L'achat d’œuvres d'art contemporain est-il démocratique ?

30/05/2016

Avec ce projet de galerie d'art en ligne, Frank Puaux, ancien commissaire-priseur, veut casser les codes du marché de l'art et prouver que création contemporaine et collection d'art sont accessible à tous les publics.

 

 - Bonjour Frank, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?
 

J’ai étudié le droit et l’histoire de l’art afin d’obtenir mon diplôme de commissaire-priseur. La formation professionnelle qui nous prépare au monde des enchères est très exigeante, mais c’est un métier absolument passionnant. J’ai pris beaucoup de plaisir à « manier le marteau » pendant quatre ans, mais j’ai ensuite décidé que je préférais me spécialiser dans la création contemporaine. 

Mon projet du Collectionneur Moderne me permet également d’assouvir une autre passion : la réalisation de films. Notre site internet repose donc sur ces deux piliers : une sélection exigeante des artistes et une valorisation de leur travail grâce à la vidéo documentaire.


- Le marché de l'art est assez peu connu du grand public, pouvez-vous nous en parler ?
 

En effet, le marché de l’art est plein de secrets ! La partie émergée de l’iceberg est la vente aux enchères : dans la mesure où tous les résultats de ventes sont publiés, les maisons de ventes offrent des chiffres clés qui permettent de connaître les volumes de ventes et les cotations des artistes. Les acheteurs sont des particuliers - simples curieux ou passionnés - mais également des marchands d’art ou des brocanteurs. Quant aux vendeurs, ce sont le plus souvent des héritiers qui ne peuvent pas conserver tous les meubles de leurs parents. Mais les raisons de se séparer d’une œuvre ou d’une collection sont innombrables (déménagement, renouvellement des centres d’intérêt, revers de fortune, divorce, etc.)

En France, les ventes aux enchères ne concernent quasiment que le « second marché » : ce sont des œuvres « d’occasion » qui sont proposés dans les salles des ventes. À l’inverse, on appelle « premier marché » les œuvres qui sont vendues directement à la sortie de l’atelier de l’artiste. Ce domaine est l’apanage des galeries d’art et les données sont beaucoup plus rares dans ce cas, puisque tout y est confidentiel !

 
- Comment est née l'idée du Collectionneur Moderne ? Comment allez-vous mettre en valeur les œuvres d'art et les artistes ?

Le projet du Collectionneur Moderne découle de cette méconnaissance que vous pointiez à l’instant. Nous souhaitons abolir la frontière qui sépare l’artiste et le public, mais sans pour autant sacrifier le travail de sélection qui incombe à une galerie. 

Notre site propose en accès libre des expositions thématiques sous forme de vidéos. Pour notre première édition, intitulée #LaVilleHorsChamp, nous avons rassemblé cinq artistes passionnants et nous les avons filmés dans l’exercice de leur art. Les internautes peuvent ainsi découvrir la personnalité du créateur et se rendre compte fidèlement de la présence physique de ses œuvres. Cette approche thématique permet également de donner une dimension particulière à leur travail, autour d’un thème accessible à tous. 

Nous nous appuyons sur notre expertise pour fixer des prix raisonnables avec les artistes, au regard de l’avancement de leur carrière et des frais d’atelier. Notre marché se situe entre 500 et 5000 euros environ et les prix sont systématiquement affichés.

 

 

Javier Riaño, La Gasca III, 2015, huile sur toile / tous droits réservés

 

- Collectionner des œuvres d'art semble être un acte réservé à une certaine élite de la société, éclairée et avec de gros moyens financiers. Qu'en pensez-vous ?
 

Tout dépend de ce qu’on entend par collection ! Il existe en effet un petit cercle de collectionneurs avertis et fortunés qui est capable de faire la pluie et le beau temps sur le marché de l’art contemporain. Mais en France, ce phénomène demeure très limité par rapport aux pays anglo-saxons. La plupart des collectionneurs sont des gens comme tout le monde !

Une étude publiée l’année dernière par le Ministère de la Culture montre que 30% des collectionneurs investissent moins de 5000 € par an dans leur passion. Et encore, ce sondage ne concerne que les amateurs qui achètent régulièrement des œuvres d’art contemporain : il est impossible de se figurer le nombre d’achats isolés, les « coups de cœur » qui s’imposent subitement à des néophytes. Mais d’expérience, je peux vous affirmer qu’ils sont très nombreux ! C’est la raison pour laquelle le galeriste a surtout un rôle pédagogique. Puis à partir de la première acquisition, c’est un plaisir qui se répète naturellement et l’achat d’œuvres d’art peut devenir un hobby très addictif…

Frédéric Chaume, La Demoiselle se maquille, 2015, eau-forte / tous droits réservés



- Vous présentez Le Collectionneur Moderne comme un projet "transmédia", une galerie d'art en ligne et pourtant, vous organisez une exposition éphémère du 20 au 21 mai prochain au 5 rue Médicis - Paris 6. N'est-ce pas contradictoire ?

Je pense qu’on a tort de séparer rigoureusement ce qui se passe sur internet et dans la réalité. La plupart des sites internet ne sont que des outils pour nous faciliter la vie ! Notre site web rend nos artistes accessibles à tous : aux gens débordés, aux timides, à ceux qui vivent dans des régions isolées… mais ce n’est pas une raison pour se priver du plaisir de se rencontrer et d’exposer les œuvres sous un jour nouveau. Nous organiserons également au mois de juin des rendez-vous pour nos abonnés afin de les faire participer à des performances artistiques. Nous souhaitons faire découvrir les secrets de la création grâce à nos vidéos, mais nous sommes également soucieux d’y faire participer le public.

 

Merci Frank d'avoir répondu à nos questions ! 

N'hésitez pas à aller voir son exposition : 5 rue de Médicis, Paris 6, M° Odéon. Vendredi 20 mai 2016 de 19h à 22h30 et samedi 21 mai 2016 de 9h30 à 22h30 !

 

 

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