• Anne-Sophie M.

La Mutinerie – La littérature de jeunesse comme outil de médiation par la fiction

Quelle découverte inspirante ! C’est un constat, certains projets se démarquent de par leur singularité, leur originalité et leur audace. La Mutinerie remplie de loin tous ces critères avec son concept fondamentalement novateur : faire appel aux leviers puissants de littérature de jeunesse pour attiser la curiosité des adolescents et pré-adolescents aux thématiques culturelles, sociétales et environnementales. Les actions de médiation qu’elle propose ont fait leurs preuves car La Mutinerie fait réellement écho aux besoins et aux attentes de ces jeunes.


L’une de ses propositions percutantes : écrire des textes romancés, de véritables intrigues, pour mettre en récit des expositions temporaires ou des collections permanentes dans les structures culturelles. Les musées ont tout de suite compris l’intérêt de telles actions de médiation pour (re)conquérir ce public souvent jugé difficile à attirer, à convaincre et à fidéliser.


Déterminé à relever ce défi ambitieux, Guillaume Le Cornec a créé cette entreprise en 2019, à Nantes. Loin d’être anodin, ce projet a été un changement décisif dans sa vie professionnelle, lui permettant de joindre ses compétences d’écrivain, d’éditeur et de communicant avec ses convictions personnelles. Une rencontre passionnante, dont Mon cher Watson se réjouit de vous en présenter les coulisses !



- Bonjour Guillaume, quel est votre parcours et quelle a été votre motivation à créer l’entreprise de médiation culturelle « La Mutinerie » ?

Guillaume Le Cornec - La Mutinerie

Bonjour à toutes et à tous ! J’ai une formation assez classique, avec un passage par l’université -Rennes 2 puis à la Sorbonne Paris 1, pour décrocher une licence d’Histoire & géographie – avant de passer une vingtaine d’années à naviguer entre journalisme et communication, d’abord en tant que pigiste puis en tant que dirigeant que de ma propre structure de communication et de création éditoriale.


En 2017, j’ai écrit mon premier roman jeunesse – L’île aux Panthères – publié aux éditions du Rocher. Ce premier livre, qui a eu le très bon goût de bien marcher, m’a ouvert assez rapidement la direction des collections jeunesse des éditions du Rocher, que j’ai pris en avril 2018. En devenant directeur des collections jeunesse, j’avais deux ambitions. La première était de publier de bons auteurs et de bons textes naturellement, une dizaine par an, et la seconde était de proposer des récits qui redonneraient envie aux ados et pré-ados de questionner le monde contemporain et d’y trouver leur place. Dans cette optique, je me suis rapidement dit qu’un moyen supplémentaire d’y parvenir serait de renforcer la transdisciplinarité entre la littérature de jeunesse et les autres disciplines artistiques, culturelles et scientifiques. J’ai donc assez rapidement imaginé faire des personnages de mes romans des médiateurs au profit de grandes institutions culturelles et scientifiques. Après quelques opérations réussies au Château des ducs de Bretagne à Nantes puis au Musée des Beaux-Arts de Lyon et au Musée de Bretagne à Rennes, il est apparu assez vite que ces prototypes d’intervention étaient fonctionnels. De grands éditeurs jeunesse m’ont alors signifié leur intérêt pour ce travail inédit de médiation par la fiction. La Mutinerie était née.



- Qu’est-ce que « La Mutinerie » exactement ? Quelles sont les valeurs que vous souhaitez transmettre et à qui s’adresse vos actions de médiation ?


La Mutinerie est une structure de médiation culturelle et scientifique par la fiction. C’est un modèle original qui utilise les capacités des grandes plumes de la littérature de jeunesse pour élaborer des textes percutants et construits sur mesure afin de mettre en récit des expositions temporaires ou des collections permanentes dans les musées, mais également pour documenter des écosystèmes fragiles ou des territoires remarquables, à fort enjeu patrimonial et environnementale. La Mutinerie, en lien avec les médiateurs, les curateurs et l’auteur, dose le bon volume de données scientifiques à encapsuler dans le récit pour conserver au texte toute sa fluidité tout en offrant des connaissances calibrées pour le jeune public. Ces textes de littérature peuvent puiser à différents genres (romans policiers, fantastique, science-fiction…) et prendre plusieurs formes (livrets papier, podcasts…).

Enquêtes au jardin, la première série de polars botaniques pour adolescents.
Enquêtes au jardin, la première série de polars botaniques pour adolescents.

Nous élaborons également des expositions tirées de l’univers de romans, des guides touristiques sous forme de petits romans policiers ou fantastiques au travers desquels nous documentons, de manière ludique et, souhaitons-le palpitante, des territoires et leurs richesses patrimoniales et environnementales. Cette approche, qui fait lire et découvrir l’univers d’auteurs reconnus, fait par ailleurs de l’adolescent ou du pré-adolescent un prescripteur de destinations et de sorties culturelles pour sa famille, ce qui renforce l’estime de soi et le lien intergénérationnel. Nous avons également développé plusieurs dispositifs qui nous permettent d’intégrer des élèves de collèges dans la création de ces récits, des outils méthodologiques précis qui facilitent le travail d’enseignants sur-sollicités par des programmes très denses et des tâches administratives annexes trop nombreuses.

Dispositif de médiation par la fiction accompagnant l’exposition « Claude, un empereur au destin singulier », Musée des Beaux-Arts de Lyon
Dispositif de médiation par la fiction accompagnant l’exposition « Claude, un empereur au destin singulier », Musée des Beaux-Arts de Lyon


- Vous travaillez, notamment, en collaboration avec des musées et des lieux de patrimoine. Quelle démarche adoptez-vous pour créer vos actions de « médiation par la fiction » pour ces structures culturelles, de la conception à la réalisation ?


La création d’une opération de médiation par la fiction au profit du public adolescent et pré-adolescent doit respecter quelques invariants pour en garantir une qualité irréprochable. Tout d’abord, choisir la bonne plume en fonction du projet. Notre connaissance de la scène littéraire jeunesse, et l’immense vivier de talents qui la constitue, nous le permettent. Ensuite, nous garantissons que les équipes de La Mutinerie et le ou les auteurs participants ne pourront en aucun cas se substituer aux médiateurs et aux curateurs pour choisir les œuvres à documenter et produire l’information scientifique qui sera délivrée. Cet aspect est primordial. Ce sont eux qui ont ces compétences et qui détiennent les connaissances artistiques, universitaires ou environnementales et patrimoniales qui vont nous nourrir. Pas l’inverse. En revanche, nous sommes force de proposition pour ce qui est du volume de données à encapsuler dans le récit, car nous connaissons bien ce public, nous savons comment lui parler et, espérons-le, l’embarquer dans une histoire sans le faire décrocher à force de trop d’informations.

Mise en récit des collections permanentes, Musée de Pont-Aven
Mise en récit des collections permanentes, Musée de Pont-Aven

Nous garantissons également un travail d’édition professionnel, réalisé dans les règles de l’art, du début à la fin : création d’un synopsis précis, écriture du court roman, editing sur document brut puis sur épreuves, corrections et maquette, création graphique, jusqu’au BAT et à l’impression ou le sound design et la mise en voix s’il s’agit de podcast. Une note de méthodologie précise est de toute façon fournie à chaque nouvelle institution partenaire, et adaptée si besoin à ses spécificités. Nous n’avons pas créé la Mutinerie pour « faire de l’abatage » mais pour que chaque opération soit un moment stimulant pour les enfants et un plaisir pour les équipes avec lesquelles nous collaborons. Nous ne faisons que du sur-mesure, et c’est pour cette raison que cela fonctionne je pense.



- Qu’est-ce qu’une action de médiation réussie, selon-vous ?


Je pense qu’on peut considérer qu’une action de médiation est réussie quand les enfants vous disent qu’ils ont adoré, que c’était trop stylé ! Notre ambition est de donner le goût de la culture sous toutes ses formes, l’envie d’être curieux… Les connaissances acquises durant une action menée au profit de ce public âgé de 10 à 15 ans sont mesurables bien entendu (nous élaborons d’ailleurs des petits quizz assez drôles pour se tester après la visite ou en classe) mais ce qui importe le plus à nos yeux, c’est que la majorité de ces enfants en vienne à penser que le musée, ou la culture, n’est pas réservés aux autres, aux riches, à l’élite, aux gens bien nés et cultivés… Nous voulons être une petite étincelle qui permette à chacun de se sentir légitime pour entrer dans un univers qui peut impressionner ou, parfois, rebuter. Nous ambitionnons d’être une interface ludique entre les enfants et les savoirs détenues par les équipes en place au profit de chocs esthétiques ou intellectuels qui peuvent changer une vie.

 Jeu de piste in situ au Jardin des Plantes de Nantes, basé sur l’intrigue du premier roman des « Enquêtes aux jardins » mais sans obligation de le lire au préalable.
Jeu de piste in situ au Jardin des Plantes de Nantes, basé sur l’intrigue du premier roman des « Enquêtes aux jardins » mais sans obligation de le lire au préalable.


- Quelles sont vos envies, vos ambitions pour développer « La Mutinerie » dans les années à venir ?


J’aimerais que la littérature jeunesse – en format court, en podcast, sous toutes ses formes – devienne un moyen ludique pour comprendre et s’approprier sa place dans un monde complexe, en France et partout où on nous en donnera l’opportunité. D’en faire le vecteur de la transdisciplinarité totale. En ce sens, j’ai d’immenses ambitions.

Logo La Mutinerie

Je ne parle pas de chiffre d’affaires et de réussite économique, ces choses sont secondaires, non, je fais référence ici à l’urgence d’offrir aux enfants des perspectives d’avenir qui leur redonne espoir. Je parle d’en finir avec l’ère des jugements à l’emporte-pièce – c’est blanc ou c’est noir, tu es avec moi ou contre moi… - pour qu’ils puissent – enfin ? à nouveau ? - s’autoriser à être dans les nuances, à être eux-mêmes dans leur singularité pour s’aimer et donc aimer les autres… Et pour y parvenir, je ne vois pas d’autre voie que la culture.

Un grand merci Guillaume d’avoir répondu avec autant d’envie et d’enthousiasme à notre interview. Avec La Mutinerie et ses Mutins, la révolution est en marche !


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