• Anne-Sophie M.

Karacal – Une start-up de l’audio au service du patrimoine et de la culture

Connaissez-vous Karacal, « l'application qui géolocalise les histoires des lieux et des gens qui nous entourent » ? Cette plateforme participative révèle notre quotidien autrement : sous forme de bulles sonores enregistrées par des personnes inspirées à partager leurs connaissances des lieux que nous traversons. Acteurs.trices du patrimoine, de la culture mais aussi entreprises, artisans ou passionné.es autodidactes, ils.elles sont tous.tes valorisé.es sur les réseaux sociaux de Karacal, qui développe un contact personnalisé avec chacun.e d’entre eux.elles.

Loin d’être un simple audioguide 2.0, cette application mobile nous permet tout autant de découvrir l’histoire d’une pâtisserie locale, une anecdote sur la création d’un musée ou encore une chronique sur la vie d’un sportif olympique habitant dans la rue… Karacal propose ainsi une approche inédite de la culture au sens sociétal du terme, favorisant la proximité, la convivialité et l’échange. Une expérience immersive au fonctionnement très intuitif.


L’idée ingénieuse de mettre en contact des contributeurs.trices avec des auditeurs.trices revient aux deux co-fondatrices Charlotte Durand et Hanna Feyler, qui se sont rencontrées fin 2018 chez l’incubateur Redstart. Ces deux jeunes entrepreneuses ont su mettre leur dynamisme et leur motivation au service de la création d’une start-up résolument innovante.


Mon cher Watson a eu le plaisir de rencontrer Hanna Feyler, directrice des opérations, dont la plus grande passion est « de faire du lien ». Une personnalité déterminée et inspirante !



- Bonjour Hanna, pourriez-vous nous raconter votre parcours et vos motivations à vous lancer dans la co-création de l’application Karacal ?


Bonjour Mon Cher Watson ! et merci de prendre le temps de parler de Karacal à vos lecteurs.trices.

J’ai co-fondé Karacal avec Charlotte Durand, mon associée. Nous nous sommes rencontrées dans le cadre professionnel : elle travaillait pour l’incubateur Redstart où nous sommes incubées aujourd’hui. Fin 2018, j’ai répondu à une offre qu’ils avaient mise en ligne et qui recherchait un “porteur pour un projet autour de la médiation culturelle”. A cette époque je quittais le marché de l’art, dans lequel je travaillais depuis 5 ans, pour me diriger davantage vers le patrimoine culturel. Cette offre m’a interpellée mais je n’y croyais pas trop en candidatant, n’ayant jamais entendu quelqu'un dire “j’ai candidaté pour devenir cheffe d’entreprise - j’ai le poste !”. Cela ne s’est pas tout à fait passé comme ça mais presque. J’ai assisté à une puis plusieurs réunions de travail, j’ai apprécié travailler avec Charlotte et puis j’ai fini par lui dire “au vu du temps qu’on passe toutes les deux sur ce projet, on devrait prendre les rênes et s’associer”. Elle m’a avoué bien plus tard que, si je ne lui avais jamais demandé, elle ne l’aurait jamais fait. On aurait pu attendre longtemps… ! J’ai toujours souhaité créer une structure que je pourrais faire évoluer selon mes convictions : un management humain, des valeurs fortes, un but qui a du sens. C’était l’occasion rêvée.

Charlotte Durand et Hanna Feyler, fondatrices de Karacal
Charlotte Durand et Hanna Feyler, fondatrices de Karacal


- Quel est le concept de l’application Karacal et comment fonctionne-t-elle ?


Karacal est une application mobile centrée sur une carte. Cette carte propose des bulles sonores (un audio inférieur à 10 minutes) qui apportent à l’auditeur.trice un contenu sur le lieu où il.elle se trouve : une anecdote, un témoignage, une information, une histoire. Cette application est participative car nous pensons sincèrement que chaque lieu et chaque personne peuvent avoir une histoire à raconter. Karacal est un outil qui permet de trouver ces histoires, de les écouter (où que l’on soit) mais aussi de les publier. Nous avons créé une interface web pour permettre à ceux qui le souhaitent de mettre en ligne leur contenu audio en autonomie. Karacal veut créer du lien entre les lieux, les gens et permettre à chacun.e de se réapproprier son quotidien à une époque où nous connaissons mieux le fonctionnement des élections américaines que le savoir-faire de notre boulanger ou que les missions de l’association du coin de la rue.

Bulles sonores géolocalisées sur l’application Karacal
Bulles sonores géolocalisées sur l’application Karacal


- Pour développer cette application dans les meilleures conditions, vous avez co-fondé une start-up qui porte des valeurs fortes, notamment du point de vue managérial. Pourriez-vous nous partager votre mode de fonctionnement plus en détails ?


Karacal a été créée le 24 décembre 2019 soit plus d’un an après notre rencontre avec Charlotte. Nous avons souhaité prendre le temps de réfléchir à ce que nous voulions comme entreprise et il n’est pas uniquement question ici de produit, de clients et de vente. J’ai toujours voulu monter mon entreprise et ma motivation principale est celle de faire bouger les choses, de ne pas créer une entreprise qui existe déjà mais de créer celle dans laquelle les gens auront envie de travailler demain. Cette idée s’accompagne de principes : offrir un cadre de travail sain, respecter le rythme des collaborateurs, instaurer la confiance, l’autonomie et proposer des missions qui ont un sens. La localisation des collaborateurs.trices (au bureau, en remote, à l’autre bout du monde) n’est pas un souci mais une force et nous faisons le choix d’être accompagnées sur ces questions par un consultant RH (Guillaume Breton). Aujourd’hui, notre équipe opérationnelle regroupe 8 personnes. Nous essayons de valoriser leurs compétences pour leur permettre d’être référents sur au moins un sujet, encourager leur autonomie et les responsabiliser. Trois d’entre eux sont en alternance et nous les accompagnons dans leur développement professionnel.

L’équipe de Karacal
L’équipe de Karacal


- La création d’une start-up implique parfois son lot d'embûches, vous en avez fait l’expérience. Quels ont été les moments les plus délicats et comment avez-vous réussi à les dépasser ?


Le principal défi c’était (et c’est toujours) le financement. Contribuer financièrement à lancer son entreprise ce n’est pas juste mettre de l’argent au capital (et même là, nous avions toutes deux peu de ressources), c’est aussi pouvoir vivre sans salaire quelque temps, celui nécessaire à l’entreprise pour débuter. Les choix que nous faisons doivent permettre à Karacal d’avancer et de croître en permanence. Lorsque nous avons lancé le développement de l’application, par exemple, nous avons cherché un partenaire qui accepte de ne pas être payé comptant. Nous avons eu recours à Royalti, une entreprise incubée chez Redstart et qui propose de payer une partie d’une facture en prélevant un pourcentage défini sur chiffre d'affaire. Négocier ce type de paiement est complexe et Charlotte a trouvé un partenaire, Colibrity, qui a accepté de se lancer avec nous dans ces conditions.

Séance de travail, incubateur Redstart
Séance de travail, incubateur Redstart

Les défis sont aussi humains : trouver des profils qui correspondent à notre manière d’envisager les choses et parvenir à “déconstruire” les idées reçues sur le management, sur l’entreprise. C’est trouver et convaincre des gens de créer des contenus sur une application qui n’existe pas encore, c’est se positionner franchement et tenir ses positions, lutter contre les étiquettes que l’on peut nous attribuer. Par exemple, le raccourci classique des “deux copines historiennes qui lancent une boîte culturelle”, cela ne nous correspond pas du tout. Nous n’étions pas amies mais professionnelles, Karacal traite de sujets culturels mais surtout de sujets sociétaux : la reconnexion avec le local, avec ce qui nous entoure. Déconstruire ces idées dans notre manière de présenter, parler, transmettre Karacal a été un défi dès le début.



- De quelle façon le business model de Karacal est-il construit ?


Actuellement, Karacal n’est pas rentable. Notre modèle économique est celui d’une start-up au sens strict du terme : tout faire pour engendrer une croissance ultra-rapide qui nécessite un investissement extérieur et qui justifie pour cela d’une croissance économique prévisible et conséquente. Aujourd’hui, nous dégageons très peu de chiffre d’affaire et avons eu recours à des financements publics, ainsi qu’à un Business Angel. Nous avons aussi choisi de faire entrer au capital notre chef technique, Wassim Amri. C’est un véritable atout pour Karacal : il est compétent en développement web et mobile, a pu prendre en charge une partie du développement nécessaire à la croissance sans que cela nécessite une sortie de trésorerie et permet à l’entreprise d’avoir aujourd’hui une compétence clef en interne. C’est rassurant pour tout le monde, Charlotte, moi et les futurs investisseurs ! Notre modèle économique repose sur la vente de notifications (à venir). Ces notifications permettent aux contributeurs de mettre en avant leur contenu en alertant les auditeurs qui passent à proximité via des notifications. Nous avons testé et analysé le marché : il y a un intérêt pour cette offre mais aussi un besoin d’aide dans la création de contenu car tout le monde n’a pas une bulle audio prête à publier. Nous proposons entre autre des formations (éligibles CPF). Nous sommes en train de construire l’offre « Notifications » sur mesure avec nos premiers clients. Il est encore temps pour ceux qui le souhaitent de participer et nous proposons une pré-commande à tarif négocié (100€/1000 crédits de notifications). Le paiement ne se fera que lorsque les notifications seront opérationnelles et si le client souhaite utiliser ses crédits.

 Les bulles sonores peuvent être écoutées où que nous soyons.
Les bulles sonores peuvent être écoutées où que nous soyons.


- Comment imaginez-vous le développement de votre start-up et de l’application dans les années à venir ?

Karacal favorise la découverte et l’échange.
Karacal favorise la découverte et l’échange.

Le rêve de Karacal c’est que vous puissiez trouvez une bulle sonore qui vous apporte quelque chose sur le lieu où vous êtes, où que vous soyez et qu’importe votre langue. Ces bulles vous apporteront le lien dont on manque aujourd’hui, anonymes que nous sommes dans des villes immenses ou dans des cercles sociaux très (trop) larges. Nous souhaitons que les bulles soient variées : écologie, société, architecture, street-art, histoire… car les thématiques et les formats (interview, fiction, jeu, récit, …) ne manquent pas ! L’audio prend une place de plus importante sur internet et les réseaux aujourd’hui : il permet un sentiment de proximité et de vérité, il possède un pouvoir d’évocation très fort, il libère les yeux et les mains et permet de faire autre chose en même temps : regarder, se promener, … ou le ménage !


Et derrière ces audios, sur Karacal, il y aura une communauté immense d’auditeurs.trices et de contributeurs.trices, tous.tes différents.es mais passionnants.es que nous espérons sincèrement voir grandir. Pour que ce rêve devienne réalité, nous avons besoin d’être soutenus pour faire grossir la Communauté en France et la meilleure manière de le faire c’est de téléchargez l’application dès maintenant, en parler autour de vous et ne pas hésiter à nous faire vos retours. Merci !



Nous remercions chaleureusement Hanna de nous avoir présenté plus en détail l’application et de nous avoir partagé les « coulisses » de la start-up Karacal. Nous vous souhaitons un avenir radieux !

Pour aller plus loin, vous souhaitez :


(Re)lire les interviews "entrepreneuriat culturel", "médiation culturelle" et "culture et territoires".


Lire l'enquête précédente "LABO (L’Atelier BOrdelais) – Découvertes artistiques et culturelles dès 1 an"

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