• Aurélie R.

JEP2020 #1 Comment s'organisent les Journées Européennes du Patrimoine en Guadeloupe ?

C’est la rentrée ! Et Mon cher Watson est très fier de vous parler d’un projet qu’il prépare en cachette depuis déjà quelques mois. Cette année, nous avons décidé de vous parler en détail des Journées du Patrimoine en partenariat avec le Ministère de la Culture ! Nous les remercions particulièrement pour leur confiance.

Une série de 4 enquêtes de Watson sera publiée jusqu'aux Journées Européennes du Patrimoine. Vous pouvez toutes les retrouvées ici ! Bonne lecture.



Rendez-vous incontournable de la rentrée des amoureux du patrimoine, les Journées Européennes du Patrimoine (JEP pour les intimes) ont été créées en 1984 par le Ministère de la Culture français et se déclinent dans plus de 50 pays européens depuis les années 1990. Pendant 2 jours, tous les acteurs du patrimoine - propriétaires publics et privés de monuments historiques, membres d’associations de protection et de valorisation du patrimoine, conservateurs du patrimoine, restaurateurs de biens et d’objets patrimoniaux, guides-conférenciers, architectes en chef des monuments historiques… - ouvrent les portes de monuments, sites, musées… Chaque année, plus de 12 millions d’amateurs du patrimoine participent à ces journées.


Voir le bilan des JEP 2019

Cette année, les JEP se dérouleront les 19 et 20 septembre 2020 sur le thème “Patrimoine et Éducation : apprendre pour la vie”. Ce thème, particulièrement fédérateur en cette année marquée par l’épidémie de coronavirus, souligne le rôle de l’éducation dans la compréhension, et donc la sauvegarde, du patrimoine mais aussi le rôle du patrimoine dans l’éducation.

Mon cher Watson ne pouvait pas être insensible à ce thème qui résonne avec nos valeurs de transmission et de valorisation.


Pour bien cerner tous les enjeux de cette 37ème édition des Journées Européennes du Patrimoine, nous avons décidé d’interroger les acteurs au plus proche du terrain. Dans une série de 4 articles, nous allons donc découvrir les différentes facettes d’un événement d’une telle envergure.

On commence cette semaine avec Patricia Sartena, chargée de communication et correspondante tourisme à la Direction des Affaires Culturelles (DAC) de Guadeloupe. Responsable de la mise en place des JEP sur place, elle nous emmène au plus proche des problématiques des acteurs du patrimoine de ce département d’Outre-mer.



- Bonjour Patricia, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?


J’ai commencé ma carrière à Paris, en 1983 au cabinet du ministre de la culture Jack Lang. Je travaillais au bureau des décorations honorifiques. J’ai ensuite été affectée à la direction du développement culturel, où je me suis occupée des cultures émigrées et régionales, mais aussi de la culture scientifique technique et industrielle, les premières opérations dans ce domaine pour le Ministère de la Culture.

J’ai rejoint la DRAC d’Aix en Provence au service de la création, je m’occupais du milieu scolaire, de la petite enfance, du milieu carcéral et du milieu hospitalier. J’ai participé à des opérations tout à fait exceptionnelles, notamment des actions de réinsertion réussie en milieu carcéral, mais aussi tout un travail de réflexion dans les crèches pour l’initiation à l’éducation musicale avec la création d’instruments de musique adaptés.

Après quelques années au service des arts plastiques, j’ai été affectée comme responsable régionale de formation. Ma mission principale était de créer un réseau de formateurs internes interministériels avec la préfecture.


Enfin, à 50 ans en faisant le bilan de ma vie, j’ai eu envie de réaliser un rêve et de partir dans les DOM. J’occupe désormais les fonctions de chargée de communication et de développement territorial à la Direction des Affaires Culturelles, en Guadeloupe depuis 10 ans.



- Quelles sont les missions principales de la Direction des Affaires Culturelles de Guadeloupe et quel est votre rôle en temps que chargée de communication ?


Nous sommes un service déconcentré de l’Etat, ce qui signifie que l’on décline les missions du Ministère de la Culture en région, que ce soit au niveau législatif ou au niveau des tendances politiques et stratégiques au plus près des citoyens. Nous sommes actifs sur beaucoup de domaines : patrimoine, spectacle vivant, musique, danse, marionnettes, cirque, cinéma, audiovisuel, musées, archives, archéologie, Monuments Historiques, art sous toutes les formes... Nous accompagnons, conseillons, subventionnons, les collectivités et les associations mais aussi les artistes en Guadeloupe.

Nous faisons également le lien entre l’Etat, c’est-à-dire le Ministère de la Culture, et les élus locaux. C’est un véritable enjeu en Guadeloupe.


En temps que chargée de communication, je partage mon temps entre la promotion des opérations nationales du Ministère de la Culture - Journées du Patrimoine, Rendez-vous aux Jardins, Nuit des Musées, Journées de l’architecture… - la mise à jour du site Internet de la DAC, l’animation des réseaux sociaux, les venues d'officiels, les conférences de presse, la réalisation de livrets d’artistes, la rédaction de dossiers types Assises d’Outre-Mer...

Je suis l’interlocutrice privilégiée du cabinet du préfet, des différents chefs de service de la DAC et de la presse.


Les missions de la DAC Guadeloupe sont identiques à celles des DRAC de Métropole. La principale caractéristique du territoire est l’impact climatique : cyclones, tremblements de terre, volcans... Les Monuments Historiques se détruisent bien plus vite ici à cause des intempéries et du sel marin. La sauvegarde du patrimoine est aussi extrêmement liée aux enjeux économiques, notamment le développement du tourisme. Il y a la nécessité de faire de la pédagogie sur l’importance de la sauvegarde du Patrimoine - au sens large - sur le territoire.


Le spectre de l’esclavagisme, la paupérisation de certaines zones, le fait que l’Internet ne passe pas toujours… Tout cela sont des éléments qu’il faut également prendre en compte dans notre travail et particulièrement dans la communication. Par exemple, je privilégie toujours les plaquettes papier pour communiquer sur les différents événements. Le contact humain reste très important ici. C’est tellement enrichissant !


- Le thème des JEP 2020 est “Patrimoine et éducation : apprendre pour la vie”. Que va-t-il se passer en Guadeloupe pour l'occasion ?


C’est un thème parfait pour la Guadeloupe ! Ici, la notion de transmission, d’éducation est fondamentale. “L’Ancien” est une figure très respectée, suivie, écoutée dans la population. La transmission du patrimoine culturel immatériel - recettes de cuisine, coutumes, pratiques artisanales - reste prioritaire mais cette transmission étant essentiellement orale il convenait de savoir comment en garder la mémoire. Nous avons donc lancé une étude sur le sujet afin d'identifier les pratiques et les mémoriser afin de transmettre ces savoir-faire. Nous mettrons aussi ce patrimoine en valeur avec des reportages sur les métiers, les pratiques. Certains reportages sont déjà sur notre site en ligne tels que la fabrication des bateaux saintois, le ka, les jeux d’antan


La transmission, l’éducation des enfants est prioritaire en Guadeloupe. Le thème a donc accroché facilement les structures culturelles. Nous avons pour l'instant 45 participants, 21 communes participantes sur 32, 5 nouveaux sites par rapport à 2019. Les activités sont très variées : visite historique de musée ou Monuments Historiques emblématiques, circuits patrimoniaux, opération “Levez les yeux” pour les enfants avec le Conseil d'Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement, des animations culturelles, de la plongée archéologique sur épave, la visite d’une centrale géothermique ou d’une sablière, des distilleries, le trésor de l'évêché de Basse-Terre, la culture de l’indigo, le centre de la culture indienne, des anciennes habitations coloniales, des sites archéologiques… La thématique a inspiré les acteurs de la culture et du patrimoine : il y en a pour tous les goûts !

J’ai l’impression que cette année l’offre sera plus diversifiée, notamment grâce à l’arrivée de nouveaux porteurs de projets sur le territoire. Cela montre bien l’engouement pour le patrimoine, la culture caribéenne, sa sauvegarde et sa transmission.


D’ailleurs, le public des Journées Européennes du Patrimoine augmente d’années en années, malgré les difficultés. En 2017, nous avions 6 300 visiteurs. En 2019, les sites ouverts pour les JEP ont accueilli 8 000 personnes ! Si on entre encore plus dans le détail de ces chiffres, avant 80% des visiteurs étaient des touristes et des métropolitains. Depuis quelques années, on observe une véritable bascule. Les Antillais sont en train de s'approprier leur territoire et leur histoire. C’est très enthousiasmant !


J’ai également comme mission de faire le lien entre le terrain et les services de l’Etat. Je remonte parfois des incohérences dans la communication autour de l’événement. Par exemple, les affiches qui montrent essentiellement des personnes blanches, des monuments emblématiques de Paris… Ce sont des détails mais c’est difficile pour les Guadeloupéens de s’identifier. Je suis là aussi pour attirer l'attention sur ces détails importants


Fort Fleur d'épée

- Cette année va être marquée également par le spectre de l’épidémie de coronavirus. Quel en est l’impact ?


La grande problématique est l’accueil du public et le respect des consignes sanitaires, particulièrement dans les lieux restreints et en intérieur. De nombreux sites ont dû réfléchir à une programmation essentiellement en extérieur, ce qui nous laisse à la merci de la météo... La préparation de ces Journées a demandé des moyens qu’ils n’ont pas forcément. Je leur ai envoyé le guide édité par la Ministère de la Culture pour les participants aux Journées Européennes du Patrimoine.

Certains endroits étaient vraiment trop petits pour accueillir le public nombreux des JEP. C’est notamment le cas de l’observatoire volcanique qui ne peut accueillir que 10 personnes alors qu'ils reçoivent habituellement plus de 300 personnes dans la journée. Mais finalement, assez peu de sites se sont désistés.


Nous ferons appliquer les normes sanitaires obligatoires - port du masque, gel hydroalcoolique, jauges - pour accueillir le public dans les meilleurs conditions, mais le coronavirus ne devrait pas trop impacter cette édition 2020.


Palais de Justice

- Et pour finir, avez-vous un coup de cœur de visite à conseiller aux lecteurs de Mon cher Watson ?


Je vous conseille particulièrement la villa Zévallos qui se trouve au Moule ! Elle a été retenue cette année parmi les sites emblématiques par la mission pour la sauvegarde du patrimoine conduite par Stéphane Bern. La ferronnerie subit les outrages de la météo, la toiture est à refaire, elle est en grand danger. Connu pour sa maison coloniale dite hantée, le site de Zévallos et ses jardins présentent une histoire remarquable, véritable concentré de l’histoire de la Guadeloupe et des migrations de population. On peut y voir les vestiges de la première usine sucrière centrale de l’île, marqués par une cheminée unique, restaurée récemment grâce à une opération de mécénat, qui relatent l’histoire industrielle de l’archipel.

Nous y ferons le vendredi soir le lancement officiel des JEP en Guadeloupe avec la présence des officiels ainsi que des interventions d’artistes. Le samedi, les propriétaires recevront le chèque du Loto du Patrimoine remis par la Française des Jeux. C’est l’occasion de mettre un joli coup de projecteur sur ce lieu extraordinaire.


La Villa Zévallos est sélectionnée pour l'édition 2020 du Loto du Patrimoine


Merci à Patricia Sartena de nous avoir expliqué les spécificités des JEP 2020 dans les Caraïbes.

On se retrouve la semaine prochaine pour explorer le thème “Patrimoine et Éducation” sous le spectre de l'éducation artistique et culturelle.


Merci également à Guillaume Dinkel, Léa Bianchi et Jutta Nachbauer pour la mise en relation et leur confiance pour ce partenariat entre Mon cher Watson et le Ministère de la Culture, et à François Derudder pour sa relecture.


Pour aller plus loin !


Sur les JEP 2020 :


Sur les JEP en Guadeloupe :


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Lire l'enquête précédente : " Un nouveau parcours d'interprétation pour la tapisserie de l'Apocalypse au Château d'Angers"

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