Splendeur et rénovation du château d'Azay-le-Rideau

19/09/2016

L'un des châteaux les plus emblématiques de la Vallée de la Loire grâce à ses façades somptueuses se reflétant dans un bras de l'Indre, Azay-le-Rideau est ouvert au public depuis plus d'un siècle.

La gestion d'un monument historique doit jongler entre préservation et entretien du bâti et ouverture au public pour lui en faire découvrir toutes les facettes. Entre campagne de rénovation d'envergure et aléas climatiques, le château accueille environ 300 000 visiteurs par an. 

Pour mieux comprendre tout cela, Mon cher Watson a rencontré Chrystelle Laurent-Rogowski, administratrice du château.

 

Bonjour Chrystelle, pouvez-vous présentez votre parcours professionnel ?

Historienne de l’art, je suis diplômée d’un Executive master de Sciences Po Paris en management des politiques publiques. Je suis administratrice des Monuments nationaux depuis juin 2012. Je travaille pour le Centre des Monuments nationaux, établissement public et administratif - sous tutelle du Ministère de la Culture - en charge de la conservation, de la restauration et de la mise en valeur d’une centaine de monuments d’Etat.

Le château d’Azay-le-Rideau et le cloître de la Psalette à Tours sont placés sous ma responsabilité. A ce titre, j’encadre une équipe de 32 agents permanents qui rassemble diverses compétences en matière technique, d’accueil et de surveillance, de jardin, de médiation, de commercialisation, de communication et de marketing.

 

Remeublement du Salon Biencourt, restauration de la toiture, vous menez de grands projets pour garder le château d’Azay-le-Rideau en bon état tout en restant ouvert à la visite. Quelles sont les enjeux de ces travaux ? Quels sont les contraintes ?

Les enjeux des travaux de restauration du château sont multiples car le CMN conduit un projet de restauration global qui traite depuis 2014 toutes les composantes du monument : le paysage, le bâti et les collections. Cette restauration globale sera finalisée par une refonte totale du parcours de visite et une inauguration du château en juillet 2017.

Nous avons commencé la restauration du domaine en 2014, avec celle du parc. Le parc paysager du château a été créé au milieu du XIXème siècle par les marquis de Biencourt, les propriétaires du château à cette époque. Classé Monument historique, il avait perdu de sa cohérence au fil des années alors qu’il est le véritable écrin du château avec ses miroirs d’eau et l’Indre.

Notre enjeu majeur était donc de retrouver la dimension pittoresque du parc et pour se faire, nous avons réalisé des études historiques et techniques en respectant la Charte de Florence et le projet a été présenté et validé par la Commission nationale des monuments historiques.

Le château et son parc ©CMN

 

Cette restauration comprend un travail important sur les systèmes hydrauliques et les miroirs, les berges de l’Indre, sur l’architecture même du jardin. Les allées ont été redessinées, plusieurs milliers de bulbes et de vivaces plantées. L’abattage et la plantation de plusieurs arbres ont été réalisés, une grande partie des 500 arbres du parc étant arrivée à l’âge adulte ou en fin de vie.

Les anciennes pelouses ont été remplacées par des prairies naturelles. Dans la grande prairie, dans les clairières et dans les sous-bois, fleurissent désormais tulipes, narcisses, iris au printemps ; gaillets, lilas, viornes, en été et des cyclamens en fin d’été.

Avec les jardiniers, nous avons mis en place un mode de gestion entièrement tourné vers le développement durable, la préservation et la connaissance de la biodiversité. Nous avons ainsi ouvert un nouvel espace à la visite classé Natura 2000. Le parc désormais fait partie intégrante du parcours de visite.

En 2015, nous avons poursuivi le projet du château d’Azay-le-Rideau avec la restauration du bâti. Le château était dans un mauvais état de conservation et présentait des pathologies inquiétantes.

La toiture trop ancienne connaissait de nombreuses infiltrations d’eau qui mettaient l’édifice en danger. La charpente du XIVème siècle finissait par pourrir à certains endroits entraînant des désordres structurels. Des décors sculptés avaient disparu au fil du temps à cause de l’érosion. L’épiderme de la pierre était altéré à cause d’une invasion de lichens, mousses et algues divers.

Rénovation de la toiture - juillet 2015 © Mon cher Watson

 

Nous avons dû répondre à des enjeux techniques complexes tels que l’installation des 30 tonnes d’échafaudages en prise directe avec les miroirs d’eau et l’Indre. Des questions se sont posées sur le remplacement de matériaux locaux disparus comme l’ardoise d’Angers. Ses caractéristiques physico-chimiques ont dû être étudiées et intégrées dans le cahier des charges pour imposer aux entreprises l’utilisation d’une ardoise la plus proche possible de celle d’Angers. La restauration des épis de faîtage, jamais étudiés du fait de leur emplacement, a été réalisée en temps réel grâce au soutien et à l’expertise du Laboratoire des monuments historiques.

La complexité du chantier a été accrue par la présence des visiteurs car nous devions tenir nos promesses au niveau de la qualité de notre offre. Pour ce faire, j’ai pris en charge le commissariat de l’exposition « C’est quoi ce chantier, les coulisses d’une renaissance », puis nous avons mis en place des visites-conférences sur cette même thématique qui mettait en avant les savoir-faire patrimoniaux de l’Architecte en chef des Monuments Historiques des restaurateurs et des compagnons du devoir. Tout le chantier a été mis en scène avec, entre autre, un belvédère permettant aux visiteurs d’accéder aux combles et de voir la charpente nue, sans ardoise. Des films ont été tournés avec des drones pour montrer les images spectaculaires du chantier de restauration.

Par ailleurs, nous remeublons le rez-de-chaussée du château dans son état historique du XIXème siècle en partenariat avec le Mobilier National. Les collections du château sont en train d’être enrichies au point de modifier profondément le parcours de visite. Plus d’une centaine d’objets – peintures, mobilier, tapisseries… - vont participer à la restitution des intérieurs du château grâce à l’étude approfondie des sources (inventaire après décès, photographies…). Politique d’acquisition et dépôts vont permettre ainsi de donner à voir une dimension oubliée du château, celle d’une demeure habitée. Les enjeux révélés par ce projet sont essentiellement scientifiques mais aussi très liés à la restauration des œuvres et à la médiation.

 Le salon Biencourt © Léonard de Serre - CMN

 

Le château d’Azay-le-Rideau compte parmi les plus visités du Val de Loire, comment fait-il face à la "concurrence" des autres châteaux ?

Le Val de Loire a été classé Patrimoine mondial de l’Unesco au titre des paysages culturels. Les châteaux font partis des paysages si caractéristiques de ce territoire. A ce titre, nous sommes solidaires et tous associés au portage de la destination touristique. Nous nouons des partenariats culturels et touristiques pour offrir à notre clientèle une offre de qualité.

La concurrence existe mais elle est une bonne chose car elle permet à chaque château de réfléchir sur sa signature, son positionnement culturel. Elle stimule. Elle nous aide à travailler avec précision sur notre stratégie et nos objectifs. 

Le château d’Azay-le-Rideau est une figure essentielle du Val de Loire qui bénéficie d’une notoriété nationale et internationale. Gravé dans l’imaginaire collectif avec une ouverture à la visite dès la moitié du XIXème, il est considéré comme le joyau de la première Renaissance française. Sa réputation lui confère de nombreuses qualités : une beauté inestimable avec un ordonnancement architectural parfaitement équilibré, une signature féminine associée aux fins décors sculptés et à la richesse des collections, un caractère intime issu de sa physionomie et de sa topographie si particulière.

 

Nous voulons continuer dans cet objectif en nous appuyant sur 3 points essentiels :

  • l’authenticité, grâce à l’excellence scientifique et à la qualité de sa présentation avec une refonte du parcours de visite, une médiation et une programmation culturelle adaptées finalisés en 2017;

  • le beau et le romantisme, grâce à un état de conservation, un entretien et une mise en valeur du parc et des abords irréprochables ;  

  • la qualité d’accueil avec la modernisation de notre billetterie – le e-billet, entre autre.

Et, mon objectif final est de faire en sorte que ces promesses convergent vers un seul objectif : le plaisir et l’expérience du visiteur.

©MCW 

 

Vous offrez un bon de réduction de 5% aux visiteurs qui viendraient en covoiturage avec Covoiture-Art, pouvez-vous nous parler de ce partenariat ?

Le Centre des monuments nationaux développe de nombreux partenariats avec des institutions culturelles mais également avec des entreprises. Nous gérons certes du patrimoine national, mais nous sommes très attentifs aux évolutions du monde économique et médiatique afin de rester des acteurs inscrits dans leur époque. Le patrimoine est vivant et doit le rester pour répondre à nos missions fondamentales, celles de la transmission et de l’accès pour tous.

L’économie du partage se développe au point de ne plus être simplement une tendance mais une réalité. Une réalité qui touche par ailleurs le jeune public adulte qui est une typologie sur laquelle nous portons de nombreux efforts.

Le covoiturage répond à cette réalité. De plus, Covoiture-Art propose du covoiturage culturel aussi ce partenariat était évident pour le Centre des monuments nationaux.

Nous avons été séduits par le concept qui révèle un intérêt majeur du patrimoine, celui du partage en réunissant des personnes qui ont les mêmes centres d’intérêt, qui au-delà du déplacement peuvent aussi partager la visite et la découverte d’un lieu, mais également leurs connaissances culturelles et historiques.

 

Une anecdote, un petit secret sur le château et son histoire ?

Plus qu’une anecdote, une vérité historique rétablie! Vous pouvez lire partout que le château a été construit par Gilles Berthelot, financier de François Ier, l’histoire ayant oublié le rôle de son épouse Philippa Lesbahy.

Mais en fait, la construction du château d’Azay-le-Rideau était complètement placée sous sa responsabilité. Deux registres de comptes de la construction de 1518 à 1519, annotés de sa fine écriture, nous renseignent précisément sur son rôle de maître d’ouvrage. C’est une charge pour laquelle elle excelle avec un chantier qui avance très vite puisqu’il lui faudra seulement six ans pour construire le corps de logis.

Ce chantier, elle le conduit d’une main de maître, ayant sous sa responsabilité une centaine d’ouvriers, de manœuvres, de maçons et de maîtres-maçons qui travaillent à la construction du château. Philippa Lesbahy n’est pas effrayée par l’ampleur du chantier : terrassement, déblaiement de terre, pompage d’eau, livraison de pierres de libes… Elle gère également la livraison des pièces d’appareil comme les croisées et les culs-de-lampe ainsi que les bois de charpente.

Dans le projet de refonte du parcours de visite, nous allons redonner sa place à Philippa Lesbahy.

 

Merci à Chrystelle d'avoir répondu à nos questions et rendez-vous la semaine prochaine pour la découverte d'un deuxième château de la Loire !

 

Pour en savoir plus sur Covoiture-Art : lire l'interview des fondateurs.

 

 

 

 

 

 

Lire l'interview précédente : Avoir les bonnes clés pour bien communiquer.

Lire l'interview suivante : Mise en valeur d'un patrimoine grâce à ses jardins.

 

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