• Géraldine B.

Un laboratoire d'idées pour réinventer la culture

Tiens, tiens, un labo des cultures dans notre labo des pros !

Après avoir décrypté les « secrets de fabrication » d’une saison culturelle et exploré les techniques de médiation inspirées de la pédagogie active, nous avons le plaisir de découvrir un nouveau parcours, celui de Camille Monmège-Geneste, qui nous invite à réinventer les manières de faire et de penser la culture.

Voyons plus précisément ce que Camille cultive dans ce labo...

- Bonjour Camille, pouvez-vous vous présenter ?

J’ai rencontré l’art très jeune, puis le théâtre a débarqué dans mon école : j’y suis allée pour une voix à tendance éraillée et finalement je ne l’ai plus quitté. J’ai pratiqué différentes expressions artistiques, j’ai voulu finir sur les planches mais c’est à côté que j’ai en définitive trouvé ma place. Parallèlement à une licence Arts du spectacle et à un Master Ingénierie de Projets Culturels et Interculturels, j’ai cultivé mon goût pour la transmission, l’animation, les aventures culturelles humaines au fil de mes expériences. Ce sont ces dimensions que j’ai aimé retrouver dans mes fonctions de médiatrice culturelle pour la ville de Pessac puis chargée des relations avec les publics au Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine.


Puis, j’ai constaté que peu d’espaces étaient dédiés à la réinvention et à la recherche dans notre quotidien professionnel, que nous avions la fâcheuse tendance à copier/coller des mécanismes et des projets d’une saison à l’autre. J’étais parfois plus attachée à la défense d’une programmation qu’aux fondements, à la philosophie et à l’essence même de mon métier. Je sentais s’essouffler ma créativité, je désirais repenser mes méthodes et mes approches.


Alors j’ai eu envie d’imaginer un espace dédié à la « recherche-action ». A ce premier mouvement s’est joint le désir de sortir réellement de « l’entre-soi », de penser une structure plus « intersectorielle », de provoquer plus de frottements entre des « mondes » qui vivent dans des couloirs séparés (décloisonner les champs professionnels, faire se rencontrer différentes pratiques culturelles). Un collectif de personnes aux parcours très différents s’est alors rassemblé autour de ces aspirations et nous avons donné vie au labo des cultures.

Une partie de l'équipe du labo des cultures / www.lelabodescultures.com

- Quelles expérimentations sont en cours dans votre labo des cultures ?

Lieu d’expérimentation de nouvelles pratiques, laboratoire d’idées, le labo des cultures a pour objet de faciliter les interactions entre les arts et les personnes, de renouveler les approches classiques et les supports traditionnels de la médiation, de contribuer à une « médiation nouvelle génération ». Pour cela, il s’articule autour de trois axes complémentaires, qui se nourrissent les uns des autres : le développement de projets de médiation (créations d’outils innovants, immersifs) ; l’enseignement et la formation (méthodes de transmission renouvelées ; expérimentations de pédagogies actives) ; le soutien et l’accompagnement dans la mise en place de projets au service des relations culturelles (conceptions de dispositifs sur-mesure, collaborations pour imaginer des méthodologies novatrices).



A titre d’exemple, nous expérimentons la création de nouveaux supports de médiations interactifs et sensoriels autour de spectacles de compagnies de théâtre, donnant lieu à la conception d’objets hybrides à la frontière de la création et de la médiation.


A ce jour côté enseignement, nous introduisons la méditation et la pleine conscience durant les cours, nous revisitons des techniques de l’animation et défendons des méthodes ludiques, basées sur l’investigation et l’éducation populaire.


Parallèlement, nous accompagnons cette saison la scène nationale du Carré-Colonnes dans la création et le suivi de leur premier conseil des jeunes ; le labo des cultures s’investi dans des projets participatifs qui réinterrogent les modes de gouvernance de nos théâtres. Nous menons d’ailleurs actuellement une enquête nationale pour recenser les initiatives de conseils et comités jeunesse, afin de questionner nos pratiques et d’imaginer des supports communs.



- Votre méthodologie de « recherche-action » peut-elle s’adapter à tout type de structure ?

Dans les structures culturelles « traditionnelles » toute la difficulté réside dans l’interruption de cette course folle à l’empilement de projets, de la difficulté à imposer des méthodes qui expérimentent, de s’affranchir des cases et catégories existantes, de s’autoriser à tester de nouveaux processus ; contre la productivité et l’efficience qui peuvent être de mises. Et le nerf de la guerre, c’est de trouver les sous pour chercher, car pour faire on peut en trouver, mais pour penser et inventer c’est parfois plus difficile à dénicher !


L’idée est donc d’avoir un laboratoire - le labo des cultures - dédié à ces expérimentations et d’être une structure complémentaire du paysage existant (participant à un échelon supplémentaire de la démocratisation et de la décentralisation).

Ainsi, le labo des cultures permet d’assurer une itinérance sur les territoires, de renforcer de manière ponctuelle une équipe, de faire coopérer différents lieux, de penser de nouveaux supports pour compléter les « boites à outils » des médiateurs, d’être force de propositions (pour les scènes, collectivités, compagnies, …), de répondre à des commandes (résoudre une problématique que se pose une institution), de trouver de nouveaux dispositifs facilitant les conditions de rencontre entre les personnes et les arts.

Dans ces perspectives de « recherche-action », nous souhaitons renforcer nos collaborations avec l’enseignement supérieur et la recherche et nous espérons obtenir prochainement un financement afin d’aboutir à un projet au long cours qui facilitera les liens avec des travaux universitaires, la réalisation d’études, de recherches fondamentales et appliquées sur ces nouvelles approches de médiation.

- Pourquoi avoir choisi le modèle associatif pour développer cette activité ?

Le choix de notre structure juridique (association à but non lucratif) n’est pas anecdotique. C’est le fruit d’une longue réflexion et peut-être qu’il s’agira d’une association de transition qui aboutira à une SCOP, nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve…. Quoi qu’il en soit, ce qui est certain, c’est que nous avons fait le choix d’appartenir au réseau de l’Economie Sociale et Solidaire. Pour ses valeurs que nous partageons, pour le modèle économique qu’elle propose. Le format associatif nous permet pour le moment d’imaginer une hybridation de financements qui permettent de trouver un équilibre entre des subventions et des prestations.

Tous les membres de l’équipe ont eu des liens forts avec le monde associatif, c’est une organisation qui nous parle. De plus, nous défendons la diversité des personnes au sein de l’organe décisionnel afin d’apporter de la pluralité à son fonctionnement et de prendre en compte les points de vues de personnes variées pour créer les actions les plus appropriées. Je suis actuellement la seule salariée, mais c’est toute une équipe de membres actifs aux pratiques culturelles très différentes (issues de l’éducation populaire, d’institutions culturelles, du marketing digital, du milieu rural, travaillant à l’échelle internationale ou à l’échelle d’un quartier, certains à la culture sportive et d’autres scientifique ou théâtrale) qui porte l’association.


Cette organisation et ces identités apportent un entremêlement de visions et un enrichissement dans la conception des projets du labo des cultures. Par exemple, ces croisements interprofessionnels internes à l’association, nous amènent aujourd’hui à nous saisir de questions européennes et à penser une aventure qui favorisera (nous l’espérons) des rencontres d’acteurs engagés sur ces enjeux de médiation à travers l’Europe.

- Au sortir de la période de confinement, qui a porté un coup sévère au monde culturel en 2020, quels types de médiations deviendront incontournables (ou souhaitables) à l’avenir, selon vous ?


Cette crise aura mis tout le monde à l’arrêt, en suspens. Elle donne l’opportunité à tout un secteur de se re-questionner sur ses pratiques et ses méthodes. Nous le constatons depuis des semaines, elle amène un grand nombre d’acteurs à réinventer les formats, à imaginer de nouvelles façons de créer, de nouvelles manières de penser les interactions avec les « publics ».


Ce qui est certain - pour ceux qui n’en étaient pas encore convaincus ! - c’est qu’on constate cette nécessité prégnante de l’art dans nos vies, et que nous serons tous animés par le désir de remettre de l’humain après cette frénésie virtuelle et numérique.

Peut-être que ces nouvelles normes sanitaires vont renverser la tendance : à vouloir précédemment faire du chiffre en cumulant le nombres de personnes « touchées » par les actions culturelles dans nos bilans de fin de saison, peut-être va-t-on privilégier à présent de petits formats et des rapports plus « intimes » ? Ne serait-ce pas là un joli pied de nez ?


Merci Camille pour cette découverte du labo des cultures !

  • Le labo des cultures organise les 16 et 18 juin 2020 une formation à distance sur les interactions entre les champs de l’action sociale et artistique >>> s’inscrire.

  • Participez à l’enquête ! Avis aux scènes culturelles qui se sont lancées dans la belle aventure d’un conseil des jeunes ou d’un comité jeunesse dans leurs murs >>> contribuer.

  • Toutes les actualités de l'association >>> par là !





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