Antarctica #2 : l'utilisation du son dans une exposition

11/10/2016

De sa visite de l'exposition Antarctica, le visiteur retient la beauté des images mais aussi le souffle du vent, mais aussi les sons. Chaque pièce a son ambiance sonore qui le transporte dans différents univers : dans la base de Durmont D'Urville, sous la banquise, dans le vent polaire, etc...

Cette bande son rend l'ambiance encore plus immersive et coupe le visiteur de la réalité extérieure. Mon cher Watson a voulu en savoir plus sur la réalisation technique de cette exposition en posant ses questions à Ludovic Jokiel de l'agence MUTT.

 

 

- Bonjour Ludovic, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ? 

Classiquement, je commence comme ingénieur du son dans la musique, j'évolue rapidement vers le sound design puis la production de bande son liée à l'image (film, publicité ou série). Pendant cette période, on constate un manque de transversalité dans la création sonore et donc un manque de cohérence sur l'identité sonore des projets que l'on designe, Fabrice Smadja et moi décidons donc de créer MUTT pour développer plus de cohérence, de transversalité.

 

- Vous avez co-fondé MUTT agency en 2014. Quels services proposez-vous ?

Nous proposons un accompagnement transversal de tout ce qui fait l'univers sonore d'un projet. Depuis l'idée, l'analyse, le concept en passant par la production de musique, de sound design ou de système technologique pointu, jusqu'au suivi et à l'analyse des usages.

 

L'agence a été créée pour raconter des histoires par le son. On essaie de contrôler au maximum l'ensemble de la chaîne pour que l'histoire soit la plus belle et la plus cohérente possible. Aujourd'hui, notre expertise est sollicitée par les services marketing, les services de recherche et développement, les agences de publicités ou des institutions culturelles comme le musée des Confluences.

 

- Quel rôle joue le son pour l'expérience visiteur dans un musée, un lieu culturel ?

Il est naturellement essentiel pour l'immersion, l'expérience de l'exposition ou l'ambiance du musée. Encore trop peu de lieux culturels en ont conscience, mais ceux qui apprennent à contrôler ce média en retire un vrai plus. 

 

La scénographie sonore telle qu'on la pratique vise surtout à rendre homogène l'expérience, à travailler sur les points sonores pour qu'ils agissent tous en harmonie, loin des cacophonies que l'on peut parfois entendre. Après quoi, on intègre des nouvelles technologies pour rendre le son plus interactif et faire en sorte que le public transforme lui-même l'ambiance lors de sa visite.

Aujourd'hui les expositions qui ont des succès importants travaillent toutes sur le son.

 

 

- Vous avez travaillé sur l'ambiance sonore de l'exposition Antarctica au Musée des Confluences. Quels dispositifs avez-vous mis en place ?

Il s'agissait simplement de permettre aux spectateurs de faire une balade immersive sur et sous la banquise. Donc l'ensemble de l'exposition travaille sur « l'ambiance » sonore de l'Antarctique. Depuis l'entrée, le vestiaire, on entend déjà le vent qui s'engouffre, les talkies où s'échangent les brides de conversation. On avance dans l'exposition pour plonger sous la glace, où le son des profondeurs nous entoure... On termine sur la banquise avec la sonorisation d'un écran circulaire fait de 4 écrans de 10 mètres de base, réellement très impressionnant.

A la demande du Musée des Confluences, nous avons collaboré sur ce projet avec Wild touch qui a développé une expertise sur les images, les sons de l'Antarctique pour le cinéma. Le défi était de transporter leurs expériences de narration cinématographique dans ce nouveau musée dont le récit est au cœur des projets muséographiques.

 

- Quelles étaient les demandes initiales du commissaire d'exposition ? Comment avez-vous répondu à ses besoins ? 

Antarctica est une création. Nous avons répondu aux envies de Luc Jacquet, de Wild Touch et du musée en terme de narration et nous avons fait en sorte d'amener l'innovation sonore en sous-couche de cette formidable histoire humaine, pour en faire un des outils du réalisateur. Les équipes du musée nous ont laissé pour cela carte blanche quant aux choix techniques.

 

Les délais auraient pu être confortables dans un contexte d'exposition classique, mais nous avons ici fait une véritable création, ce qui demande plus de temps de réflexion et bien sûr plus de temps pour affiner nos idées et concepts.

La chose étant rendue encore plus complexe par le gigantisme de certaines installations (comme l'écran circulaire) qui nous a demandé de nous projeter mentalement faute d'avoir les capacités de construire cette installation en atelier pour la tester en grandeur réelle.

 

Les contraintes techniques imposées par la configuration même du musée étaient un paramètre fondamental. Les différentes salles de l'exposition n'étant pas séparées en « boites » closes, il a fallu jouer avec la diaphonie (la pollution sonore d'une salle sur l'autre) pour en faire une force de scénographie. Typiquement, on entend parfois dans l'exposition des cris inconnus et étranges, et on ne se rend compte que plus tard de la provenance de ces sons... On a utilisé ce défaut pour créer de la curiosité et de l'envie chez le visiteur.

 

Une équipe très importante a été sollicitée pour la mise en place de cette exposition. Wild Touch et le Musée des Confluences ont eu la volonté de créer une « résidence » de création sur place durant plusieurs semaines et de réunir l'ensemble des équipes technique dédiées pour les ajustements et la création.

Durant cette semaine de résidence, nous avons donc collaboré avec l'ensemble des équipes faisant partie du staff initial pour la mise en place du projet : décorateurs, monteurs vidéo, scénographes, réalisation, production, graphistes et naturellement les équipes du musée. Côté MUTT, nous avons surtout collaboré avec A.A.D pour l'aspect interactif du son et pour la gestion complexe des flux sonores dans l'exposition, ainsi qu'avec les équipes de création des films (monteur / mixeur) dirigées par Luc Jacquet.

 

 

Ainsi s'achève cette série d'interviews sur l'exposition Antarctica au Musée des Confluences. Vous pouvez encore aller la voir jusqu'au 31 décembre 2016.

Merci à Ludovic d'avoir accepté de répondre à nos questions.

 

Lire le premier épisode de la série Antarctica : le témoignage de Jean-François Courant, chargé de projet exposition au Musée des Confluences.

 

Lire l'article suivant : mieux connaître les publics des musées grâce au livre d'or interactif

 

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