• Aurélie R.

JEP2020 #4 : se former aux métiers de conservateurs et restaurateurs à l'Inp

Pour le dernier épisode de notre série sur les Journées du Patrimoine 2020, nous avons décidé de faire un focus sur les métiers de conservateur et restaurateur du patrimoine.

Deux métiers essentiels à la protection, la restauration, l’entretien, la sauvegarde et la diffusion des œuvres d’art et des objets du patrimoine quelque soit leur nature. Deux métiers qui fascinent pour leur environnement de travail, leur technicité, leur proximité avec le patrimoine mais aussi pour leurs mystères.

Et pour se raccrocher au thème des JEP 2020, “Patrimoine & éducation”, nous avons décidé de parler de la formation à ces métiers. En France, la formation à ces métiers passe presque obligatoirement par l’Institut national du Patrimoine (Inp).


L’Inp en chiffres :

>> 2 départements pédagogiques : restauration et conservation

>> 5 spécialités pour les conservateurs : archéologie, archives, monuments historiques et inventaire, musées, patrimoine scientifique technique et naturel

>> 7 spécialités pour les restaurateurs : arts du feu (métal, céramique, verre, émail), arts graphiques et livre, arts textiles, mobilier, peinture, photographie et image numérique, sculpture

>> 20 restaurateurs diplômés

>> 20 chantiers-école et des collections organisés en France et à l’étranger

>> 40 séminaires de recherche, conférences, colloques, journées d’études

>> 50 conservateurs diplômés

>> 75 sessions de formation continue pour les professionnels de la culture

>> 700 intervenants en charge des cours et formations


Cette école prestigieuse fête aujourd’hui ses 30 ans ! Une occasion supplémentaire de donner la parole à Charles Personnaz, son directeur.

Quelles sont les caractéristiques de ces métiers ? Comment sont-ils formés ? Les métiers, et la formation, ont-ils évolués en 30 ans ?



- Bonjour Charles, pouvez-vous nous présenter votre rôle au sein de l’Inp ainsi que l’INP ?


Depuis avril 2019, je suis directeur de l’Institut national du patrimoine. J’ai été nommé à ce poste après un parcours professionnel et personnel où le patrimoine et l’histoire occupent une large place.


L'Institut national du patrimoine est l’établissement d'enseignement supérieur du ministère de la Culture spécialisé dans la formation des professionnels du patrimoine. Originalité en Europe, il regroupe la formation à deux métiers complémentaires, celui de conservateur du patrimoine et celui de restaurateur du patrimoine. Ils sont répartis sur deux site à Paris et Aubervilliers.

Chaque année, environ 50 élèves conservateurs et 20 élèves restaurateurs sont recrutés grâce à deux concours de recrutement. En plus de la formation initiale, l’Inp propose également un catalogue de formation continue pour tous les professionnels déjà en poste : près de 75 sessions et stages organisés partout en France rassemblent près de 1 200 participants par an.




- Vous formez les futurs professionnels de la conservation et de la restauration du patrimoine. Quelles sont les principales caractéristiques de ces métiers ?


Sur le terrain, conservateurs et restaurateurs sont amenés à travailler main dans la main, mais chacun a sa spécialité.


Le métier de conservateur allie expertise scientifique et responsabilités administratives au service de la préservation et de la transmission du patrimoine. Après leurs études, les conservateurs peuvent accéder à des fonctions de gestion des collections d’œuvres et objets du patrimoine mais également à des fonctions de direction des administrations et établissements culturels, principalement au sein de la fonction publique. Il se décline en cinq spécialités : archéologie, archives, monuments historiques et inventaire, musées, patrimoine scientifique technique et naturel.


>> Aller plus loin : lire l’interview de Juliette Trey, conservatrice au musée du Louvre


En revanche, les restaurateurs sont formés à intervenir directement sur les objets patrimoniaux et œuvres d’art. Il s’agit de garantir leur intégrité pour les transmettre aux générations futures dans les meilleurs conditions. Ils agissent lorsque la matière est menacée et que le vieillissement, les accidents, les remaniements ont fragilisé les œuvres, perverti ou masqué leur image. La plupart d’entre eux exercent leurs fonctions dans le secteur privé. Certains d'entre eux intègrent un laboratoire ou une institution patrimoniale. C’est un métier d’expert qui mobilise des connaissances et aptitudes très variées : sensibilité artistique, culture historique, connaissance de la chimie, des matériaux et des techniques anciennes. Il demande avant tout un respect des œuvres et une déontologie sans faille.


>> Aller plus loin : lire nos interviews sur le thème “conservation-restauration


- On le sait moins, mais l’Inp est également très investi dans des projets de développement à l’international. Pouvez-vous nous en dire plus ?


Dès sa création, l’Institut national du patrimoine a eu la mission de diffuser à l’étranger les compétences françaises dans la préservation et la transmission du patrimoine. En participant au développement de coopérations internationales ou bien en s’associant avec des partenaires universitaires locaux, nous avons défini des zones prioritaires pour le développement de notre stratégie internationale - Chine, Proche et Moyen-Orient, Afrique de l’Ouest et Ethiopie, Europe - ainsi que des modes d’action privilégiés : recherche de partenariats de long terme. Membre de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), nous faisons également parti du réseau ENCoRE - European Network for Conservation-Restoration Education - qui valorise la spécificité de notre enseignement à l’échelle européenne. Enfin, l’Inp s’implique dans des projets comme H2020, Erasmus ou encore Europe Créative, en coopérant avec de nombreux partenaires en Europe.


De nombreux échanges internationaux rythment la scolarité des étudiants de l’Inp. Chaque année des stagiaires étrangers sont accueillis au sein de nos deux départements pédagogiques. A l’inverse, nos élèves conservateurs et restaurateurs en formation suivent des stages dans des institutions à l’étranger : 3 mois pour les premiers, 6 mois pour les seconds. Des chantiers-école sont également organisés à l’international, pour exemple : en Chine, au temple Ming de Gongshutang, dans la province du Shaanxi, pour des élèves restauratrices en spécialité peinture, ou bien au Liban, au Centre de recherche et de restauration des manuscrits orientaux Beit Gazo, pour des élèves en spécialité arts graphiques et livre.


Claire Cuyabère restauratrice du patrimoine, diplômée de l'Inp, au Liban


- L’Inp est engagé dans des missions de recherches. Avez-vous des exemples concrets à nous proposer ?


L’Inp participe au mouvement d’ensemble de la recherche relative au patrimoine qui a connu depuis plus de vingt ans en France d’importants développements. D’une part les sciences du patrimoine, tournées vers l’étude de la matérialité des collections, ont bénéficié de nouveaux équipements et se sont structurées institutionnellement, notamment autour de la Fondation des Sciences du patrimoine, dont l’Inp est membre. D’autre part, le patrimoine est devenu un objet de recherche reconnu et approfondi de multiples manières par les juristes, économistes, historiens, sociologues ou anthropologues, acclimatant dans notre pays les heritage studies anglo-saxonnes.


Des bourses de recherche à l’étranger sont attribuées chaque année par la Fondation Carnot à destination des anciens élèves de l’Inp qui déposent un projet à l’étranger.

Depuis 2017, l’Institut est membre de l’École universitaire de recherche « Humanités, création et patrimoine », qui associe autour de l’Université de Cergy Pontoise quatre écoles supérieures et la Fondation des sciences du patrimoine. Cette École universitaire de recherche permet aux restaurateurs et aux cadres scientifiques du secteur patrimonial de mener à bien en trois ou quatre ans un doctorat par le projet en « études patrimoniales » ou en « conservation- restauration » du patrimoine culturel ». Un projet professionnel original forme le socle de ce parcours doctoral. L’objectif de ce diplôme est d’intégrer la pratique de la restauration ou de la conservation au processus de recherche. Il se veut très pratique et opérationnel.


Visite de Notre-Dame de Paris par les élèves conservateurs de l'Inp

Nous avons une programmation de conférences et séminaires, à l’attention des professionnels mais aussi du grand public très large pour valoriser l’avancée de nos recherches et connaissances sur la conservation et la restauration du patrimoine.


>> Voir la programmation de l’Inp


- Cette année l’Inp a 30 ans ! Les métiers de la conservation du patrimoine et la formation ont-ils évolué depuis la création de l’école ?



Effectivement, l’Inp a été créé en 1990 à la suite d’un mouvement de réflexion et de recherche autour de la notion de patrimoine dans le secteur culturel français des années 1980. Il a structuré la formation des ces deux métiers emblématiques.


Nous ne nous sommes pas reposés sur nos lauriers, et le parcours des élèves conservateurs a beaucoup évolué au cours de ces trente années, tout en conservant ses grandes tendances : alternances de cours théoriques et de stages pratique, valorisation des projets en groupes, stages à l’étranger...

La formation des futurs conservateurs s’articule autour d’un socle commun : expertise scientifiques, capacités d’animation et de gestion des établissements culturels, le programme des enseignements. A cela s’ajoutent des cours autour des spécialités de chacun : archéologie, archives, musées, monuments historiques, patrimoine scientifique technique et naturel. Depuis 2016, nous avons intégré à cette formation “classique” des enseignements sur le management, la communication et la déontologie du service public. L’enseignement est prodigué par de nombreux professionnels des métiers de la culture, hauts fonctionnaires et enseignants-chercheurs. Nous avons créé des passerelles avec des filières d’enseignements proches (architectes, restaurateurs, régisseurs, conservateurs des bibliothèques) afin d’élargir l’horizon de nos étudiants. Cela est rendu possible grâce au partenariat qui nous lie avec l’Institut national des études territoriales (INET) pour la formation des conservateurs territoriaux du patrimoine.

Avec les années, nous avons aussi renforcé la place de la recherche grâce à une journée d’étude hebdomadaire, des ateliers de recherche collectifs, l’organisation de journées d’études. Nous encourageons nos étudiants à publier leurs travaux de recherche. Pour nous, la culture commune au métier de conservateur du patrimoine aujourd’hui se caractérise par : suivre les étapes de la chaîne patrimoniale, de la collecte à la valorisation en passant par la conservation matérielle et la restauration.


La formation des restaurateurs du patrimoine s’est également adaptée en permanence aux évolutions des pratiques et changements du domaine de la restauration des œuvres d’art.

Comme pour les conservateurs, les élèves restaurateurs reçoivent des enseignements mêlant théorie et pratique, avec des stages en France comme à l’étranger. Ils sont ainsi préparés à l’exercice d’un métier complexe mêlant savoir-faire manuel, connaissances en physique et chimie, histoire de l’art et déontologie de l’intervention sur des objets du patrimoine. Les cours se déroulent à la manufacture des allumettes d’Aubervilliers depuis 2015. Ces équipement mettent à la disposition des étudiants des structures adaptées à l’apprentissage de ce métier : activités pédagogiques et de recherche dans les spécialités peinture, sculpture, arts graphiques et livre, arts textiles, mobilier, photographie et image numérique. Ils ont également accès à un laboratoire de recherche et une bibliothèque.

Suite à la réforme de l’enseignement supérieur (LMD), nous avons ajouté en 2005 une année d’étude à la scolarité des élèves restaurateurs pour leur conférer le grade de master (bac+5) avec l’obtention du diplôme de restaurateur du patrimoine. La même année l’établissement intégrait le programme Erasmus afin de faire bénéficier aux étudiants de l’ouverture internationale.

L’évolution de la formation initiale prend aujourd’hui en compte toute les spécificités des interventions sur les monuments historiques. Elle forme les futurs professionnels à l’ensemble des tâches quotidiennes de gestion auxquels ils seront confrontés dans leur vie. Alliant international et pratique, nous avons également fait le choix de renforcer l’importance des chantiers-école organisés en France et à l’étranger (en Inde, en Chine ou au Liban) durant la scolarité de nos élèves. La pédagogie de ces chantiers-école a d’ailleurs été récompensée par le prix Europa Nostra en 2018. Nous en sommes très fiers.


Formation restauration spécialité mobilier


Merci Charles d'avoir accepté de répondre à nos questions pour nous présenter ces 2 métiers du patrimoine.


Merci également à Marie-Christine Vigutto, chargée de communication à l'Inp, pour son aide dans la réalisation de cette enquête de Watson.

Nous tenons également à remercier Guillaume Dinkel, Jutta Nachbauer, Léa Bianchi, l'agence Façon de Penser et toutes les équipes du Ministère de la Culture en charge des JEP pour leur confiance pour la réalisation de ce partenariat.


Le programme complet des JEP 2020, pour trouver la visite, l'activité la plus proche de chez vous est accessible ici !


De nombreuses festivités sont organisées tout au long de l'année 2020 pour fêter les 30 de l'Institut national du Patrimoine, suivez l'Inp sur les réseaux sociaux pour être au courant !


Plus d'informations sur l'Institut national du patrimoine, ses formations, les concours d'entrée, les programmes de recherche :



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