Drawing Hôtel : un espace de rencontre entre dessin contemporain et tourisme

27/03/2017

Ce week-end, vous avez peut-être été visité le festival Drawing Now à Paris. Si vous aimez le dessin contemporain, vous aimerez le Drawing Hôtel.

Au cœur de Paris, se niche un hôtel design et résolument arty. Un lieu où l'art contemporain se mêle au tourisme en investissant les espaces d'un hôtel. Les chambres et couloirs ont été décorés par des artistes reconnus, aux styles différents et reconnaissables. Le sous-sol du bâtiment accueille un espace d'exposition ouvert à tous, vacanciers et amateurs d'art : Drawing LAB. Au rez-de-chaussée, des espaces de convivialité complètent cet ensemble favorisant la rencontre, l'art, la discussion, l'échange, la contemplation, la réflexion.

 

Mais quel est le lien entre l'hôtellerie et l'art ? D'où vient l'idée de rassembler ces deux univers dans un seul et même espace ? Qu'apporte l'un à l'expérience de l'autre pour le touriste ?


Nous avons voulu en savoir plus en interviewant les deux directrices : Christine Phal et Carine Tissot.

 

- Bonjour, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?
 

 

Christine Phal : J’ai créé une galerie d’art contemporain en 1990 à la Bastille, devant la crise elle a été nomade de 1993 à 2000, puis installée rue Mazarine de 2000 à 2010. En 1997, j’ai créé le 1er Salon du dessin contemporain, devenu DRAWING NOW en 2012. Là encore, les premières années se sont déroulées sur un mode nomade, puis il a été installé au Carrousel du Louvre, et enfin au Carreau du Temple, où il est encore actuellement.


Carine Tissot : J’ai un parcours riche dans le domaine de la presse, de la communication et dans l’organisation de salons et événements notamment chez Reed Expositions France. Nous avons ensuite eu l’occasion, Christine et moi, d’unir nos compétences et de créer notre société CPCT ARTS&EVENTS en 2009 afin de poursuivre le développement de Drawing Now Paris, à l’époque appelé le Salon du dessin contemporain.

 

- Qu’est-ce que le Drawing LAB Paris ? Et pourquoi mettre en avant le dessin contemporain ?
CP : Il manquait à Paris ce type de lieu alors que New York et Londres avaient des centres dédiés au dessin contemporain. Le lien entre le DrawingLAB et le salon Drawing Now est avant tout le dessin contemporain et l’équipe puisque je fais partie des deux entités.

Le centre d’art se veut un lieu d’expérimentation du dessin : il fonctionne avec un comité de sélection et des appels à projets de duos d'artistes/commissaires d’expositions. Nous avons reçu 150 dossiers et en avons retenus 4 : Keita Mori / Gaël Charbau - Debora Bolsoni / Claudia Rodriguez - PongaPia Rondé & Fabien Saleil / Léa Bismuth - Gaëlle Chotard / Valentine Meyer. Les projets sélectionnés proposent une expérimentation autour des limites du dessin contemporain. L’ouverture a eu lieu le 24 février 2017. 4 expositions sont programmées, la prochaine, en juin, présentera une artiste brésilienne Deborah Bolsoni.
 

Abdelkader Benchamma, installation Drawing Hotel, 2017 © Abdelkader Benchamma

 

- D’où vient l’idée de regrouper espace d’exposition d’art contemporain, librairie, café et des hébergements de tourisme ? Comment s’articulent-ils ? En quoi les uns servent les autres ?
CP : Le promoteur avait décidé de faire un hôtel à cet emplacement et a accepté de nous aider à mettre en place le Centre d’art : les choses se sont finalement articulées d’une manière assez fluide. La librairie spécialisée en dessin était une évidence, le café, un complément pour offrir un endroit convivial aux visiteurs du centre. La connivence entre Carine et moi a fait le reste.
CT : En avançant sur le projet, j’ai imaginé qu’une synergie globale autour du dessin contemporain aurait du sens. Je me suis alors formée en hôtellerie et j’ai décidé de créer le Drawing hôtel avec l’ambition d’en faire un point de rencontre entre touristes, parisiens amateurs de culture au sein du Tea Club du Cocktail house et de la boutique.

Dans ce cas de figure, ce n’est pas qu'un hôtel qui s’ouvre à l’art contemporain mais bien un Drawing Lab qui est allé vers un hôtel. Notre but est de créer des passerelles entre les deux via une boutique et des événements dédiés au dessin contemporain, organisés sur le rooftop de l’hôtel et ouverts au public. L’hôtellerie n’a aujourd’hui d’autres choix que d’aller vers une notion d’expérience, de créer des lieux de vie et de rencontre et pas seulement des chambres pour dormir.

Chambre, 1er étage Drawing Hotel_Lek & Sowat, Head Space, novembre 2016, Châtelet Les Halles, Paris, scotchs et acryliques sur mur © Lek & Sowat

 

- En quoi l’art, contemporain de surcroît, peut-il avoir sa place dans l'hôtellerie ?
CT : On nous dit souvent qu’il est difficile de pousser la porte d’une galerie pour un néophyte ou de s’y sentir à l'aise, même pendant les foires. Il est donc plus simple de faire découvrir l’art contemporain dans le cadre d’un hôtel. La mixité des clients rend cette rencontre encore plus riche. Le dessin est en plus une belle porte d’entrée en art contemporain !

 

- Vous avez donné carte blanche à 4 artistes pour la décoration des chambres et des couloirs. Comment les avez-vous choisis ? Comment s’est déroulé leur travail ?
CT : A contrario du Drawing Lab et de son comité de sélection, c’est moi qui ai choisi les 5 artistes, dont un duo avec lequel j’avais envie de travailler. Mon choix a été motivé par leur approche différente du dessin contemporain afin de garantir des propositions différentes les unes des autres. Le résultat est surprenant, des aquarelles de Françoise Petrovitch à l’oeuvre "all over" de LEK & SOWAT, les clients sont immergés dans des univers artistiques très différents. Tous les artistes nous ont proposé un projet, charge à nous de les accompagner techniquement pour leur permettre de le réaliser au plus près. L'enjeu était de respecter leur oeuvre tout en prenant en compte les contraintes opérationnelles d’un hôtel (les bornes incendies, les prises...). La majorité a ensuite eu envie de signer la tête de lit des chambres de leur étage. Seul Clément Bagot a préféré travailler sur le plafond.

 Keita Mori - String

 

- La première exposition met en avant l’artiste Keita Mori. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?
CP : A partir du choix des 4 duos sélectionnés par le comité de sélection, le travail de Keita Mori qui dessine uniquement avec des fils de différents diamètres et de la colle à chaud, nous a semblé emblématique de ce que le Lab devait montrer du dessin contemporain. Sur le site du Lab, au sous-sol, Keita Mori a travaillé deux semaine complètes pour investir le lieu et une vidéo a été créé en amont pour accompagner cette exposition.

 

Merci à Christine et Carine d'avoir répondu à nos questions. L'exposition de Keita Mori est à voir jusqu'au 20 mai 2017 au 17 rue Richelieu, Paris.

 

 

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