Le métier de conservateur : une passion qui se transmet

18/04/2017

En suivant l'actualité des musées sur les réseaux sociaux, Mon cher Watson a repéré le compte twitter de Juliette Trey. Cette jeune conservatrice au musée du Louvre nous fait partager son quotidien au sein du département des Arts Graphiques. Elle publie régulièrement des photographies des œuvres qu'elle côtoie dans les salles et dans les réserves.

 

Alors, nous nous sommes posé la question de l'utilisation des réseaux sociaux au sein des musées : qui communique sur les réseaux sociaux ? Quels messages ? Quelle cible ? Et via quel canal de communication ?

Avec Juliette Trey, conservatrice du patrimoine au musée du Louvre, nous découvrons la face cachée de son métier et son plaisir de le transmettre au grand public.

 

 

- Bonjour Juliette, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

J’ai obtenu le concours de conservateur du patrimoine fin 2005. Après les 18 mois de formation à l’Institut National du Patrimoine, j’ai commencé à travailler en 2007 au château de Versailles, où je m’occupais des peintures du XVIIIe siècle et des pastels.

Depuis 2013 je suis conservatrice au département des Arts graphiques, au musée du Louvre, chargée des dessins français des XVIIe et XVIIIe siècles.

 

- Pourquoi être devenue conservatrice du patrimoine ? Quels sont les arguments qui vous ont attirés en premier lieu ? 

C’est bien sûr par passion pour les musées, le patrimoine et l’art en général que j’ai eu envie de devenir conservatrice. Les dimensions de transmission et de partage qui existent dans ce métier me tiennent aussi beaucoup à cœur.

Juliette Trey, conservateur au château de Versailles - chaîne youtube du château de Versailles

 

- En quoi consiste votre travail au sein du musée du Louvre ?

Mes tâches sont assez variées et correspondent bien à la fiche de poste idéale du conservateur : proposer et suivre des dossiers d’acquisition, participer au récolement, publier les collections, assurer le commissariat d’expositions.

Je participe aussi au suivi des restaurations : l’équipe scientifique du département se réunit en moyenne deux fois par mois dans l’atelier de restauration pour discuter des restaurations en cours et de celles à initier. Nous travaillons surtout dans une démarche de conservation préventive, bien différente des spectaculaires restaurations fondamentales de peinture que j’ai connues quand je travaillais à Versailles : ceci tient à la différence de technique certes mais aussi à l’histoire des collections et des deux institutions.

2016 Musée du Louvre - Antoine Mongodin

 

La spécificité du département des Arts graphiques est que nous n’avons pas de salle permanente au sein du musée (même si nous avons le projet d’ouvrir une salle sur les techniques du dessin). Nous montrons donc essentiellement les collections grâce aux expositions. En revanche nous accueillons les visiteurs du lundi au vendredi dans notre salle de consultation et les conservateurs assurent une permanence à tour de rôle, comme dans une bibliothèque par exemple.

Ce contact régulier avec les visiteurs, amateurs, étudiants, chercheurs, est très stimulant.

Je veille à enrichir régulièrement notre base informatique et nos dossiers d’œuvres pour les dessins français XVIIe-XVIIIe en fonction des publications parues ou des informations que nous communiquent les chercheurs. Notre base en ligne est très souple et permet de rendre publiques les modifications quotidiennement. De manière générale, le fait que je travaille dans une aussi grande institution, qui regroupe de nombreuses compétences au sein de diverses directions, me permet de me consacrer très largement et dans d’excellentes conditions à l’aspect scientifique du métier de conservateur.

 

Par ailleurs je participe à un groupe de travail sur les spoliations : nous recherchons les provenances des œuvres issues de la récupération artistique (les fameux « MNR », musées nationaux récupération) afin de les restituer aux ayants-droits de leurs anciens propriétaires. Je passe donc au peigne fin l’historique des dessins issus de la récupération encore conservés au département des Arts graphiques.

2016 Musée du Louvre - Antoine Mongodin

 

- Votre présence sur les réseaux sociaux, et notamment sur twitter, est très importante. Quel usage en faites-vous ? Est-ce important de montrer l’envers du décor muséal au grand public via les réseaux sociaux ?

C’est la community manageuse du château de Versailles, quand j’y travaillais, qui m’a vraiment aidée et encouragée à utiliser les réseaux sociaux. J’ai commencé à utiliser twitter en 2012, à la suite d’une participation à la journée #askacurator, en étroite collaboration avec le service communication de Versailles. L’idée était en effet d’aider le service de la communication à alimenter ses réseaux sociaux institutionnels en montrant ce qui, à mes yeux, constitue le cœur du musée : le travail sur les collections. Les community managers n’ont pas toujours accès à cette information et leur ancrage au sein des services de communication leur donne plutôt accès à des informations de type événementiel (concerts, colloques, publications, expositions…).

Depuis que je suis au Louvre, j’essaie donc de continuer à montrer mon travail et les collections, avec l’idée que cela fait aussi de la matière pour alimenter le compte institutionnel du musée. Voilà pourquoi mon compte twitter reste strictement professionnel et même quasi exclusivement centré sur le dessin français, le XVIIIe siècle et l’activité du département des Arts graphiques. Je cherche aussi à donner la part belle à l’image et mes tweets sont presque toujours illustrés de photos.

 

En participant à #askacurator, puis grâce à mon compte twitter, j’ai vu que les réseaux sociaux permettaient à la fois de toucher un public peu habitué des musées et de créer des liens privilégié avec les amateurs, les chercheurs, les passionnés de musées. Cette ouverture du musée sur les réseaux sociaux me semble essentielle et j’apprécie beaucoup la proximité qu’elle suscite avec ces différents publics.

Twitter me permet aussi de faire très facilement une veille professionnelle sur les musées et ma période de spécialité (le XVIIIe siècle). Il m’a aussi permis de connaître et d’entrer facilement en contact avec plusieurs chercheurs qui m’ont envoyé des informations de manière plus souple et informelle que par mail par exemple.

Néanmoins il me semble que dans le domaine de l’histoire de l’art et des musées l’intérêt de twitter, comme sans doute des réseaux sociaux en général, a longtemps été mal compris. Ce n’est que récemment qu’une nouvelle génération d’historiens de l’art et de conservateurs a rejoint le réseau et que de plus anciens se laissent progressivement convaincre. Mais je pense qu’il reste du chemin à faire pour arriver aux pratiques des musées anglo-saxons qui demandent à leurs personnels scientifiques de contribuer à l’écriture du blog du musée ou les filment en direct sur périscope pour commenter une œuvre.

 

- Une œuvre ou un artiste coup de cœur à faire connaitre ?

Mon artiste coup de cœur est bien évidemment Edme Bouchardon : je lui ai consacré mes trois premières années au Louvre pour l’exposition qui s’est tenue cet automne au Louvre et début 2017 au Getty à Los Angeles. J’ai également publié fin 2016 l’inventaire de ses dessins conservés au Louvre. Après autant de temps passé avec un artiste, dans un contact pour ainsi dire intime avec ses dessins, on développe forcément de l’affection pour son travail. Mais je suis aussi très intéressée par ceux qui ont été dans sa sphère d’influence et qui restent encore mal connus comme dessinateurs, notamment Michel-Ange Slodtz, son camarade sculpteur à l’Académie de France à Rome ainsi que son petit frère, Jacques Philippe Bouchardon, qui fit carrière en Suède comme sculpteur du roi.

 

 

 Edme Bouchardon, Etude de tête pour la statue de l’Amour avec sa contre-épreuve,
musée du Louvre/Juliette Trey

 

Merci à Juliette Trey d'avoir répondu à nos questions. Nous vous conseillons d'aller vous abonner à son compte Twitter (@JulTrey) afin de suivre les coulisses du département des Arts Graphiques du Louvre.

 

Lire d'autres Enquêtes de Watson sur le thème des musées.

 

 

 

 

Lire l'interview précédente : Y a-t-il une place pour le jeu vidéo en bibliothèque ?

 

 

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