Le costume ne fait pas le moine : le Centre National du Costume de Scène

29/08/2016

C'est au cœur de l'Auvergne, à Moulins, que vous pourrez admirer la très belle collection de costumes de scène du CNCS. Ce patrimoine pas comme les autres nous transporte dans le monde magique de l'opéra, du ballet, du théâtre avec une muséographie recherchée, à l'ambiance tamisée et hors du temps. 

Dès le 15 octobre 2016, vous pourrez vous plonger dans la chanson française grâce à l'exposition temporaire "Déshabillez-moi ! Les costumes de la pop et de la chanson" qui clôturera cette année anniversaire. On recommande !
Mon cher Watson a enquêté pour en savoir plus sur ce musée qui fête ses 10 ans cette année. Nous avons rencontré la directrice, Delphine Pinasa, qui a suivi le projet de création du CNCS depuis ses débuts en 1995. En 20 ans, le costume est devenu un objet du patrimoine à part entière, qu'elle s'empresse de conserver, étudier et valoriser auprès du grand public. 

 

 - Bonjour Delphine, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ainsi que votre rôle au sein du Centre National du Costume de Scène ?

 

Bonjour, j'ai une formation en histoire de l'art à l'université. J'ai d'abord travaillé dans la mode avant d'aller au musée de la Mode, aux Arts Décoratifs à Paris. J'ai ensuite travaillé un an au département mode du Victoria and Albert Museum. J'ai ensuite intégré l'Opéra de Paris où je suis restée un peu moins de 15 ans, pour travailler sur le fonds patrimonial de l'établissement.

Le projet du CNCS, initié par le Ministère de la Culture, avait pour objectif de travailler sur ce nouvel objet du patrimoine qu'est le costume de scène. Nous étions une petite équipe déléguée sur le projet : Opéra de Paris, Comédie Française et Bibliothèque National de France.

Il y a eu plusieurs propositions de statut qui ont été faites pendant les 10 ans du projet de création, et finalement, fin 2004, Martine Kahane, avec qui je travaillais à l'Opéra de Paris, a été désignée directrice de l'association de préfiguration du CNCS. On s'est installé à Moulins en 2005 pour finaliser les travaux et installer les premiers costumes, et nous avons ouvert le 1er juillet 2006. Martine Kahane était directrice jusqu'en 2011, date à laquelle elle est partie à la retraite et j'ai pris sa place. Je suis donc le projet depuis le lancement, en 1995 !

 

 

- Qu'est-ce que le Centre National du Costume de Scène et de la Scénographie ? Quels sont les objectifs et particularités de la présentation et de la conservation des collections ?

 

Il ne porte pas le terme de musée dans son titre mais le CNCS est un établissement public national qui a les mêmes missions que celles d'un musée ; à savoir conserver, étudier, développer, valoriser, diffuser les collections constituées pour l'essentiel de costumes de scène. Nous avons environ 10 000 artefacts, ce qui en termes de pièces correspond à plus de 20 000 pièces, puisqu'il y a toujours plusieurs éléments dans un costume. Nous avons aussi un petit fonds de maquettes (c'est un terme technique de théâtre pour parler de dessins en deux dimensions) et de dessins de costumes, imaginés et signés par des créateurs de costumes, entre autres Christian Lacroix, qui est notre président d'honneur, Jean-Pierre Caperon et Franck Sorbier, couturier qui a créé des costumes pour l'Opéra.

 

Le CNCS a été conçu dans l'objectif d'établir un patrimoine nouveau en France. On aime à dire qu'on est unique au monde. Il existe beaucoup de structures qui conservent des archives, des tableaux, des bustes d'acteurs, d'auteurs, de compositeurs, quelques objets et parfois aussi des costumes. Ce qui nous rend vraiment unique c'est que nous sommes dédiés au costume, conservé en temps qu'œuvre patrimoniale. Les costumes sont fabriqués, portés sur scène par l'acteur, et ensuite, tant que le spectacle est au programme, au répertoire, il est conservé par le théâtre ou la compagnie. Et la question qui se pose, et c'est là où on arrive, c'est « qu'est-ce qu'ils deviennent une fois qu'ils ne sont plus programmés ? ». Nous intervenons à ce moment-là pour faire une sélection de ces costumes et en garder un certain nombre pour leur valeur patrimoniale, parce que créés par telle personne, parce que ayant participé à tel spectacle, porté par tel artiste, etc... Cette démarche n'existait pas vraiment avant.

Le costume c'est l'un des objets les plus difficile à conserver, comme le papier, et surtout très difficile à présenter. C'est pour ça que nous avons des réserves sur place, dans lesquelles les costumes sont conservés dans des conditions optimales : à l'abri de la lumière du jour, dans un bâtiment isolé, clos, avec une climatisation pour maintenir le climat autour de ces costumes (température et humidité). Les costumes sont soit suspendus, soit mis à plat sur des supports spécifiques pour assurer leur pérennité. Mais les textiles, qui sont faits pour les plus anciens dans des matériaux naturels, ont une certaine fragilité notamment à la lumière et à l'humidité (trop humide, le textile va développer des moisissures, trop sec, il va casser). Le costume a aussi un poids, ce qui pose des difficultés à sa présentation sur mannequin. Tout cela explique qu'il y a des contraintes d'expositions qui ne peuvent pas être trop longues : 4/5 mois en moyenne dans des vitrines pour limiter la poussière, avec un éclairage contrôlé autour de 50 Lux, climatisation permanente et micro-aspiration

 

 

- Le CNCS a été implanté en Auvergne, dans l'Allier. Pourquoi ? Quel impact sa création a-t-elle eu sur le territoire, sur la ville de Moulins ? 

 

Le choix de l'implantation est assez pragmatique : les institutions culturelles parisiennes sont en permanence en recherche de place. Le Ministère de la Culture possédait ce bâtiment vide à Moulins, classé Monument Historique.

 

L'impact sur la ville est difficile à expliquer. Il est indéniable, même si je ne peux pas parler au nom de la ville. C'est sûr que la communication nationale que l'on peut avoir autour de notre établissement rejaillit sur la ville. Nous sommes un établissement national, avec des collections d'intérêt national, des expositions sur des thématiques qui couvrent le territoire entier, notre rayonnement dépasse largement la taille de la ville. Et effectivement, notre fréquentation dépasse aussi largement le territoire régional avec 40% de visiteurs hors Auvergne​. 

Moulins est à la croisée des chemins, quasiment au centre de la France. C'est une région très belle en terme de paysages, de nature. Nous ne sommes qu'à deux heures et demie de Paris par un train direct. On est pas totalement isolés. La fréquentation estivale est plus importante mais c'est une richesse de pouvoir changer l'exposition tous les 5 mois. Cela renouvelle le public, et ça nous permet de toucher des publics très différents.

 

Nous avons 60% d'Auvergnats dans nos visiteurs, c'est assez important, surtout pour un musée qui a déjà 10 ans. Nous avons un public de fidèles abonnés qui reviennent régulièrement avec des amis ou de la famille. Beaucoup de gens ont vu presque toutes les expositions, on en a fait 22 jusqu'à présent. 

 

Costumes du CNCS mis en scène dans l'escalier principal 

 

- Vous exportez régulièrement des expositions, créées pour le CNCS, à l'international, pourquoi ? Qu'est-ce que cela vous apporte ?

 

Pour l'instant nous avons uniquement répondu à des demandes que l'on nous a fait. On organise et on présente nos expositions et, grâce à la communication, un musée nous a demandé de reprendre l'exposition. Nous partons avec la scénographie, avec le thème, avec les décors, c'est vraiment toute une organisation qui met quand même facilement un an, un an et demi à s'organiser. C'est un énorme travail de préparation en amont. Une équipe réduite se déplace ensuite pour remannequiner les costumes et assurer la présentation avec l'équipe du musée accueillant.

Pour nous c'est un rayonnement à l'international, on participe au rayonnement de la France, de la ville de Moulins justement, de la région. C'est aussi un dynamisme pour notre structure qui est capable d'assumer ce type d'organisation. Et puis ça nous fait des ressources propres. Très souvent, on va dans des structures muséales qui ont au moins une collection similaire, cela nous permet aussi de rencontrer les gens, de voir leurs méthodes, d'avoir un réseau professionnel aussi, et qui au niveau personnel est très intéressante.

 

- En 2016, vous fêtez les 10 ans du musée. Avez-vous un programme particulier ?

 

Tout un programme spécial a débuté dès le mois de mars : deux expositions ainsi que des manifestations l'été.

Baroquissimo : c'est un peu les origines du spectacle puisque l'Opéra a été créé à cette époque là. C'est le costume baroque aussi bien historique, fait de façon historique que le baroque un peu déjanté. En octobre, on enchaînera sur un sujet totalement opposé sur la chanson française de Mistinguett à aujourd'hui : 100 ans de chanson française à travers les costumes les plus emblématiques et qui nous permettent de traiter cet art très populaire. On espère pouvoir faire venir un public très différent pour clore l'année de ce 10ème anniversaire.

Nous avons fait un travail sur l'histoire du bâtiment, grâce à des collectes de témoignages d'anciens habitants du quartier, qui a entraîné l'édition d'un petit guide et une exposition de photos extérieures. Il y a également un timbre postal, dessiné par Christian Lacroix notre président d'Honneur. Nous avons organisé un concert en plein air avec l'orchestre régional d'Auvergne, diffusé l'opéra "L'Enlèvement au Sérail" en direct de l'Opéra de Lyon sur grand écran. Le 14 juillet a été l'occasion d'un bal costumé sur le thème du baroque ou du bal rock. Et enfin en août, nous avons projeté une vidéo sur la façade du bâtiment retraçant les 10 ans du CNCS.

Exposition inaugurative du CNCS "Bêtes de scène" en 2006

 

- Avez- vous des projets pour les 10 prochaines années ?

 

Continuer ! C'est difficile de se développer quand les moyens ne sont pas en développement mais ce sont de vrais défis et c'est aussi très intéressant. Nous réfléchissons aussi à l'ouverture d'un espace muséographique autour de la scénographie. L'idée est de pouvoir raconter une histoire autour du processus de création scénographique, du metteur en scène, du scénographe, du créateur lumière et du créateur costume, et jusqu'à la fabrication de costume et la présentation sur scène. Ce projet est en cours de montage financier.

Nous voulons aussi valoriser et développer nos partenariats avec des lycées professionnels. On leur propose en fonction de leur programme d'année de leur faire rencontrer des professionnels, de travailler sur nos collections, sur des expositions en lien avec des professionnels. Ce sont des workshop qui s'étalent entre 2 et 4 jours sur des sujets spécifiques, c'est un moyen de faire connaître à ces jeunes ce patrimoine et les former sur la conservation et la présentation des costumes.

 

Merci Delphine Pinasa d'avoir répondu à nos questions et longue vie au CNCS !

 

Poursuivre la lecture par d'autres témoignages muséales avec les interviews du Musée de la Chasse et de la Nature, le Musée de la Romanche et le Musée des Sapeurs-Pompiers de Lyon-Rhône.

 

Lire l'interview précédente : Quelle Histoire connaissez-vous ?

 

 

Lire l'interview suivante : Quand la culture rencontre l'économie collaborative

 

 

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