Innover dans la culture avec la Fabrique de la Danse

12/12/2016

Quoi de neuf dans le monde de la danse ?

Nos pas ont croisé ceux de l'équipe de La Fabrique de la Danse, premier incubateur de chorégraphes. Cette start-up culturelle s'est démarquée lors de l'appel à projets urbains innovants de la mairie de Paris : "Réinventer Paris". Lauréate du concours, la Fabrique de la Danse prendra en charge la reconversion du 205 avenue Gambetta (Paris 20ème) pour installer ses espaces de répétition et développer ses activités.

 

Accompagnement de chorégraphes, formations, services digitaux et collaboratifs, création d'un espace santé du danseur, co-working... la Fabrique de la Danse porte une ambition artistique, technologique et économique remarquable.

 

Actuellement hébergée à la 104factory, La Fabrique de la Danse œuvre déjà auprès des chorégraphes et compagnies pour structurer et professionnaliser des artistes aux influences artistiques diverses.

 

Interview croisée de deux co-fondatrices à l'initiative du projet, Orianne Vilmer et Christine Bastin, qui nous racontent ce projet innovant, des étoiles dans les yeux et les pieds bien sur terre.

 

Quel est votre parcours et qu’est-ce qui vous a conduit à créer la Fabrique de la Danse ?

Orianne Vilmer : Je dispose d’une double formation en danse contemporaine au CNSMDP et d’ingénieur SUPELEC. En parallèle de ma carrière professionnelle en direction financière et générale de grands groupes, j’ai fondé il y a 6 ans une compagnie de danse dans laquelle j’ai eu l’occasion de créer et produire de nombreux spectacles de danse.

J'ai donc été confrontée directement aux difficultés que rencontrent les professionnels du milieu : pénurie des infrastructures pour la danse, manque de formations spécialisées pour le chorégraphe qui est aussi dirigeant de compagnie, absence d’outils adaptés aux nouveaux modes de travail des compagnies… C’est l’urgence de se rendre utile qui a provoqué cet élan ! Et puis en parallèle évidemment, une rencontre décisive avec Christine…

 

Christine Bastin : Je suis chorégraphe. Plus de 30 ans de vie dédiés à la danse, à la création chorégraphique, et à la transmission… Ma formation : Anne-Marie Debatte, Christine Gérard, Nikolais, le droit, la littérature et la vie comme source inépuisable d’inspiration… Une compagnie créée en 1986, une équipe fidèle d’interprètes magnifiques, une quarantaine de créations sur scène ou en extérieur, des tournées en France et dans le monde… Une grande attention portée à l’accompagnement des chorégraphes, danseurs et circassiens, et le plaisir de transmettre mon répertoire aux professionnels et aux amateurs… 

C’est ainsi qu’il y a 3 ans, j’ai rencontré Orianne comme danseuse, autour de la transmission de ma pièce Gueule de loup... C’est là que tout a commencé, et ne s’est jamais arrêté, pour mon plus grand bonheur ! Même envie de servir l’art, d’inventer des chemins nouveaux pour la création, d’oser une certaine indépendance et de croire à la danse comme mieux-être pour tous. Et quelle chance de construire cette Fabrique de la Danse, dans une équipe où les compétences de chacun sont sublimées par celles des autres.

 

Qu’est-ce que La Fabrique de la Danse, et que propose-t-elle ?

 

Christine Bastin : La Fabrique de la Danse met au cœur de son activité la formation, la création chorégraphique, l’innovation au service de la danse et le partage avec tous. Outre des formations destinées aux professionnels du spectacle vivant (création chorégraphique, administration, communication, son, lumière, scénographie), nous proposons un incubateur de chorégraphes offrant à ceux-ci sur une année, un accompagnement complet portant autant sur l’artistique que sur la structuration de la compagnie, pour aider le chorégraphe à s’affirmer à la fois comme artiste et comme chef d’entreprise.

Le Carreau du Temple à Paris en est le partenaire cette année et tout le programme de l’incubateur s’y déroule : recherche et création chorégraphique, structuration de la compagnie, lumière, son, scénographie, résidences de création des chorégraphes, ateliers d’expérimentation avec des danseurs, soirée des chorégraphes…

Quand La Fabrique de la Danse aura sa propre maison (dans 3 ans), elle proposera de l’accueil de compagnies en résidence, une Scène connectée, des ateliers costumes et décors, des espaces de co-working, un espace santé du danseur et des activités artistiques régulières pour tous.

 

La Fabrique de la Danse est intégrée à l’incubateur d’entreprises culturelles du CENTQUATRE-PARIS, établissement phare de la ville de Paris. Quel rôle cet incubateur joue-t-il dans le développement de votre activité ?

 

Orianne Vilmer : 104factory, l’incubateur du CENTQUATRE-PARIS, nous accueille depuis septembre 2015. Rentrer dans cet incubateur pour nous c’était tout simplement donner une existence réelle au projet : avoir un bureau, établir un rythme de travail, trouver un mode de fonctionnement d’équipe, pouvoir recruter, pouvoir recevoir des partenaires… Cela semble évident, mais c’est assez structurant au début d’une aventure entrepreneuriale.

Et puis, pour nous, l’incubation au CENTQUATRE-PARIS a deux avantages incommensurables : pouvoir observer un lieu artistique au quotidien, son fonctionnement, comme ses problématiques, et pouvoir accéder à des espaces. C’est essentiel dans une activité comme la danse, qui a besoin de lieux pour répéter, et qui aujourd’hui en a très peu. Ainsi cette incubation nous a permis de lancer notre programme d’accompagnement du chorégraphe et nos formations pour les professionnels du spectacle vivant, mais aussi d’expérimenter in situ notre plateforme collaborative dédiée à la danse, DanceNote.

Au delà de ces aspects très pratiques, une incubation de ce type permet de rencontrer de nombreux acteurs du milieu culturel comme du milieu entrepreneurial et de se laisser porter par la sérendipité !

 

L'équipe de la Fabrique de la Danse fait tester l'application DanceNote au public lors de la journée OpenFactory de l'incubateur du CENTQUATRE-PARIS. Le 3/12/2016.

 

 

Lauréate du concours « Réinventer Paris », l’équipe de la Fabrique de la Danse s’est engagée dans un projet entrepreneurial d’envergure dont les activités vont bien au-delà de la pratique de la danse et du soutien aux chorégraphes. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Christine Bastin : Plus largement, La Fabrique de la Danse a envie de témoigner de la danse et de la création, comme possibilité d’épanouir l’être humain, de révéler ce qu’il a en lui de plus beau. La danse, en ce qu’elle invite chacun à prendre sa place, à comprendre celle de l’autre, à se connecter à l’espace et à tous, propose un modèle de société basé sur l’acceptation de soi, de l’autre, et sur la nécessité d’être en lien pour évoluer.

Si tout cela peut transpirer de La Fabrique de la Danse, et si elle peut grâce à cela, être source de lien social et de mieux-vivre pour les habitants du quartier et pour tous, on en sera très heureux.

Côté création, l’équipe de La Fabrique de la Danse a été créative dès le début, en imaginant la rénovation du parking en un lieu de danse, avec une équipe d’architectes ayant le plus grand respect des normes environnementales et désireux de mettre en avant une qualité de lumière, d’espace et de matière naturelle. Une belle maison saine, claire et largement ouverte sur l’extérieur. Dans l’avenir, nous voulons aussi accueillir des entreprises dans nos espaces de co-working, des médecins au service de la santé du danseur, nous voulons stimuler l’innovation autour des technologies liées à la danse… Aujourd’hui, nous espérons avoir mis en place les valeurs qui nous mèneront naturellement à tous ces développements.

 

Projet de façade projetée pour le 205 avenue Gambetta. Crédit : Atelier Secousses.

 

Quel est le modèle économique de ce futur établissement ?

 

Orianne Vilmer : Il n’y a pas un mais des modèles économiques ! Je crois qu’aujourd’hui, la recette à appliquer dans la gestion d’un espace culturel, c’est la diversification… Nous avons donc plusieurs types d’activités, aux modèles économiques différents, mais qui gravitent autour d’une idée force : être un pôle de création innovant.

Nous travaillons donc depuis plus d’un an sur le lancement progressif des offres qui constitueront nos sources de revenus futurs : des services aux artistes chorégraphiques (formations, outils digitaux, master-class), mais aussi des services aux entreprises (formations, créations sur-mesure, pratiques culturelles) et des activités à destination du grand public (cours réguliers, projets artistiques, événements)… Nous sommes actuellement à la recherche de partenaires pour développer nos innovations et de mécènes pour financer les espaces dédiés à la création. 

 

Investir à titre privé dans un projet de développement culturel et social, est-ce contradictoire ?

 

Christine Bastin : Plus qu’un projet de développement culturel et social, c’est un projet touchant au développement de l’art en lien avec l’être. Et pour moi, l’envie de danser et de créer, défendue par La Fabrique de la Danse, est une démarche d’abord personnelle et privée, et cela me parait naturel que quelqu’un qui souhaite investir, le fasse à titre privé. Il ne pourra d’ailleurs s’investir que s’il est convaincu personnellement de l’intérêt de l’art pour lui et pour les autres. C’est même très sain de se dire que La Fabrique de la Danse a à voir d’abord avec l’investissement privé, l’investissement personnel de chacun, et qu’il est urgent de ne pas attendre l’argent public pour commencer. Cela correspond à notre envie de responsabilisation et de liberté.

 

Ce nouvel espace dédié à la danse proposera des services innovants aux danseurs et chorégraphes. Quels sont-ils ?

 

Orianne Vilmer : A l’origine du projet, il y a le concept de l’incubateur de chorégraphes, qui s’inspire des incubateurs de startups et donne les moyens aux chorégraphes de maîtriser les différentes étapes de la production d’un spectacle et du développement de leur compagnie. Notre spécificité c’est de les mettre dans le concret, dans l’expérimentation, qu’il s’agisse de l’écriture de leur danse, de la direction de danseurs, de la création de lumières, de scénographies ou d’univers sonores, de la gestion financière ou encore la communication. Nos méthodes sont tirées du milieu de l’entreprise et donc offrent à ces chorégraphes d’autres modes de travail, de réflexion.

Autre service innovant, DanceNote, plateforme collaborative dédiée à la danse et qui s’appuie aujourd’hui sur un player vidéo totalement pensé pour la danse. DanceNote est la première brique de notre studio de production innovant, appelé la Scène connectée, et qui s’inscrit entre autres dans un programme de conservation et de transmission du patrimoine chorégraphique.

Il y aura aussi l’Espace santé du danseur, premier centre spécialisé dans les pathologies du danseur ouvert aux amateurs comme aux professionnels, et l’Atelier costumes. En fait au-delà de ces services innovants, c’est le lieu en lui-même qui est innovant puisqu’il rassemble l’ensemble des équipements nécessaires à la production d’un spectacle de danse en un même endroit.

 

Un coup de cœur particulier pour le travail d’un chorégraphe à partager avec nos lecteurs ?

Christine Bastin Le premier chorégraphe auquel je pense, c’est celui dont la création génère sans cesse du vivant (pour le moment), depuis l’herbe qui vacille jusqu’à l’étoile du berger, une incroyable harmonie minérale, végétale, animale, où tout cohabite et se connecte en correspondance explosive de mouvements, de couleurs, d’odeurs et de sons. Celui-là dont on ne sait pas le nom, cette énergie, ce moteur, ce milieu du milieu des choses, celui-là est mon coup de cœur, mon coup de corps, mon coup d’âme. Et pourvu qu’il dure… 

Et aussi, n’hésitez pas à découvrir tous les chorégraphes accueillis dans notre incubateur depuis 2 ans : ils sont 16, ils ont entre 19 et 35 ans, ils ont des univers chorégraphiques extrêmement variés, à l’image de nos diversités humaines, ils sont la danse d’aujourd’hui et peut-être de demain ?

 

 Soirée des chorégraphes du 13 juin 2016 au CENTQUATRE-PARIS

 

Nous vous invitons à suivre l'actualité de la Fabrique de la Danse sur Facebook et à vous renseigner sur les offres de la structure sur le site : www.lafabriquedeladanse.fr

 

Merci à Laure Nouraout pour son accueil et la mise en relation avec Orianne Vilmer et Christine Bastin pour cette interview à deux voix.

 

Lire les articles sur les thèmes #spectacle vivant et #Entrepreneuriat culturel

 

 

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