Spectacle vivant en milieu rural : réinventer les modes de production et de diffusion

11/07/2016

Alors que le secteur culturel cherche à réaffirmer son poids dans l'économie française, à valoriser sa capacité d'innovation et d'adaptation au marché, qu'en est-il de la situation du spectacle vivant dans nos campagnes ? 

 

Nous avons rencontré Etienne Gault, administrateur et fondateur de Castanéa spectacles, à Argenton-sur-Creuse. Il nous parle de son parcours et des solutions de coopération qu'il propose pour développer la production et la diffusion de petites compagnies. Un parcours dédié à la défense d'un spectacle vivant de proximité, créatif et non normé.

 

Bonjour Etienne, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

J'ai une formation initiale en administration culturelle, ensuite j'ai intégré le Théâtre du Lamparo en tant qu'administrateur, compagnie de théâtre itinérant sous chapiteau en milieu rural, pendant 5 ans. Puis j'ai intégré deux nouvelles compagnies, la compagnie Taïko (spectacle jeune public) et les Objets Perdus (concert de machines sonores et visuelles), de nouveau pendant 5 ans.

Durant ces 10 années, j'ai appris l'administration, la paye, la comptabilité et la diffusion. En septembre 2015, j'ai fondé Castanéa spectacles avec un collègue comédien, Fabrice David.

 

 "Neige", spectacle écrit, conçue et réalisé par Fabrice David

 

De cette expérience, quel constat dressez-vous de la situation du spectacle vivant en milieu rural ?

Quand on regarde de loin (des grandes villes), on peut avoir l'impression qu'il n'y a pas de vie culturelle en milieu rural. De plus près, on constate qu'il y a un vivier très important, de grosses envies, une multitude de petites associations culturelles jeunes et très vivantes.

Nous manquons cependant souvent de moyens, et de reconnaissance, et nous sommes souvent contraints d'utiliser le système D... ce qui permet de développer encore la créativité!

Il manque également souvent à toutes ces petites structures une base administrative sûre et fiable. C'est dans ce cadre là que j'essaye d'intervenir.

 

En 2016, vous avez décidé de vous lancer dans l’entrepreneuriat en créant l’association Castanéa spectacles. Qu’est-ce qui vous a motivé ?

J'ai constaté un besoin et une demande de soutien administratif de la part des bénévoles ou des artistes des petites structures présentes sur le territoire. J'ai eu envie de leur proposer une administration à leur dimension… humaine et locale.

Je ne suis pas un cabinet comptable qui ne comprend pas les besoins associatifs et de l'intermittence. Et je ne suis pas non plus une boîte de prod, dont le seul critère est la rentabilité.

Et puis de manière plus égoïste, j'avais envie de créer quelque chose, et d'être mon propre patron pour mener à bien des projets qui me tiennent à cœur. Je ne veux pas faire seulement de l'administration, mais aussi de la programmation, créer des événements culturels… le tout en contact étroit avec les autres acteurs du territoire.

 

Quel modèle économique de production et de diffusion Castanéa Spectacle propose-elle aux artistes et aux structures d’accueil (collectivités, salles de spectacles…) ?

Je souhaite pouvoir travailler avec les artistes un peu comme dans une compagnie classique, en faisant l'administration, et un peu de diffusion, ainsi que du conseil en communication et en développement.

Avec les collectivités du territoire, je souhaite être une sorte de chargé de mission culture externalisé.

Souvent les artistes et les municipalités dans les territoires ruraux, n'ont pas les moyens  d'embaucher à plein temps ce type de personnel. Mais grâce à la mutualisation, on peut faire beaucoup. C'est là que je me trouve.

 

Quel(s) message(s) souhaiteriez-vous faire passer aux nouvelles générations d’étudiants et de professionnels de la culture, décideurs de demain ?

Pendant nos études, on nous parle des grandes structures culturelles, scènes nationales, grands festivals, compagnies conventionnées… Seulement ces structures ne représentent qu'une petite partie de la création artistique et du développement culturel. Dans la culture aussi la fameuse loi des 80/20 s'applique : 80 % des subventions vont à environ 20 % des structures.

Il faut être curieux, ce n'est pas parce que la compagnie n'est pas connue, habite un petit village rural, n'a pas de subventions, que son travail n'est pas enrichissant. Ce n'est pas parce que c'est une commune de 1000 habitants que ses propositions culturelles sont inintéressantes.

Soyez curieux, sortez de chez vous et des sentiers battus de la culture institutionnelle !

 

Avez-vous un coup de cœur récent à partager pour un spectacle ou un lieu de spectacle dans l'Indre ? Quelle est votre actualité ?

 

La ville d'Argenton-sur-Creuse est d'un dynamisme culturel intense et cela vaut vraiment le coup de venir découvrir sa richesse !

 

Castanéa spectacles sera présente cet été au festival  Chalon dans la rue (71) avec le collectif

"La pour des contre".

 

Du 21 au 24 juillet 2016, nous enchaînerons tous les jours de 10h à 2h, dans la Cour St Georges, treize spectacles différents dans une ambiance de joyeuse et bordélique contestation.

 

Vous pouvez consulter toutes les dates de nos tournées sur le site : 

http://www.castanea-spectacles.fr/calendrier/

 

 

Merci Etienne d'avoir partagé ce projet avec nous, nous souhaitons beaucoup de succès à Castanéa spectacle !

 

Lire l'interview précédente : Faciliter l'accès à l'offre culturelle grâce à l'idée d'Odile Dussaucy

 

Lire l'interview suivante : Peut-on faire du business avec de l'art ?

 

 

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