Numérisation des revues culturelles : une nouvelle vie pour la presse papier ?

24/10/2016

Le numérique s’est imposé depuis quelques années dans le secteur de l’édition et ne cesse de réinterroger des pratiques professionnelles en mutation. Quels supports pour quels usages ? Les contenus éditoriaux de la presse papier sont-ils voués à l’obsolescence ? Le numérique va-t-il éliminer le papier ou lui permettre un nouveau souffle ?

 

Nous avons rencontré Laurence Bois, fondatrice de Scopalto, kiosque numérique dédié aux revues d’art et magazines culturels. Histoire, société, sciences, arts, lifestyle… une presse culturelle dans son acceptation large, soigneusement sélectionnée pour la qualité de ses contenus et l’engagement de ses éditeurs.

 

Cette initiative, soutenue par le Centre National du Livre, s'appuie sur les technologies de la numérisation et une plateforme digitale pour ouvrir de nouvelles frontières à la presse culturelle imprimée. Mise en perspective avec une cheffe d'entreprise passionnée qui s’est lancée dans l’aventure du numérique par amour des lettres et du papier.

 

Bonjour Laurence, pouvez-vous nous présenter votre parcours et ce qui vous a conduit à créer Scopalto.com ?

J’ai toujours adoré les revues et passé beaucoup de temps dans les librairies à feuilleter, lire, découvrir de nouvelles revues. J’ai eu envie de créer un outil qui me permettrait de découvrir de nouvelles revues facilement, de circuler d’une revue à l’autre en partant d’un sujet, et enfin de pouvoir garder les archives de ces revues tant aimées. Il en est né Scopalto, catalogue de revues culturelles, donnant accès aux numéros en cours et aux archives et permettant à l’utilisateur, via un système d’alerte, d’être informé dès qu’un de ses sujets de prédilection sort dans un nouveau numéro référencé sur Scopalto.

 

Quelles ont été les étapes clés dans la réalisation de ce projet ?

Je pense qu’une grande étape a été le premier Salon de la revue auquel j’ai assisté en octobre 2008. Rencontrer toutes ces revues, leurs éditeurs et échanger ensemble a été le point de démarrage. C’est à partir de là que le projet a vraiment été décidé (lancement de Scopalto en 2009).

Un autre moment fort a été ma rencontre avec les ayants-droits de la revue disparue L’Evénement. Courant 2010, nous avons pris en charge la numérisation de tous les numéros de la revue et les avons mis en ligne gratuitement sur Scopalto. C’est là où la notion de mise à disposition d’archives et de positionnement de mémoire des revues a été enclenchée. Depuis 3-4 ans, nos relations avec les éditeurs ont bien évolué. Ils voient maintenant tout l’intérêt qu’il y a à utiliser le web comme outil de promotion de la revue et la complémentarité du papier et du digital.

Enfin, le lancement d’Academia Scopalto en 2016 constitue une étape très importante car nous entrons vraiment dans des lieux de culture où la revue n’est quasiment plus. C’est pour nous une « victoire » que de pouvoir les y faire rentrer à nouveau.

 

Aujourd’hui, Scopalto.com est une plateforme riche de plus de 200 titres représentés et 4000 numéros accessibles. Quel est votre positionnement éditorial et à qui s’adresse votre offre ?

Nous nous adressons à tous les passionnés de culture qu’elle soit liée au cinéma, la BD, la littérature, l'art contemporain, l’histoire, les sciences… mais aussi aux collectionneurs. Et puis nous avons évidemment une cible de personnes qui arrivent pour un sujet spécifique sur Scopalto et découvrent par ce biais là l’univers de LA revue. 

Nous avons une part importante de ventes inter pays : une revue néo-zélandaise achetée par un belge… ce qui nous permet vraiment de croiser les publics.

Enfin, je pense que l’accès que nous proposons gratuitement à des numéros est aussi une façon de toucher un public qui n’irait pas naturellement sur la lecture de revues, un public moins identifié mais réel.

 

Interface du kiosque numérique Scopalto.com

 

Academia Scopalto est un service d’abonnement dédié aux bibliothèques. Pouvez-vous nous en dire plus sur son fonctionnement et l’intérêt que cela représente pour les bibliothèques ?

Academia Scopalto est né d’une demande qui nous a été faite par les bibliothèques. Elles souffrent de coupes budgétaires et de problèmes de place. Les abonnements aux revues font donc partie des premiers postes supprimés. Avec notre catalogue, la bibliothèque donne accès à ses inscrits à un nombre de revues très vaste, dans des univers aussi variés que le cinéma, l’art contemporain, la littérature, la mode… et des revues françaises et étrangères. Tous les numéros en cours et les archives sont consultables. Par ailleurs, certaines bibliothèques ont décidé de s’appuyer sur Academia Scopalto pour en faire un outil interactif : échange entre les inscrits et les revues, interviews…

 

Le numérique est devenu en quelques années un sujet incontournable de réflexion et d’expérimentation dans le secteur de l’édition. Comment analysez-vous l’évolution des pratiques professionnelles en regard du développement des offres / des usages liés au numérique ?

On remarque un grand intérêt de l’international pour les revues et également pour les archives qui ont totalement trouvé leur marché. Nous sommes sur le secteur des revues et magazines d’art ce qui est très spécifique.

Le contenu est voué à être pérenne, il n’est pas lié à l’actualité. Nous sommes sur un marché stable avec des acteurs qui le sont également.

 

Peut-on considérer Scopalto.com comme une plateforme de diffusion, mais également de conservation (par la numérisation et l’archivage) d’une production éditoriale dont il faut refuser l’obsolescence ?

Absolument. Nous proposons les archives de revues culturelles avec un contenu pérenne. Nous ne sommes pas sur une actualité chaude d’un magazine people ou généraliste. Quand on voit que nous proposons tous les numéros épuisés d’une revue emblématique telle qu’Europe ou les archives d’une revue disparue telle que L’Evénement, et que ces numéros sont lus dans une proportion non négligeable, nous affirmons que ceci correspond à un besoin et nous réaffirmons notre positionnement de mémoire des périodiques. D’ailleurs, faire partie du catalogue Scopalto est gratuit pour l’éditeur, car nous souhaitons vraiment continuer à diffuser et donner accès à ce patrimoine culturel.

 

Le site propose une recherche par mots clés ou centres d’intérêt : quelles thématiques sont les plus « tendances » ?

Il y a surtout des numéros qui sont très recherchés ou des couvertures qui fonctionnent. Quand la revue Charles nous a rejoint, elle a connu un bon succès. Idem pour la revue Espèces qui est dédiée à la vulgarisation scientifique de la faune, la flore…Elle est destinée aux curieux de la nature et rencontre un succès quelques soient ses couvertures. Enfin, quand David Bowie est décédé, évidemment les revues qui en avaient parlé dans des numéros anciens ou récents ont vu des pics de consultation.

 

De manière plus personnelle, pouvez-vous citer trois revues/magazines coup de cœur que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Il y a la revue Neuf Treize qui malheureusement s’est arrêtée mais dont j’adore le contenu. Elle est soi-disant destinée aux 9-13 ans mais je pense que cela va bien au-delà, la preuve avec moi… elle est conçue comme un cabinet de curiosités. La revue L’incroyable dont le numéro deux est sorti le 8 octobre 2016, puis une revue emblématique que nous sommes très heureux d’accueillir, la Revue des deux Mondes.

 

3 revues coup de cœur de Laurence Bois : Neuf Treize, L'Incroyable, la Revue des deux mondes.

 

 

Quelles sont vos objectifs de développement pour les années à venir ?

Le développement à venir porte vraiment sur Academia Scopalto que nous souhaitons évidemment voir encore plus présent en France mais aussi à l’international !

 

 

Merci Laurence d'avoir répondu à nos questions, nous souhaitons beaucoup de succès à Scopalto et un bel avenir à la presse culturelle !

 

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