• Anne-Sophie M.

A la Loupe ! - Enquêtes, énigmes et mystères pour découvrir le patrimoine culturel

Quel plaisir d’avoir pu rencontrer la pétillante médiatrice culturelle Sophie Pasche, co-fondatrice de l’association suisse « A la loupe ! ». Cette passionnée de jeux de rôle a su judicieusement allier ses compétences universitaires à son appétit pour le théâtre, pour imaginer des actions de médiation innovantes faisant directement appel aux émotions des publics.


Avec ses cinq acolytes, elle imagine, scénarise et organise des jeux d’enquêtes croustillants, notamment des Murders Parties, pour faire vivre l’histoire et le patrimoine des lieux culturels de manière amplement plus ludique et interactive. Une équipe dynamique et audacieuse pleines d’ambition : il n’en fallait pas plus pour piquer une nouvelle fois la curiosité de Mon cher Watson !


- Bonjour Sophie, quel est votre parcours et comment êtes-vous arrivée dans le domaine de la médiation culturelle ?

J’ai suivi une formation universitaire en biologie de l’environnement et en ethnologie. A ma sortie d’étude j’ai travaillé une dizaine d’années dans le secteur de la préservation de la biodiversité. J’ai travaillé sur différents projets destinés à faciliter la prise de décision lors de projet de développement territoriaux en intégrant à la réflexion les valeurs biologiques. Durant ce parcours, j’ai été saisie par un constat : les études que je menais rendaient compte d’une érosion rapide de la biodiversité mais les outils que j’avais à disposition (graphiques, cartes, rapports) ne parvenaient pas à sensibiliser de l’urgence. Je devais me rendre à l’évidence, le message ne touchait pas sa cible. Sur mon temps libre, je pratiquais le théâtre amateur et réalisais qu’il était possible de toucher le public autrement, en passant par les émotions. J’ai alors eu envie d’allier l’approche scientifique à l’art de parler au cœur du spectacle vivant.


- Quelle a été le déclic qui vous à motiver à créer l’association « A la Loupe ! » ?


En 2017, une amie qui travaille au Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel me sollicite pour concevoir une soirée enquête sur mesure autour de l’histoire des collections de l’institution. Défi que j’avais décidé de relever. J’avais mûri ma réflexion d’allier rationnel et émotionnel, et commencé à concevoir mes premiers scénarios qui invitaient les participants à découvrir une thématique, tout en étant acteur d’une histoire. Mon cercle amical a d’ailleurs été le premier témoin de mes essais ! En janvier et février 2018, j’ai donc organisé deux soirées publiques au Muséum d’histoire naturel dans le cadre de l’inauguration d’un nouvel espace d’accueil. Cette expérience a abouti quelques mois plus tard à la création de l’Association « A la Loupe ! » J’ai eu la chance de pouvoir compter sur l’appui de mes amis, convaincus du potentiel de ma démarche de médiation, qui m’ont incité à créer une structure et à poursuivre l’aventure. Depuis, Christophe Künzi, Frédéric et Sabine Aubert sont mes complices pour la conception et la rédaction des scénarios. Leonore Lovis assure la relecture, gère la communication avec les participants, le suivi des inscriptions et toute la coordination logistique.

Séance de travail « A la loupe ! »
Séance de travail « A la loupe ! »

- Vous mettez notamment en place des actions de médiations immersives et interactives appelées « Murder Parties ». Pouvez-vous nous faire découvrir ce concept plus en détails ?


L’objectif de ces actions est d’amener les participants à découvrir une thématique en les immergeant par le jeu collaboratif dans un univers. L’enquête policière est le prétexte pour mettre le visiteur en mouvement. Le suspense est le moteur de l’apprentissage. Pour parvenir à cet objectif, cela suppose un processus de conception en plusieurs étapes :


Premièrement, il convient de définir avec l’institution l’angle de prise de vue retenu pour mettre à l’honneur la thématique ou la collection ciblée.

Recherches bibliographiques
Recherches bibliographiques

Deuxièmement, nous réalisons un important travail de recherches préparatoire destiné à alimenter l’écriture du scénario. Avec « A la Loupe ! », nous avons à cœur de nous appuyer autant que possible sur des faits et des personnages historiques — et je dois dire que la réalité est pleine de ressorts scénaristiques.


Une fois ces éléments en main, nous construisons un synopsis qui est la colonne vertébrale de l’enquête. C’est dans ce document que nous posons le contexte, définissons les objectifs clés des participants et que naissent les profils des personnages (du meurtrier aux témoins).

Test du scénario avec toute l’équipe de « A la loupe ! »
Test du scénario avec toute l’équipe de « A la loupe ! »

Une fois que tous les personnages sont rédigés — de 30 à 60 selon les scénarios — et que les indices ont été répartis entre les profils, vient la phase de répartition des rôles. Nous invitons les joueurs qui participent à nos événements à remplir un questionnaire afin de leur attribuer le rôle d’un personnage qui correspond au mieux à leur personnalité, à leur expérience. Aucun besoin d’avoir pratiqué le théâtre pour participer à une Murder Party, il suffit d’avoir du plaisir à communiquer et à investiguer.


Une semaine avant l’événement, les joueurs reçoivent leur rôle ainsi qu’un document qui plante le contexte et donne quelques informations clés.


Le jour J, les participants se glissent dans la peau de leur personnage. Ils sont invités à échanger entre eux, à faire circuler l’information et à décrypter les indices de jeu mis à disposition par les organisateurs. Nous avons une équipe de facilitateurs qui s’assure de la dynamique du jeu, contrôle le timing de la soirée et distille les indices au moment opportun. Ce qui est formidable, c’est qu’il n’y a jamais deux soirées pareilles !

Joueurs participants à la Murder Party « Crime en eau trouble »
Joueurs participants à la Murder Party « Crime en eau trouble »

A la fin de la partie, nous procédons à un debriefing oral. Nous révélons le meurtrier, son mobile et prenons le temps de présenter les éléments de médiations spécifiques que nous avons intégrés à l’intrigue.

Etape du débriefing de la Murder Party « Crime en eau trouble »
Etape du débriefing de la Murder Party « Crime en eau trouble »

- Les Murders Parties sont souvent organisées à des fins de divertissement, de jeu. Comme vous intervenez principalement dans les structures culturelles (musées, sites patrimoniaux, jardins botaniques etc.), quels sont, selon vous, les atouts pour celles-ci d’accueillir une telle expérience ludique et interactive ?


Nous avons à cœur de faire de ces événements de vraies actions de médiation. Nous nous appuyons sur l’aspect ludique pour favoriser la motivation des participants mais cherchons véritablement à ce que les publics repartent en ayant découvert un univers, en ayant appris quelque chose sur une thématique. Pour y parvenir nous proposons à chaque participant de réaliser des objectifs. En plus de devoir résoudre l’enquête policière (qui a tué ? comment ? pourquoi ?), il est incité à répondre à des questions spécifiques, sur la thématique que nous souhaitons interroger. Pour la prochaine Murder Party « 2184 : (R)EVOLUTION »* au Conservatoire et jardin botaniques de la Ville de Genève, nous avons imaginé une intrigue qui permet de découvrir les principes clés de la théorie de l’évolution. Pour nous assurer de la justesse des contenus transmis, nous collaborons de près avec les équipes de médiation des institutions. Ce sont elles qui nous orientent vers le matériel bibliographique et qui assurent la caution scientifique des contenus.

- La Murder Party est une action de médiation vraiment insolite : pensez-vous qu’elle soit aussi un bon levier pour promouvoir une structure culturelle ?


Tout à fait, elle est un formidable outil de communication. La mise en scène, les costumes permettent de promouvoir l’image d’un site culturel ou touristique sur les réseaux sociaux. Les photos prises par les participants sont des supports pour construire un lien émotionnel entre publics et institutions. De plus, ces événements encouragent le bouche-à-oreille : après avoir vécu une soirée exceptionnelle, les visiteurs en parlent autour d’eux, ce qui encourage la fréquentation de la structure.

Nous observons que ces événements favorisent également la mixité sociale. Je suis à chaque fois surprise de constater avec quelle facilité les barrières sociales et générationnelles tombent. La Murder Party devient un espace de rencontre entre générations, où chacun est amené à interagir. Quel que soit son statut professionnel dans la vraie vie, tout le monde est sur le même pied d’égalité et partage le même objectif : collaborer pour démasquer le meurtrier.

Murder Party « Crime en eau trouble »
Murder Party « Crime en eau trouble »

- Comment imaginez-vous le développement de votre activité pour les années à venir ?


Cet été, « A la Loupe ! » présente au public la Murder Party « 2184 : (R)EVOLUTION » en partenariat avec les Conservatoire et jardin botaniques de la Ville de Genève. L’événement aura lieu dans la serre tempérée de l’institution dans le cadre de l’exposition le Grand Bazar de l’Evolution. Aujourd’hui, je souhaite à titre personnel évoluer au-delà du statut associatif. Je suis en train de créer mon auto-entreprise, Fabula, avec l’idée de continuer à développer les projets de médiation qui me tiennent à cœur. Mon objectif est d’accompagner les structures culturelles et touristiques à mettre en valeur leurs trésors par la conception d’enquêtes scénarisées. Un scénario sous forme de jeu de piste est déjà en réflexion autour du thème du chocolat. Bien sûr, tout cela se fait avec le soutien d’ « A la Loupe ! » qui continue à m’appuyer lorsque j’ai besoin de renfort.

Pour aller plus loin…


Participez à la Murder Party « 2184 : (R)EVOLUTION » qui plonge le public en 2184, au sein d’une société totalitaire qui a brûlé toutes les publications scientifiques. Immergés dans cet univers dominé par la propagande, les participants ont 2h pour redécouvrir les faits tels que décrits par la communauté scientifique d’aujourd’hui. Au Conservatoire et jardin botaniques de la Ville de Genève de 18h30 à 22h45 :

  • 12 juin 2021

  • 26 juin 2021

  • 17 juillet 2021

  • 21 août 2021

  • 4 septembre 2021

> Informations et inscriptions


Découvrez en images la Murder Party « Crime en eau trouble » :

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