ExpoMérovingiens #1 : Cluny présente les merveilles du Haut Moyen Âge

28/11/2016

Entre influence romaine et mise en place de formes inédites de pouvoir, le début du Moyen Âge est marqué par le développement de formes d’expression originales souvent méconnues. L'exposition "Les Temps mérovingiens", qui se tient au musée de Cluny du 26 octobre 2016 au 13 février 2017, offre un large panorama de l'activité artistique et intellectuelle de cette période de trois siècles.

 

Mon cher Watson a voulu enquêter sur la façon dont l'Histoire était présentée dans les musées. Comment parler de cette période lointaine et peu connue du grand public ? Comment mettre en valeur une époque perçue comme sombre dans l'inconscient collectif et montrer les chefs-d’œuvres des artisans mérovingiens ? Comment exposer des objets fragiles et précieux pour enrichir le discours ?

 

Entretien avec Isabelle Bardiès-Fronty, conservateur en chef au musée de Cluny, et commissaire de l’exposition « Les Temps mérovingiens ».

 

  - Bonjour Isabelle, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ainsi que votre rôle au sein du musée ?

Je suis conservateur en chef du patrimoine au musée de Cluny depuis 2007. Responsable des collections antiques et du premier Moyen Âge, j'ai la charge de leur bonne conservation et de leur présentation au public. Auparavant, j'ai dirigé les collections du musée de Metz de 1997 à 2006.

A Metz puis à Cluny, j'ai assuré le commissariat d'une douzaine d'expositions, ce qui va du choix du corpus d’œuvres à leur présentation, en passant par la constitution d'un parcours d'exposition ou encore la rédaction des cartels et autres textes de salle. En parallèle, j'enseigne et dirige la classe préparatoire du concours de conservateur du patrimoine à l’École du Louvre.

 

- L'époque mérovingienne est souvent oubliée dans les cours d'Histoire. Pourquoi avoir voulu la mettre en avant dans cette exposition ?

Justement parce c'est une période souvent oubliée ! Depuis très longtemps il n'y avait eu à Paris une monographie sur cette période et singulièrement sa dimension artistique. De surcroît, le musée de Cluny prépare l'ouverture de son nouvel accueil et nouveau parcours avec une nouvelle salle consacrée au Premier Moyen Âge, c'est une manière aussi de prendre date avec nos visiteurs.

 

- Il faut parfois des années pour construire une exposition de cette taille entre la première idée et la présentation au public. Pouvez-vous nous expliquer la création de celle-ci ?

L'idée première en revient conjointement à la directrice du musée de Cluny, Elisabeth Delahaye, celle du département des monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France, Frédérique Duyrat, ainsi que la directrice du département des manuscrits de la BnF, Isabelle Le Masne de Chermont, qui souhaitaient organiser une grande exposition sur cette période de transition entre art antique et art médiéval.

Elles se sont fait l’écho d’une idée portée depuis très longtemps par Marie-Pierre Laffitte, qui travaille elle aussi à la BnF, et qui envisageait de construire une exposition mariant manuscrits et objets d’art. Nous avons eu la joie de la compter parmi les membres de notre conseil scientifique. Et c’est la génération suivante, avec Charlotte Denoël et Inès Villela-Petit qui a pu concrétiser cette belle idée !

Pour ma part, ayant déjà beaucoup travaillé sur la période mérovingienne au musée de Metz et responsable des collections de cette période au musée de Cluny, c’est tout naturellement que j’ai accepté cette opportunité.

Une fois ce projet posé, le processus reste long !  Il aura fallu deux ans pour le mettre en application. Le corpus d’œuvres a été progressivement établi par les trois commissaires. En parallèle, un conseil scientifique a été constitué pour participer à l’élaboration du catalogue.

La RMN-GP, en sa qualité de coproductrice, a de son côté apporté son expertise en termes de montage d’exposition et ses moyens techniques. Plus précisément, c’est le chef de projet de la RMN-GP qui se charge de la négociation des prêts, de l’organisation d’un transport des œuvres, qui accompagne le montage et le démontage de l’exposition. La RMN-GP passe les marchés avec les entreprises qui « construisent » l’exposition (architecte-scénographe, socleurs, etc). Elle est également éditrice du catalogue et prend en charge le volet publicité.

 

- Vous exposez de nombreux parchemins dans l'exposition. Ces objets sont très fragiles et nécessitent de grands soins pour leur conservation. Quels sont les moyens mis en place pour les exposer le mieux possible tout en permettant aux visiteurs de les voir dans les meilleurs conditions ?

Chaque objet requiert des conditions de présentation spécifiques tant en terme de conservation que de sécurité. Les vitrines ont été conçues par l’architecte-scénographe en fonction de ces exigences, notamment en termes de luminosité et de contrôle de l’hygrométrie (humidité de l'air). Bien sûr, la RMN-GP travaille toujours dans le respect des règles de conservation préventive établies à l’échelle internationale.

 

- Vous avez un partenariat privilégié avec la Bibliothèque nationale de France, notamment les départements des Monnaies, Médailles et Antiques, et celui des Manuscrits Médiévaux. Pourquoi ? 

La BnF constitue en effet un partenaire scientifique de choix pour cette exposition ! La fermeture pour travaux du département des monnaies médailles et antiques de la BnF a constitué une opportunité à la source du projet puisque le musée de Cluny a pu accueillir ainsi tous les grand chefs-d’œuvres, à commencer par le Trône de Dagobert !  Mais le partenariat avec le département des manuscrits est tout aussi exceptionnel… Grâce à lui, tout ce qui existe de plus exceptionnel pour cette période est présenté dans l’exposition. Charlotte Denoël, conservatrice au département des Manuscrits Médiévaux, a également mené un travail d’une grande qualité scientifique sur l’étude des écritures mérovingiennes.

 

 - Enfin, d'un point de vue plus personnel, quelle est l’œuvre présentée que vous préférez ? Pourquoi ?

J'ai plusieurs coups de cœur dans l'exposition, comme le chapiteau de Saint-Germain-des-Prés du musée du Louvre, le sarcophage de saint Drausin ou bien sûr la merveilleuse crosse de saint Germain qui sert d'image pour l'affiche, lui aussi conservé au musée du Louvre. Aujourd'hui, mon humeur m'incline à choisir la boucle de saint Césaire d'Arles où, sur une admirable scène miniature en ivoire, les soldats dorment devant le tombeau du Christ, figuré en un édicule en tholos, témoignage de l'héritage immense que les artistes de l'Antiquité ont laissé aux sculpteurs du début du Moyen Âge...

 

 

Merci à Isabelle d'avoir accepté de répondre à nos questions. Nous ne pouvons que vous conseiller de vous rendre au Musée de Cluny pour découvrir les magnifiques objets d'art présentés dans l'exposition "Les Temps mérovingiens" ouverte jusqu'au 13 février 2017.

 

Nous vous donnons également rendez-vous dès mercredi pour le deuxième volet de cette série #ExpoMérovingiens avec les témoignages d'Inès Villela-Petit et Charlotte Denoël, commissaires de l'exposition

 Pour poursuivre la lecture de cet article, nous vous conseillons de consulter les interviews des professionnels des musées.

Un livret pour les enfants est également accessible gratuitement à l'accueil du musée pour visiter l'exposition. Il a été rédigé par les Editions Quelle Histoire, dont vous pouvez découvrir le concept et les ambitions dans l'interview de son fondateur, Albin Quéru.

 

Lire l'interview précédente : Dans les coulisses du musée des Beaux-Arts de Lyon.

 

Lire l'interview suivante : ExpoMérovingiens 2 : Médailles et manuscrits rares de la BnF à Cluny

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