Quelles évolutions pour les bibliothèques, selon l'ABF ?

02/05/2017

Quel est le rôle des bibliothèques dans notre société ? Quelle est leur place dans nos pratiques culturelles ? Après avoir évoqué l'entrée - parfois controversée mais fortement plébiscitée - des jeux vidéo dans les collections des médiathèques, nous nous penchons de nouveau sur cette institution culturelle séculaire, basée autour du livre, de la lecture et de l'échange entre citoyens, que représente la bibliothèque publique.

 

Qui de mieux placée pour nous en parler que l'Association des Bibliothécaires de France ? Son président, Xavier Galaup , nous présente les grands changements auxquels les bibliothèques ont fait face ces dernières années et les enjeux d'avenir pour la profession.

 

 

- Bonjour Xavier, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?
J’ai suivi un double cursus Lettres modernes et Cinéma à l’Université de Montpellier puis une formation au métier de Bibliothécaire à Toulouse. Je suis tombé dans les bibliothèques par hasard en les fréquentant, ce n’était pas un plan de carrière.

Mon premier poste en tant que responsable d’une bibliothèque dans un quartier politique de la ville à Strasbourg fut assez formateur… très loin de ce que l’on nous avait enseigné. Travailler avec les usagers pour qu’ils respectent et apprécient la bibliothèque était plus important que choisir scientifiquement les livres qui allaient entrer dans les collections.

Ensuite, je suis devenu responsable de la bibliothèque musicale et de l’action culturelle à la Médiathèque Départementale du Haut-Rhin puis au fil des années, j’ai pris de plus en plus de responsabilité pour en devenir le directeur en 2013. J’y ai développé l’action culturelle, les partenariats avec différentes structures comme les maisons de retraite ou la protection maternelle infantile du Conseil Départemental et aussi le numérique en direction du réseau des bibliothèques du Haut-Rhin. Depuis 2016, je suis chef du service du développement culturel, éducatif et sportif du Département avec toujours la médiathèque départementale sous ma responsabilité.

 

- A l’heure du numérique, avec les facilités d’accès au savoir sans avoir à sortir de chez soi, grâce notamment à Internet, quel est le rôle des bibliothèques ?

Nous, bibliothécaires, savons qu’Internet n’est pas si facile d’accès et que tout n’est pas disponible sur Internet, loin de là. Mais le mythe est bien ancré d’un savoir et d’une culture accessible 24h/24 depuis chez soi. La profession s’est d’ailleurs très vite saisie d’Internet et de son potentiel documentaire pour compléter les collections de documents (livres, disques et dvd). En parallèle nous avons travaillé, comme les commerces physiques, sur l’expérience des habitants de notre territoire. Nous appelons cela la "Bibliothèque 3ème lieu" (voir l’ouvrage publié par notre association à ce sujet) : il s’agit d’être un lieu de sociabilité autour des contenus culturels. C’est pour cela que les bibliothèques ont développé tout azimut les animations, de l’heure du conte pour les enfants à la conférence philosophique en passant par la projection d’un film documentaire en présence du réalisateur et des concerts.

L’aménagement des bibliothèques est aussi complètement revu pour être encore plus accueillant et favoriser la découverte des collections au lieu d’être un lieu qui essaie de stocker un maximum de documents. Vous pouvez y boire votre café tout en feuilletant un magazine ou un livre d’art.

Nous nous positionnons aussi comme lieu de formation tout au long de la vie avec des ateliers informatiques pour apprendre la bureautique ou la création de site internet ou encore des ateliers d’apprentissage des langues. Il nous paraît important que les habitants se sentent bien quand ils viennent à la bibliothèque, qu’ils empruntent des livres ou pas, et qu’ils aient envie d’y revenir. Internet et les ressources numériques que nous proposons viennent en complément des activités qu’ils peuvent trouver sur place.

Enfin, de plus en plus de bibliothécaires travaillent aussi la dimension participative : comment associer voire faire participer les habitants à la vie de la bibliothèque. Par exemple, une bibliothèque parisienne propose à ces usagers de raconter une histoire à la place du bibliothécaire ou encore que les usagers organisent eux-même un atelier de tricot où c’est l’occasion d’échanger et de mieux se connaître. Bref, la bibliothèque devient un lieu de vie culturelle et chacun peut en devenir l’acteur...

 

La Médiathèque Michel Serres de Saint-Avertin.

 

- Quelles qualités faut-il pour être un bon bibliothécaire ?

Il faut être à l’aise dans les relations sociales et capable de promouvoir les contenus culturels. La curiosité et la volonté d’apprendre est à mon sens l’une des qualités cardinales, c’est à dire ne jamais cesser d’ouvrir ses propres horizons culturels, être à l’écoute de la société et des innovations dans tous les domaines. Nous sommes des passeurs et à ce titre nous nous devons d’être en phase avec le monde qui nous entoure. Ensuite, les compétences techniques pour la gestion et l’organisation d’une bibliothèque s’apprennent plutôt facilement dans les différentes formations existantes.

 

 - Pouvez-vous nous présenter l’Association des Bibliothécaires de France, dont vous êtes le Président ?
 

Fondée en 1906 et reconnue d'utilité publique en 1969, l'ABF est la plus ancienne association de bibliothécaires en France et la seule à regrouper des professionnels de tous types d'établissements quels que soient leur grade ou leur fonction, environ 3 000 adhérents à ce jour. A ce titre notre objectif premier est d’animer et de faire vivre une communauté de professionnels de tout horizon.

L’ABF est donc un lieu d’échange, de débats et de lobbying autour des bibliothèques. Notre ambition est bien de promouvoir la place de la bibliothèque comme lieu essentiel pour l’accès de tous à l’information, à l’éducation, à la culture et aux loisirs. Pour faire tout cela nous sommes organisés d’une part en groupes régionaux et en commissions nationales sur des axes importants de notre politique. Il y a par exemple une commission Hôpitaux / Prisons pour réfléchir et proposer des actions dans ce domaine, une commission Jeunesse car c’est 50% du public des bibliothèques ou la commission Advocacy, créée en 2016, pour renforcer notre action de lobby auprès des décideurs et c’est elle qui travaille en ce moment sur les campagnes électorales que ce soit pour l’élection présidentielle ou pour l’élection législative à venir.

 

- En quoi est-ce important pour les bibliothécaires de se retrouver, d’échanger, de partager des bonnes pratiques ?

Ce qui est passionnant dans notre profession c’est que le contact avec le public et ses attentes nous oblige à requestionner sans cesse ce que nous faisons et pour moi l’association est un espace de partage et d’expérimentation irremplaçable. Lors de journées professionnelles, du congrès ou grâce aux publications de l’association, chacun peut s’enrichir de nouvelles idées et de nouvelles manières de faire, le tout dans une ambiance conviviale et chaleureuse… et cela c’est précieux aujourd’hui dans une période de stress et d’exigence de productivité y compris dans les collectivités locales.

Enfin l’ABF assure une formation initiale diplômante de premier niveau pour des bénévoles ou des professionnels qui commence dans le métier. Il s’agit du socle de base pour travailler en bibliothèque quand on ne peut pas faire une formation universitaire.

 

- Du 15 au 17 juin 2017, se déroulera le congrès annuel de l’ABF : en quoi cela consiste-t-il ?

C’est l’événement annuel le plus important pour notre profession qui rassemblera, à Paris cette année, plus de 900 bibliothécaires de toute la France. Il repose sur trois piliers, les conférences, le salon professionnel, où les entreprises présentent leurs nouveaux produits, et les rencontres informelles. Nous choisissons un sujet générique qui préoccupe la profession ou qui est dans l’air du temps. L’an dernier nous avions traité, à Clermont-Ferrand, des différentes formes d’innovation en bibliothèque et cette année, élections oblige, nous avons retenu un thème éminemment politique : "Inégalités territoriales et égalité des chances".

Un rapport récent de l’Inspection Générale des Bibliothèques pointait le fait qu’il n’y avait pas encore suffisamment de bibliothèques en France et que plus de 11 millions de Français était à plus de 15 minutes d’une bibliothèque. Grâce aux conférences, le sujet est abordé sous différents angles avec beaucoup d’exemples pratiques.

La particularité cette année, c’est que nous aurons un congrès très participatif avec un "Bibcamp" où les thématiques sont décidées par les participants le jour-même, un World Café sur l’international, des ateliers "Labenbib" pour être créatif avec les outils numériques et un "Jobdating", pour un premier contact rapide avec un employeur potentiel.

Les collègues peuvent à la fois apprendre de nouvelles choses, débattre des sujets d’actualités, échanger de manière informelle avec des collègues de tout le pays, voir des collègues étrangers puisque le Québec et la Colombie sont présents cette année, et élargir ainsi leur réseau professionnel le tout dans une ambiance détendue et chaleureuse… il y a même une soirée festive sur une péniche !

 

Merci Xavier d'avoir répondu à nos questions.

 

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