Un musée sachant chasser - ou comment communiquer hors des sentiers battus

20/06/2016

 

Vous êtes à la recherche d'un musée insolite ? Vous êtes prêts à vous laisser surprendre ? 

Au delà des a priori liés à son nom, le musée de la Chasse et de la Nature est un lieu unique au cœur de Paris.

 

Entre naturalisme et art contemporain, le musée de la Chasse et de la Nature propose un parcours de visite étonnant, libéré des codes classiques de la muséologie. Visiteurs trop sérieux, abstenez-vous (ou laissez-vous aller) ! Patrimoine et science se conjuguent ici avec humour et imagination, pourvu que le visiteur se perde entre fiction et réalité.

 

Intrigué par cet établissement hors norme et à la thématique controversée, Mon cher Watson a mené l'enquête pour comprendre sa stratégie de communication et de développement des publics. Rencontre avec Ugo Deslandes, responsable de la communication du musée de la Chasse et de la Nature, qui nous parle de son parcours et de son activité au sein du musée.

 

- Bonjour Ugo, pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre parcours et votre rôle au sein du Musée de la Chasse et de la Nature ?

 

Issu des classes préparatoires littéraires, j’ai poursuivi mes études en affaires internationales mais toujours orientées culture et je me suis spécialisé dans le mécénat culturel au ministère de la Culture et de la Communication, et dans une banque privée, ainsi que dans les relations presse avec une expérience au Louvre, puis à New York, dans une fondation culturelle et un cabinet de mécénat privé. J’ai également conduit des expositions en plein air pour le compte de l’agence des espaces verts de la région Île-de-France avant de rejoindre le musée de la Chasse et de la Nature.

 

L’équipe de la conservation du musée de la Chasse et de la Nature est modeste puisqu’elle représente moins de 10 personnes. Nous sommes donc tous très polyvalents et personne ne se contente de remplir seulement les missions définies dans sa fiche de poste. Il ne faut pas avoir peur de retrousser ses manches.

 

Aidé de prestataires extérieurs pour la presse, le graphisme et le développement web, j'assure seul le service communication du musée. Mon premier chantier de taille a été de mener à bien le renouveau du site internet pour qu’il soit responsive, et qu’il accorde une belle place à l’image. 

Plus largement, je m’occupe des réseaux sociaux (facebook, twitter, youtube, instagram) et de leur animation, ce qui comprend notamment les teasers des expositions.

Un des volets est naturellement le côté événementiel du musée avec l’organisation des vernissages presse, privés et grand public ainsi que les réceptions liées à l’activité du musée, mais aussi dans l’interface avec les demandes extérieures de shootings ce qui nous fait rencontrer des personnes d’univers différents et très enrichissants.

Il y a le volet presse et journalistes, ainsi que la publicité qu’elle soit print ou web, qu’elle soit dans la presse ou sous forme de campagne dans la ville.

Enfin, il y a l’aspect traditionnel de la communication institutionnelle par la préparation de la documentation qui émane du musée à destination du public (programme, flyer, carton d’invitation, catalogues).

A tout cela s’ajoute les imprévus, les chantiers inattendus qui ajoutent du piment, nous font sortir du cadre et donne de l’originalité au poste.

 

- Le musée de la Chasse et de la Nature présente des collections étonnantes et décalées, entre naturalisme et art contemporain : le parti pris muséographique est-il lié à l’histoire de la fondation François Sommer, à l’origine du musée ?

 

Le musée est l’héritage des fondateurs François et Jacqueline Sommer. C’est une maison de collectionneurs-chasseurs qui allie dans un charmant mélange, armes, taxidermie et œuvres d’art. S’ils n’ont eu de cesse d’enrichir leur collection de leur vivant, la Fondation continue cette politique d’acquisition. Néanmoins, le musée avance et innove, notamment grâce à son directeur Claude d’Anthenaise qui ne demande plus simplement comment on chasse mais pourquoi on chasse et quel est le rapport de l’homme à l’animal. Après 2 ans de travaux, le musée a rouvert en 2007, offrant un nouvel écrin aux collections et une muséographie encore plus adaptées aux interrogations des visiteurs. Enfin, l’art contemporain a fait son entrée dans le musée depuis les années 2000 sous l’impulsion du directeur.

 

 - Peut-on dire que le musée cherche à surprendre ou inspirer, plus qu’à instruire ?

 

Notre musée est un musée singulier, différent des musées de la place parisienne, c’est d’abord un musée qui crée de l'émotion lorsqu’on y entre. Il cherche à surprendre par sa scénographie et sa programmation d’expositions temporaires, où le visiteur est souvent appelé à avoir un regard critique et à ne pas se laisser manipuler.

Le musée est aussi un lieu de questionnement que ce soit par ses œuvres permanentes, sur la place qu’occupe l’homme dans la nature, mais aussi par ses programmations du mercredi soir et nos conférences qui font intervenir des acteurs et usagers de la nature, des philosophes, des anthropologues et des artistes.

Enfin, ses activités à destination du jeune public entendent également  créer de l’émotion. Cependant notre musée est un lieu ludique pour les jeunes et instructif, en témoignent les films d’animation sur les techniques de chasse ou bien les cabinets de curiosité qui apprennent à reconnaître les traces du loup, du sanglier, leurs excréments, les poèmes de La Fontaine et Jean Ristat à leurs sujets, sans parler de toute la médiation mise en place par nos équipes.

 

- Faut-il aimer la chasse pour visiter le Musée de la Chasse et de la Nature ?

 

Le musée de la Chasse et de la Nature, entre 2014 et 2015, a connu une augmentation de 10% de fréquentation, malgré la baisse de la fréquentation dans la plupart des musées, atteignant près de 60 000 visiteurs. Le bouche à oreille est notre meilleur argument de visite.  Naturellement, les amateurs de chasse se retrouveront dans le musée par la beauté des trophées, des armes, des techniques de chasse exposées. Mais les fondateurs du musée, en plus d’être chasseurs étaient des amoureux de la faune et de sa préservation. Donc le musée s’adresse à tous les amoureux de la nature et en questionne les usages et les représentations. Au-delà de ces thématiques, il est fortement apprécié par les amateurs de Beaux-Arts en général ainsi que par les designers, personnes de la mode et du cinéma qui y trouvent des sources d’inspiration. C’est un lieu qui captive et fascine et réussit à conserver des visiteurs fidèles qui viennent de façon très récurrente tout au long de l’année. Enfin, rien qu’à voir les yeux écarquillés des enfants qu’ils aient 3 ans ou 10 de plus, c’est un véritable plaisir, car c’est un musée à leur échelle imaginaire où ils sont eux-mêmes acteurs.

 

- Comment se travaille l’image d’une structure culturelle explorant une thématique controversée comme la chasse ?

 

Le musée a une véritable stratégie d’ouverture car il se positionne en tant que plateforme de rencontre et de débat pour tenter de tisser des liens. Conjointement, son esprit est fait d’humour, de poésie et de second degré, ingrédients nécessaires pour désamorcer l’hostilité et l’incompréhension potentielles. Le musée est une création de la Fondation François Sommer, dont le directeur général est Yves d’Hérouville, fondation qui œuvre pour la préservation des espèces et des espaces naturelles.

Le musée n'est absolument pas un lieu de l'apologie de la chasse. D'ailleurs les visiteurs réfractaires repartent toujours émerveillés de notre musée. Moi-même, je ne suis pas chasseur, mais comme je le rappelle à mes amis et aux personnes que je rencontre : n'oublions pas que la chasse est la première manifestation artistique de l'homme avec les peintures rupestres. Et, en plus d'être un moyen de subsistance, la chasse a, jusqu'à la fin de l'ancien régime, façonné la société entre les personnes non autorisées à chasser et celles qui l'étaient, lorsque la chasse était un apprentissage de la guerre. La chasse est bien un sujet artistique, un architecte sociétal, un rite de passage et maintenant dans nos sociétés occidentales un moyen de gestion de nos territoires protégés, une nécessité pour la préservation des espèces et de l'environnement. Les médias ne donnent à voir que le côté exhibitionniste, voyeur et malsain des safaris hors de prix de riches occidentaux en quête de sensation. Notre exposition Safaris/Safarix aborde ce sujet avec une distance critique notamment grâce à l'œuvre de l'artiste contemporain Joan Fontcuberta qui revisite le safari controversé du roi d'Espagne.

Visite contée © Musée de la Chasse et de la Nature

 

- Dans la multitude des musées parisiens, le musée de la Chasse et la Nature s’est récemment fait remarquer par une campagne vidéo humoristique sur les réseaux sociaux. Quel était son objectif ? Quels en sont les impacts ?

 

En effet, nous étions les premiers surpris de la forte réaction et des 100 000 vues dépassées sur la page Facebook du musée. L’exercice visait d’abord pour nous de s’essayer à la vidéo avec pour support les réseaux sociaux. Ensuite, nous voulions faire la promotion de notre musée et de sa diversité de ses collections, de l’art ancien à l’art contemporain, sans avoir un discours institutionnel. Nous avons donc opté pour un scénario humoristique, un peu osé, qui a parfois rencontré des questionnements auprès du public mais qui avait le mérite de ne pas caresser dans le sens du poil, chose que nous aimons bien pratiquer, car notre musée bien que sérieux, est un lieu plein d’humour qui joue avec la supercherie, le conte et la fiction.

 

- Le musée propose une palette d’activités et un programme événementiel très riche : quelle actualité brûlante recommandez-vous à nos lecteurs ?

 

La nuit des musées du 21 mai a été une soirée particulièrement riche et intense puisque le musée a été pris d’assaut par une trentaine d’étudiants de l’atelier d’Éric Poitevin de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris et a enregistré 2400 visiteurs.

Le festival du design de Paris D’Days 2016 a été un autre temps fort du musée avec plus de 800 visiteurs au vernissage. Il faut dire que le Veilleur (Samouraï) de José Lévy dans la cour attirait l’œil du passant depuis la rue. Haute de 7 mètres, cette sculpture faite de papier, de fils de fer et éclairée, reprenant la technique traditionnelle japonaise de Nebuta était particulièrement impressionnante. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de la voir, elle est maintenant visible à la Mairie du IV arrondissement.

Justement, notre exposition qui dure tout l’été, Safaris/Safarix, exprime parfaitement avec humour cette supercherie que sont les safaris qui nous bernent et nous perdent dans des savanes fictives, entre installations, photographies, sculptures, peintures, et dessins, c’est au total une centaines d’œuvres de 11 artistes contemporains qui sont présentées au public, auxquelles s’ajoutent plus d’une cinquantaine de planches de bandes dessinées.

 

Notre rentrée de l’automne 2016 sera très riche entre une exposition patrimoniale sur la peinture allemande du 19 siècle et des expositions d’artistes contemporains émergents ou reconnus.

Sinon, je recommande particulièrement les mercredis soirs qui sont les nocturnes du musée et qui permettent de le découvrir autrement, par le biais de performances, de concerts, de projections, de conférences, de siestes acoustiques…

 

Merci Ugo pour cette belle présentation ! 

 D'autres expériences muséales à lire avec les témoignages de : Sarah Betite du Musée des Sapeurs-Pompiers de Lyon-Rhône, Laurence Clément du Musée de la Romanche, Delphine Pinasa du Centre National du Costume de Scène, Chrystelle Laurent-Rogowski du château d'Azay-le-Rideau.

 

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