Madame papier, l'archiviste inclassable

24/04/2017

C'est au cœur de l'écosystème collaboratif de la CAE* CLARA, dans lequel Mon cher Watson est engagé, que nous avons rencontré la pétillante madame papier.

 

Madame papier est archiviste indépendante, spécialiste des fonds historiques. Elle trie, range, classe, conserve, optimise, facilite la vie des organisations en traitant leurs précieuses archives. Fastidieux ? Non, créatif !

 

Car elle sait redonner vie à toute cette documentation en imaginant et en mettant en œuvre des projets de valorisation. Elle conjugue l'histoire du passé jusqu'au présent pour raconter, sensibiliser, fasciner ou mobiliser autour d'un patrimoine commun.

 

Après avoir abordé la question de la numérisation des archives, nous nous intéressons donc aujourd'hui aux moyens de les valoriser.

 

Rencontre avec Cathy Drévillon alias madame papier, l'archiviste inclassable

 

*CAE : Coopérative d'activité et d'emploi

 

- Bonjour Cathy, pouvez-vous nous présenter votre parcours d’archiviste ?

 

J’ai d’abord étudié l’histoire, puis je me suis orientée vers les archives, et je suis donc diplômée en histoire & métiers des archives. J’ai choisi le métier d’archiviste car je voulais une activité qui réponde à ma curiosité intellectuelle : que j’apprenne de nouvelles choses régulièrement, que je puisse évoluer dans des secteurs différents.

 

Après une première expérience dans le secteur bancaire où j’ai participé aux recherches et aux travaux sur la spoliation des biens juifs durant la Seconde guerre mondiale, je suis partie vivre en Polynésie française.

Là-bas, j’ai développé mon activité en tant qu’archiviste sous la marque "parau" ("paroles" en tahitien). C’est à travers mes expériences sur ce territoire (exposition Paul Gauguin au Musée de Tahiti et des îles en collaboration avec le musée d’Orsay et Centre d’interprétation Gauguin aux îles Marquises) que je me suis rendue compte que les archivistes pouvaient apporter beaucoup aux projets de valorisation. Ils sont notamment les plus à même de trouver l’archive, de la contextualiser, la décrypter. Mais ils apportent aussi leur méthode dans la gestion de projet.

 

Je n’avais pas été formée aux outils et aux méthodes de la valorisation. C’est pourquoi, j’ai complété mon parcours par une licence de conception et de mise en œuvre de projets culturels. C’est ce qui fait ma particularité aujourd’hui. Cela m’a donné une légitimité dans ma nouvelle activité de consultante en archives & valorisation du patrimoine, que je développe depuis près de 15 ans sous la marque « madame papier ».

J’ai beaucoup travaillé en province sur des fonds publics et privés, mis à disposition mes savoirs pour des projets de recherche et de compilation d’archives, lors de réorganisations dans le cadre de fusions, conseillé des services pour des projets de site internet, organisé des expositions, mis en place des dispositifs de médiation… Un large panel qui me permet aujourd’hui d’apporter une expertise et une créativité aux clients que j’accompagne.

 

- Concrètement, quel est le quotidien d'un archiviste ?

Je ne sais pas si vous avez noté, mais il y a un « s » à métiers des archives ! Je n’en réalise sans doute qu’une partie… car entre les records manager et les spécialistes de l’archivage électronique, en passant par les archivistes qui travaillent en entreprises ou dans le secteur public, je ne représente qu’une partie de ce beau panel.

Que fait madame papier ? Mes activités sont assez variées, car je peux intervenir à plusieurs moments dans les projets. D’abord, les archives : conseil sur l’organisation, mais aussi classement fin ou sur des archives confidentielles, corrections d’instruments de recherche, conseil pour la conservation…

Puis, la recherche : je peux être amenée à (re)trouver les documents nécessaires à un projet. Ensuite, la valorisation, où je suis force de proposition pour mettre en valeur les documents d’archives, l’histoire de l’organisation.

Enfin, la formation auprès d'archivistes en poste ou d'étudiants sur la valorisation (pourquoi?comment? pour qui?), que je trouve essentielle pour nourrir ma réflexion.

Ce que j’aime aussi c’est la variété de mes interlocuteurs : archivistes, communicants, historiens, scénographes, illustrateurs, graphistes, vidéastes, artistes…

 

 

- Vous êtes spécialisée dans la valorisation des archives d’entreprises : quelle est la valeur ajoutée de ce travail pour vos clients ?

En tant qu’archiviste spécialisée dans les fonds anciens et la valorisation, je suis à même de montrer l’essence, la force des archives. Leur recherche est indispensable. Leur authenticité, leur sincérité sont essentielles pour raconter l’histoire d’une entreprise qui s’est adaptée, a traversé des moments difficiles. Les archives sont là pour appuyer un message et éviter les discours stéréotypés. J’apporte aussi ma créativité sur les projets de valorisation car je suis constamment en réinterrogation sur le sujet.  Mes réseaux coopératifs m’apportent la touche artistique.

 

- Vous avez fait le choix de l’entrepreneuriat collectif et de l’ESS (économie sociale et solidaire) en intégrant la Coopérative d’activité et d’emploi CLARA : qu’en retirez-vous ?

Si j’apprécie beaucoup d’accompagner les organisations sur des projets, ce qui est une des motivations de mon entrepreneuriat, j’ai ressenti le besoin d’entreprendre en collectif ! C’est tout à fait ce que je trouve chez CLARA : une autonomie, avec un accompagnement, un soutien et une écoute dans un milieu culturel. J’y ai trouvé un lieu permettant des rencontres, le partage d’expériences, de réseaux avec les autres entrepreneurs salariés.

 

Séminaire 2017 de la coopérative culturelle CLARA. Crédit photo : Jean-François Merle.

 

- Quelle réalisation vous a apporté le plus de plaisir ou de satisfaction ?

 

Je ne peux pas passer à côté de l’aventure Gauguin (à l’occasion de la commémoration des 100 ans de sa mort) et notamment tous les travaux de recherche et l’inventaire des archives de Paul Gauguin conservées en Polynésie. Avoir eu entre les mains des documents écrits, dessinés par Gauguin… a rendu mon attachement à ce peintre particulier. Ces projets ont été le déclencheur de ce qui fait aujourd’hui ma particularité.

 

Ensuite, j’ai envie d’évoquer l’aventure du Belem, ce navire école plus que centenaire (120 ans) dont on ne connaissait que partiellement l’histoire. Grâce à la Fondation Belem qui m’a confié ce dossier, j’ai organisé la recherche des archives dispersées du navire (en Angleterre et en Italie notamment), ce qui nous a permis de révéler dans des ouvrages ou une exposition à Venise des événements méconnus de son histoire. Cela permet aussi aujourd’hui à la Fondation Belem de proposer un outil numérique de visite virtuelle du navire, grâce aux plans retrouvés à l’étranger.

 

Yacht Fantôme II, terminant son tour du monde de 31 000 miles, 1924. Archives privées.

 

Ces deux projets sont l’illustration du privilège que l’on a d’avoir entre ses mains certains documents, d’être celui qui les (re)découvre… et les partage. Je crois beaucoup à l’émotion de l’archive et c’est quelque chose que je veux transmettre, tant aux publics qu’aux archivistes que je forme sur la valorisation.

 

Enfin une dernière évocation à travers ce retour aux sources avec les travaux que je réalise avec mes collègues des établissements bancaires, pour valoriser des archives riches, mais peu ou in-connues : j’ai coordonné et participé à la mise en oeuvre d’une exposition interbancaire sur « Les banques dans la Grande Guerre », exposition itinérante qui a été présentée notamment à Bercy et sur le site de Pierreffite-sur-Seine des Archives nationales. Nous avons réalisé cette exposition sous l’égide de l’Association des archivistes français. C’est un travail collectif, qui continue cette année sur les femmes et la banque. Il va se concrétiser en fin d’année et se poursuivra en 2018, avec des actions de valorisation totalement différentes.

 

 

- Quels clichés sur les archivistes voudriez-vous démonter ici et maintenant ?

Ah… les clichés sur les archivistes ! Il y en a tant, sans doute d’ailleurs par méconnaissance de nos métiers. Ils sont un peu poussiéreux les préjugés, non? Moi je ne suis pas assise devant vous avec ma blouse grise, avec pour toute coiffure un chignon et si j’ai des lunettes, elles sont assorties à mes mèches de cheveux bleues! J’espère montrer tant dans mon énergie, mes actions, ma créativité et mon agilité à développer des projets et à collaborer avec différents milieux que je ne corresponds pas à ces idées.

Les archives, comme les archivistes, ce n’est pas ringard. Ils ne sont pas enfermés dans une tour d’ivoire à conserver des documents inaccessibles. Nos métiers sont au cœur du vaste système documentaire et de mise à disposition des données… même la valorisation en fait partie car on participe à l’accès de tous aux archives.

 

 

Merci Cathy pour cet entretien !

EN SAVOIR  + 

Retrouvez madame papier sur Twitter, LinkedIn et son site internet : www.madamepapier.com

 

AGENDA

Jeudi 18 mai 2017, à Paris, l'Association des archivistes français (AAF) organise la journée d'étude sur le thème "le patrimoine historique des entreprises : une nécessité à l’ère numérique."

 Lire d'autres articles sur le thème de la conservation et valorisation du patrimoine : 

 

Et d'autres portraits d'entrepreneurs du secteur culturel

 

Lire l'article précédent : le métier conservateur du patrimoine, une passion qui se transmet

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