• Anne-Sophie M.

LABO (L’Atelier BOrdelais) – Découvertes artistiques et culturelles dès 1 an

Mon cher Watson vous propose une nouvelle dose de fraîcheur et de créativité !

Pauline Lacaze, entrepreneure et jeune maman, a créé l’association LABO (L’atelier Bordelais) en cohérence avec ses convictions et ses constats : il existe un réel manque d’offres culturelles à destination des tout-petits dans les musées et structures patrimoniales. Nous avions d'ailleurs rencontré, il y a 3 ans, les créatrices de la Maison Petitpoint qui imaginent des œuvres pour les bébés. Depuis 2018, LABO propose donc des ateliers itinérants de sensibilisation à l’Histoire de l’Art, de la Préhistoire à l’Art contemporain, pour les enfants de 1 à 10 ans sur Bordeaux Métropole.


De par son parcours riche et complémentaire, Pauline a su inventer un concept d’atelier particulièrement adapté à son publics cible, où l’expérimentation par la création est primordiale. Par ailleurs, elle a su braver les difficultés que les médiateurs.trices indépendants.es rencontrent souvent pour créer leur structure et cherche à présent agrandir son équipe pour développer le projet LABO à Bordeaux et partout ailleurs… A bon entendeur !



- Bonjour Pauline, comment êtes-vous arrivée dans le domaine de la médiation culturelle et quelle a été votre motivation à fonder l’association LABO (L’Atelier BOrdelais)?

Pauline Lacaze en atelier

Durant mon année à l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse, j’observais beaucoup le travail de mes camarades et leurs posais sans cesse des questions sur leurs œuvres (mes débuts de médiatrice, mais je ne le savais pas encore !). Par ailleurs, passant plus de temps à la bibliothèque, le nez dans les bouquins, qu’en atelier, j’ai décidé de me diriger vers des études d’Histoire de l’Art. Ma licence en poche, à l’Université Toulouse Jean-Jaurès, j’ai eu envie de me professionnaliser, de découvrir un métier. Passionnée par le monde des musées, je suis alors rentrée à l’École du Louvre à Paris. Pour faire court, j’ai validé ma 3ème année de 1er cycle (spécialité Art contemporain), mon Master 1 en Muséologie (Mémoire en sociologie des Publics – recherche sur le fonctionnement intellectuel des publics adultes face à l’art contemporain) et mon Master 2 pro en Médiation culturelle (Mémoire autour des jeunes publics 6-12 ans). Ma formation universitaire et les enseignements proposés à l’École du Louvre se sont avérés extrêmement complémentaires. Mes choix professionnels se sont façonnés aussi grâce à des rencontres essentielles tout au long de mes études - je pense notamment à Colette Dufresne-Tassé, Marie Clarté O’Neill ou encore Claire Merleau-Ponty.


J’ai été recrutée au FRAC Ile-de-France en tant que Coordinatrice du Service des Publics. Après 7 ans dans cette structure, j’ai fait le choix de revenir dans le Sud-Ouest et ma vie personnelle a alors croisé ma vie professionnelle : je suis devenue maman et l’aventure LABO a commencé…



- Dès le début de votre aventure, vous avez proposé des ateliers aux tout petits (1-6 ans), un pari audacieux ! Pour quelles raisons ce public vous intéresse-t-il particulièrement ?


Depuis plusieurs années, en tant que médiatrice, je me demandais pourquoi nous avions si peu d’offres artistiques et culturelles pour les 1-5 ans dans les institutions. Les tout-petits semblent être un public méconnu et qui m’intriguais. D’ailleurs, lorsque je suis devenue maman, je cherchais des activités artistiques à faire avec mon fils dès son plus jeune âge : cela s’est avéré difficile puisque beaucoup d’ateliers sont proposés à partir de 6 ans dans les musées.

Atelier « Cézanne, Ma Montagne Sainte Victoire »

LABO c’est un « laboratoire de création, de jeu et d’expérimentation pour les tout-petits » mais c’est aussi, pour moi en tant que médiatrice, un « laboratoire d’observation de ces publics ». J’ai d’ailleurs testé mes premiers ateliers avec mon fils et ma nièce du même âge. En effet, je ne pense pas qu’il faille attendre que les enfants maîtrisent la « pince fine » pour les initier à la création artistique : les tout-petits ont une relation très instinctive à l’art, ce sont des artistes absolument fascinants. Ils se nourrissent constamment de nouvelles expériences et n’ont que faire du regard des autres.


Par ailleurs, tous les ateliers sont en duo parent-enfant, un éveil artistique et culturel en famille. Durant les ateliers, ce qui est magique c’est qu’il y a beaucoup de jeunes parents qui se rencontrent, qui échangent, discutent, passent un moment convivial avec leur enfant et les autres participants. Durant les ateliers, j’en profite également pour raconter quelques anecdotes pour les plus grands ou je leur parle d’expositions, de musées etc. Les ateliers sont en réalité pour tous les âges. L’idée étant de faire le premier pas vers ces publics et de les amener à fréquenter les musées et par extension d’amener les musées à accueillir ces publics.



- Comment se déroule un atelier LABO exactement ?


Un atelier LABO dure environ 45 minutes / 1 heure et s’organise autour de trois temps forts :

  • Des livres

  • Des projections d’œuvres (avec mon mini-vidéoprojecteur portable)

  • Un atelier d’arts plastiques

J’imagine chaque atelier avec différentes étapes de création, les tout-petits ayant un « effet zapping » important. Je commence les ateliers par une histoire ou par l’observation de livres, d’œuvres, puis je donne quelques pistes de création et les laisse évoluer à leur rythme, en fonction de leurs envies. Il n’y a aucun prérequis nécessaire et aucune recherche de « résultats » : l’idée est d’expérimenter et de créer tous ensemble.

Temps de lecture, Atelier « Voyage au cœur de la Préhistoire »

Les ateliers LABO sont à destination de toutes les structures qui accueillent des enfants. Il y a des ateliers pour les groupes (crèche, MAM, association, périscolaire, scolaire…) et pour les individuels en famille, Les petits rendez-vous. Plusieurs formules sont proposées : La Patrouille du Temps (ateliers d’Histoire de l’Art de la Préhistoire à nos jours), Voyage croisé (ateliers thématiques), Les Ateliers du bout du monde (Histoire de l’Art extra-occidentale).



- Vous avez choisi le statut associatif, un choix concordant avec les valeurs que vous souhaitez développer et transmettre avec LABO. Pourriez-vous nous les partager ?


Mon expérience dans un Frac m’a guidée vers le statut associatif. Je souhaitais développer un projet accessible à tous les publics, que ce soit d’un point de vue tarifaire mais aussi géographique. C’est pour cela que j’ai choisi l’itinérance, l’idée étant de partir à la rencontre des publics. Je travaille beaucoup avec d’autres associations ou des municipalités et le statut associatif permet justement de faire partie de ce maillage territorial. Par ailleurs, j’ai à cœur de développer ce projet en proposant à des médiateurs.trices de m’accompagner dans cette aventure : l’association grandit petit à petit et j’espère qu’elle sera levier de création d’emploi.

Atelier "Egypte antique"

- En tant que médiatrice indépendante, comment avez-vous mis en place ce projet concrètement ?


Lorsque j’ai décidé de lancer ce projet, je me suis posée mille questions. Je n’étais absolument pas formée à la création d’entreprise. Par chance, un ami m’a fait découvrir l’Adie, une association qui finance, conseille et accompagne les entrepreneurs dans la création et le développement de leur activité. J’ai suivi une formation gratuite à leurs côtés. Cette formation est assurée par des bénévoles à la retraite (commerce, marketing, droit, administration etc). L’ambiance est excellente : les groupes sont composés de personnes qui viennent de domaines très différents, c’est donc extrêmement enrichissant.

Atelier « Munari, je crée mon mini-livre »

Par ailleurs, je n’avais pas de financement pour démarrer l’aventure. L’Adie m’a accordé un micro crédit qui m’a permis d’acheter le nécessaire pour commencer les ateliers. Puis, en suivant les conseils de l’association, j’ai mis en place une collecte participative sur J’adopte un projet, la 1ère plateforme de financement participatif local et solidaire en Nouvelle-Aquitaine. L’ADIE est toujours à mes côtés aujourd’hui (accompagnement durant la crise sanitaire, développement de LABO).


Atelier « Voyage au cœur de la Préhistoire »

En parallèle, j’ai commencé à prospecter sur le terrain : cette étape est fondamentale. Je suis allée à la rencontre des structures, dont certaines sont aujourd’hui des partenaires historiques (Les crèches du groupe We Love Little, Le Kfé des Familles, La Librairie des Chartrons). Nous partagions les mêmes questionnements autour de la petite enfance, notamment. Je me suis aperçue qu’il y avait une réelle volonté commune de développer des actions artistiques et culturelles à destination des très jeunes publics et de leurs familles. Durant ces derniers mois, les partenaires LABO ont été /sont toujours à mes côtés (on déprogramme, on reprogramme, on se soutient) et je les en remercie.



- Comment imaginez-vous le développement de votre association dans les années à venir?


Lorsque le projet a débuté, je n’avais pas suffisamment de fonds pour investir dans la communication. Par exemple, je me suis aperçue que le moindre post sur les réseaux sociaux dans la presse spécialisée était extrêmement cher ! Du coup, j’ai fait grandir l’association petit à petit, par le bouche à oreille, la gestion des réseaux sociaux en interne et la fidélisation des publics. Aujourd’hui, de nouveaux partenaires me contactent sans les avoir sollicités au préalable, c’est très enthousiasmant.


Par ailleurs, comme je le soulignais au début de l’interview, je souhaiterais faire « entrer » les très jeunes publics et leurs familles dans les musées avec des offres qui soit proposées spécifiquement pour la petite enfance.

Atelier "Art africain, je créé mon masque Fang"

De plus, mon rêve serait de m’entourer de médiateurs.trices, d’être moteur de création d’emploi et de partager cette aventure sur le long cours. Je souhaiterais également trouver un local associatif pour m’installer tout en continuant bien sur le hors les murs qui fait partie du cœur du projet.

Enfin, je travaille actuellement sur des propositions pour des médiateurs.trices indépendants.es qui souhaiteraient faire des ateliers LABO sur le territoire national (packs « ateliers/formation/accompagnement »). To be continued…


« Chapeau » Pauline, pour cette incroyable énergie déployée à faire naître ces beaux projets et merci encore d’avoir répondu à nos questions !


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