénovées exposant les gemmes des joyaux de la couronne de France, qui étaient en réserve depuis 1887. La couverture médiatique de cet événement nous a permis de doubler la fréquentation du public.

 

Nous nous attachons également à utiliser des procédés innovants et connectés comme le MOOC "Roches et minéraux courants" actuellement en cours sur la plateforme FUN (déjà près de 12.000 internautes l’ont suivi !), les mini-expositions virtuelles de l'application CulturMoov, et nous envisageons de participer à un marathon créatif de Muséomix.

 

Toutes les voies sont bonnes pour faire connaître ce musée, aussi nous diffusons régulièrement sur notre actualité et l'histoire des minéraux sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Restez à l'écoute car bientôt le visiteur pourra toucher du doigt un morceau de la planète Mars et un morceau de la Lune ! Et nous réservons encore quelques surprises...

 

© Musée de Minéralogie de Mines ParisTech.

 

 

- Concrètement, que peuvent apporter le numérique et les nouvelles technologies à la visite d’un musée de sciences et techniques ?

Nous sommes devant un vrai défi en matière de médiation. Le musée et ses collections telles qu’elles sont présentées doivent être préservées au regard de l’aspect historique. La présentation de la classification systématique avec une telle exhaustivité et abondance d’échantillons a été abandonnée par quasiment tous les musées du monde. Nous avons le devoir de conserver et protéger ce lieu et sa muséographie. Et pourtant le message sociétal, défini plus haut, que nous devons diffuser auprès du grand public est totalement inaccessible au visiteur individuel.

 

C’est à ce niveau que le numérique et les nouvelles technologies viennent à notre secours. Elles apportent le contenu sans nuire à l’esthétique. Mieux, elles permettent de personnaliser les parcours au milieu de cette accumulation, "avalanche de cailloux" comme a pu l’écrire un journaliste. Le visiteur peut, au gré de ses envies, aller d’un échantillon à l’autre et obtenir des contenus adaptés à son questionnement : d’où vient cet échantillon ? Comment l’exploite-t-on ? Quelles sont ses propriétés ? Que permet-il de produire ?

 

Nous avons notamment travaillé avec la société CulturMoov pour développer une application qui s’utilise aussi bien dans le musée avec des androids qu’à l’extérieur sur des écrans tactiles, tels qu’il en existe dans les abribus parisiens.

 

 

Il existe aussi un projet mené par des élèves de l’Ecole des Mines qui vise à réemployer des smartphones usagés pour créer une application de visite numérique avec un parcours de découverte des minéraux rares utilisés dans nos téléphones.

D’autres projets portés par des étudiants et des start-up sont en cours d’études et de concrétisation.

 

- Quels sont les prochains rendez-vous du musée ?

Il vient de s’achever une exposition des œuvres du photographe et peintre Edouard Wolton et nous travaillons déjà sur plusieurs projets :

  • Des présentoirs qui permettront au visiteur de toucher un morceau de météorites martiennes et lunaires,

  • Une exposition de créateurs contemporains de bijoux dans le cadre de l’événement Parcours Bijoux (d'octobre à novembre 2017)

  • 3 expositions extérieures ou nos échantillons seront présentés :

Nous espérons également organiser une exposition à la fin de l’année sur l’émeraude dans la cadre de l’année France-Colombie.

 

Et bien sûr nous serons heureux d'accueillir le public samedi 20 mai en nocturne jusqu'à 23h30 à l'occasion de la Nuit des Musées 2017 !

 

 

- Merci Didier de nous avoir accordé cet entretien !

- Sédimentaire, Mon cher Watson ;-)

Retrouvez toutes les actualités et informations pratiques du Musée de Minéralogie sur leur site internetFacebook et Twitter.

 

Lire d'autres articles sur le thème des musées et de la médiation scientifique.

 

 

 

 

 

Lire l'article précédent : L’Inventaire général du patrimoine culturel : un outil de compréhension du territoire, interview de Paul Damm, conservateur au service du Patrimoine et de l'Inventaire de la Région Île-de-France.

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