• Aurélie R.

Pourquoi et comment communiquer quand on est fermé au public ?

Nous ne pensions pas accueillir le printemps dans de telles circonstances !

L'épidémie de coronavirus nous a cependant amenées à repenser notre ligne éditoriale pour les prochaines semaines. Comme tous les acteurs du secteur culturel, nous avons décidé de nous adapter et de montrer comment vous vivez cette période de confinement : communication avec vos publics sur les réseaux sociaux, réorganisation des événements prévus, préparation de projets à long terme, travailler de chez soi...


Un véritable défi pour nous tous, qui mérite qu'on en parle !


On commence cette série par le témoignage de Jérôme Ramacker, consultant en communication pour les institutions culturelles et les artistes.

Depuis une semaine, les institutions culturelles ne peuvent plus recevoir de public. Les événements sont annulés, les musées et bibliothèques sont fermés, les spectacles, festivals et expositions sont reportés...  Alors, une question se pose : faut-il continuer de communiquer ? Comment garder le lien avec ses publics sans les accueillir physiquement dans un lieu ?

Comment tirer profit au maximum de ces temps troublés pour tisser des liens forts avec sa communauté en ligne et toucher de nouveaux publics ?


- Bonjour Jérôme, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel et votre travail de consultant ?


Diplômé en journalisme et gestion culturelle, je fus directeur de la communication d’un musée à 23 ans. A l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas. Je m’occupais tant de la création des supports de communication que de la médiation culturelle. Je suis passé par plusieurs structures, en temps que rédacteur en chef d’un magazine associatif ou chargé de projets européens. Ayant déjà un pied dans le milieu du cirque, j’ai ensuite commencé à conseiller les artistes dans leur communication. Aujourd’hui, je suis à la fois formateur pour le secteur culturel, chargé de cours dans deux Hautes Écoles en Communication à Bruxelles et consultant dans une agence exclusivement tournée vers le non-marchand (association, ONG, opérateur culturel…).


Mon quotidien consiste à accompagner les porteurs de projets dans leur stratégie de communication : que ce soit pour se positionner, créer une identité ou concevoir un calendrier éditorial.



- Alors, la question que tout le monde se pose en ce moment : faut-il arrêter de communiquer quand on est fermé au public ?


La réponse est simple : non ! Ce serait une erreur et surtout dommageable pour la bonne reprise des activités. C’est comme pour les festivals, il est important de conserver le lien avec le public avant, pendant et après la rencontre, l'événement. Si les visiteurs ont apprécié un musée ou un groupe de musique, ils chercheront à rester en contact, en guise de soutien mais aussi par besoin de prolonger l’expérience.

Dans mon deuxième ouvrage, Cultiver sa communication (Edi.pro, 2014), j’interpellais les chargés de communication par cette question : « Que devient votre relation au public une fois le rideau baissé ? ». A cette époque, je ne parlais pas de confinement sanitaire, juste d'une pause entre deux représentations ou expositions. La situation est similaire pour les lieux culturels en travaux : ils doivent continuer à alimenter en contenus leurs supports de communication, en partageant par exemple les coulisses, des souvenirs, des témoignages… afin qu’à leur réouverture le public soit toujours au rendez-vous. C’est un enjeu de visibilité en ligne mais aussi sociale. C'est la même mécanique aujourd'hui, même si les causes sont différentes



>> A suivre cette semaine, l'interview de Muriel Jaby, directrice de la communication du Musée d'Art Contemporain de Lyon.


- Les musées et salles de spectacle regorgent d'idées innovantes en ce moment pour pallier à leurs fermetures face à l'épidémie de coronavirus. Qu'en pensez-vous ?


C’est génial ! On sent que les communicants culturels commencent à comprendre le pouvoir créatif des outils qu’ils utilisaient avant de façon très traditionnelle, notamment les réseaux sociaux.

Une page Facebook ne sert pas qu’à publier des annonces mais à faire vivre une communauté. Instagram retrouve son instantanéité. On ose expérimenter en se servant des moyens à disposition, que ce soit la vidéo en direct ou la plateforme collaborative. Privés de leurs salles, les autres services se tournent (enfin !) vers la communication pour partager leurs compétences. J’espère qu’ils conserveront ce réflexe après le confinement, cela enrichit la présence en ligne de toutes les structures. La réactivité face à une actualité dépend d'une ligne éditoriale claire et d’une stratégie de communication globale partagée avec toute l’équipe, pas seulement le service communication ou le service médiation culturelle. Si l’idée est pertinente, le public suivra abondamment. Il faut évidemment publier des exclusivités qu’on peut liker, commenter, partager à son tour. Les arts ont toujours trouvé les mots et les images pour exprimer les émotions humaines. La catharsis se joue ici en ligne.


Étonnamment, ce sont les "vieux" chanteurs qui ont donné l’exemple : Tryo, Jean-Louis Aubert, Marka (le père d’Angèle et Roméo Elvis) furent les premiers à diffuser gratuitement, en live, des mini-concerts pour leurs fans. Une jeune humoriste, Fanny Ruwet, a réagi avec son ton singulier par des cartes de vœux spéciales coronavirus. Oui, on peut utiliser la crise pour renforcer son image. Beaucoup de musées et salles de spectacle en profitent pour faire la promotion de leurs outils numériques existants : visite virtuelle, captation en streaming… Je pense qu’ils pourraient aller encore plus loin dans la créativité en proposant du contenu original. Comme l’a fait récemment le Palais des Beaux-Arts de Lille : proposer des activités pour occuper les enfants à la maison en lien avec les œuvres de leur collection.




Merci Jérôme d'avoir partagé votre vision et vos conseils en communication de crise !


Profitez de ces jours de confinement pour continuer à vous informer sur le secteur culturel, grâce aux Enquêtes de Watson !

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