• Aurélie R.

Pas de pause pour la sécurité et l'entretien des œuvres !

Les musées et espaces d'art vont être fermés encore quelques semaines. Mais la sécurité et l'entretien des œuvres d'art continuent malgré tout pendant cette période de confinement. Les travaux de restauration-conservation se font encore, sur les sites, les équipes de professionnels continuent à maintenir leurs efforts pour la sécurité et la surveillance des œuvres.


Julie Hugues, responsable marché de l'art et clientèle privée chez Hiscox Assurances, nous explique les enjeux de cette continuité.


- Les musées, galeries d'art et espaces d'expositions sont fermés. Quelles sont les mesures de sécurité et de protection des œuvres qu'il faut prendre ?


En temps normal, les œuvres d’art des musées, qu’elles soient exposées ou stockées, sont conservées en permanence dans des conditions idéales et sont consciencieusement protégées.

En effet, pour conserver ces trésors, rien ne remplace la présence humaine. C’est grâce au personnel des institutions (les conservateurs mais aussi les gardiens, la sécurité) que les collections sont à l’abri. Ce sont eux qui vont empêcher ou dissuader la survenue d’un vol, détecter le plus tôt possible un dégât des eaux qui pourrait endommager des chefs d’œuvre, activer le plan de sauvegarde pour évacuer les œuvres majeures en cas d’incendie...

Par conséquent avec la période de confinement actuelle, il faut compter à la fois sur les traditionnelles protections mécaniques (porte blindée ou anti-effraction, barreaux aux fenêtres etc.) mais aussi sur les technologies diverses pour pallier l’absence du personnel sur site. L’idéal est bien entendu, dans la mesure du possible, de conserver sur place, en permanence, des personnes prêtes à intervenir rapidement (cela peut être des sociétés de surveillance ou bien du personnel du PC sécurité).

Une alarme vol et incendie reliée est un véritable avantage et permet de surveiller de grandes surfaces en détectant immédiatement par exemple une intrusion ou un départ de feu et de prendre rapidement les mesures nécessaires. Il est important de rappeler qu’en cas d’incendie, un simple verre d’eau suffit pour l’éteindre lorsqu’il est détecté dès la première minute alors qu’au bout de 3 minutes, une citerne d’eau devient nécessaire… Ainsi chaque minute compte.

Une système d’alarme est conçu comme un succession de cercles concentriques, chacun ayant pour but de former un périmètre de protection et de décourager les cambrioleurs : clôture surmontée de barrières infra-rouge, des contacteurs d’alarme posés sur tous les ouvrants du bâtiment (portes et fenêtres), détecteurs volumétriques dans les pièces où se trouvent les œuvres jusqu’au fameux « tag » positionnés directement au dos des pièces maîtresses des collections. Ce sont autant de dispositifs destinés à faire obstacle en cas d’intrusion et à décourager le voleur dont la présence a été repérée. Dans les établissements les plus sophistiqués on peut même trouver des générateurs de brouillard couplés à des projecteurs stroboscopiques qui par une fumée épaisse mais inoffensive empêche tout intrus de s’orienter.

En complément de l’alarme (sonore), une vidéosurveillance est un vrai atout. Les caméras permettent de confirmer tout de suite la réalité de la situation en cas de déclenchement d’alarme et se révèlent d’une grande aide pour localiser rapidement le lieu du sinistre (vol ou incendie). Malheureusement tous les musées n’en sont pas équipés aujourd’hui.

Ces moyens de protection et leur niveau de sécurité sont proportionnels aux valeurs à assurer et à leur sensibilité au vol notamment. On n’aura ainsi pas les mêmes exigences en terme de sécurité contre le vol pour assurer les joyaux de la couronne ou bien les insignes royaux que pour assurer la collection d’un musée d’Art et Traditions populaires. 

L'anticipation est donc clé dans la gestion des risques : tous les musées ont en général élaboré un plan de sauvegarde, audité leur sécurité vis à vis de chaque péril (vol, incendie, dégâts des eaux, crue etc.). La partie prévention est primordiale et, chez Hiscox, en tant qu’assureur spécialisé dans les œuvres d’art, nous souhaitons mettre toute notre expérience au service de nos clients pour les conseiller au mieux. 

La prévention relève avant tout du bon sens mais souvent un œil neuf permet de déceler et mettre au jour des situations périlleuses pour les œuvres qui n’avaient pas été identifiés jusqu’alors.


En savoir plus : 
>> le plan de sauvegarde du patrimoine, un document primordial.
>> La continuité de la restauration pendant le confinement avec les témoignages de Lionel Pernet, directeur du Musée cantonal d'archéologie et d'histoire de Lausanne et Fleur Foucher, conservatrice-restauratrice.

Musée Courtier

- Le vol et la dégradation des œuvres et des lieux ne sont pas les seuls dangers. Quels sont les risques auxquels ils sont exposés ?


La période de confinement est évidemment une situation de risque aggravé par rapport à la normale pour les musées. Il y a moins de personnel, donc forcément moins de supervision et de surveillance. Si nous n’avons pas observé de dégradation ou de vandalisme depuis la mise en place du confinement sur les institutions muséales en France, elles sont tout de même exposées à de nombreux périls.

Evidemment, on pense tous en premier lieu au risque de vol. Le spectaculaire vol d’un Van Gogh il y a quelques semaines au musée Singer Laren en est le témoin. Les cambrioleurs ont probablement profité, par opportunisme, de la fermeture au public et d’un personnel de sécurité sur place réduit au strict minimum, pour effectuer leur larcin. On peut aussi songer au vol sensationnel des parures de diamants dans un musée de Dresde en novembre dernier ou encore à l’incroyable vol d’une pièce en or de 100 kg dans le musée de Bode à Berlin.


Mais il existe d’autres périls, souvent moins spectaculaires mais tout aussi menaçants que le vol. Ils sont bien sûr inhérents au musée mais sont exacerbés en cette période. On recense entre autres :

  • Les variations d’hygrométrie : les mesures d’hygrométrie sont une notion essentielle à la conservation des œuvres et l’un des rôles fondamentaux des conservateurs. Un dégât des eaux, une panne de chauffage ou un dérèglement des systèmes d’aération peuvent provoquer de brusques variations de températures et donc d’hygrométrie, très dommageables notamment sur des toiles ou des panneaux peints. Malgré le confinement, il est indispensable de continuer à mesurer régulièrement ces taux pour détecter toute anomalie. >> Lire plus d'enquêtes sur la conservation-restauration des œuvres : c'est ici !

  • L’incendie : un échauffement électrique sur un tableau électrique, des extincteurs non opérationnels etc. Du fait de l’absence de personnes et de personnel, un incendie pourrait se déclencher et être découvert tardivement. Le musée, en tant que dépositaire de nombreux objets de valeur inestimables, doit être scrupuleusement surveillé au niveau de la sécurité incendie, grâce en général à un système d’alarme incendie. >> En 2018, nous avions traité de sécurité incendie avec l'interview de Bruno Saudemont, pompier.

  • Le dégât des eaux : le public n’étant plus là, le personnel moins présent, le risque de ne pas détecter rapidement un dégât des eaux est mathématiquement augmenté. Ainsi, plus il sera détecté tard, et plus les conséquences risquent d’être importantes, notamment sur une toile ou un dessin, allant jusqu’à rendre l’œuvre endommagée irrécupérable. Enfin, la période de crue saisonnière arrivant avec le printemps, il faut être particulièrement vigilant concernant les musées qui disposent de stockage d’œuvres en sous-sol par exemple et se situent à proximité d’un fleuve. Nous recommandons dans ce cas de suivre régulièrement l’évolution des cours d’eau sur le site Vigicrue et d’activer le plan de sauvegarde préalablement convenu en cas de montée des eaux.

Alex Katz, Black Hat IV, 2011 | Oeuvre de la collection d'entreprise Hiscox

Merci à Julie Hugues d'avoir partagé avec nous ces conseils pour la protection des œuvres dans les musées ou galeries ainsi qu'à Alix Lagersie, de l'agence Weber Shandwick, pour son aide dans la réalisation de l'interview.


>> En savoir plus ?

Consulter toutes nos enquêtes sur les thèmes "sauvegarde du patrimoine", ou "conservation-restauration"

En 2015, Jacques Lemoine nous expliquait pourquoi assurer une œuvre d'art ?


Lire l'enquête précédente : "La continuité du travail de conservation-restauration est-elle possible ?"




Frize Bernard - collection Hiscox


Thématiques                  Patrimoine                    Médiation culturelle            Spectacle vivant           Culture et territoires

​Musées et expositions          Communication             Entrepreneuriat culturel     Métiers du livre            Numérique     

Tourisme culturel                  Sciences et nature        Musique                                Arts visuels                  International