• Aurélie R.

Allier fiction et vulgarisation scientifique : le pari de Lucca Editions

Comme un goût de rentrée littéraire cette semaine sur Mon cher Watson (avec quelques semaines de retard, on prend notre temps !)

Nous nous sommes penchés sur le secteur de l’édition jeunesse avec les Editions Lucca.


Mais avant, petit retour sur le contexte du secteur !

En 2018 l’édition Jeunesse représentait un total de 347,6 millions d’euros en France, ce qui le plaçait en 3ème position des éditions les plus dynamiques. Près d’un quart des livres imprimés sont des livres destinés à la jeunesse. Des chiffres qui prouvent l’importance du livre dans la vie et l’éducation des jeunes Français. Et ça, Mon cher Watson ne peut qu’aimer !


Retrouvez tous les chiffres de l’édition Jeunesse 2019-2019 dans la synthèse du Syndicat national de l’édition.

Alors quand Nicolas Beck, que nous avions déjà rencontré en 2017, nous a parlé de la sortie de son roman chez Lucca Editions, toute jeune maison spécialisée dans la littérature de vulgarisation scientifique pour les jeunes, nous avons profité de l’occasion pour interroger Sandrine Harbonnier à l’origine de cette aventure éditoriale.



- Bonjour Sandrine, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?


Après un master de littérature de jeunesse spécialisé dans les métiers du livre, j’ai effectué plusieurs stages en maisons d’édition et en librairies avant de monter ma micro-entreprise. Je m’occupais alors de relire, de mettre en pages, voire de retravailler des manuscrits avec les auteurs. En 2017, j’ai décidé de créer ma propre maison d’édition, les Editions Lucca, dans le but d’allier mes deux domaines éditoriaux préférés : la littérature de jeunesse et la vulgarisation scientifique. J’ai proposé à une ancienne collègue de mon master, Hermine Hémon, de rejoindre l’aventure en tant qu’éditrice et responsable de la communication. Trois ans plus tard, elle est aussi devenue responsable des droits internationaux.



- Qu’est-ce que les Editions Lucca ?


Lucca Éditions a officiellement vu le jour en janvier 2018. C’est une maison d’édition pour la jeunesse qui a pour but de faire découvrir les sciences et les cultures par le biais de la fiction. Le principe est de retrouver dans nos livres à la fois le plaisir simple d’une histoire racontée, la force onirique de l’imaginaire et la possibilité d’en découvrir et d’en savoir plus sur une science ou une culture.

Pour le moment, nous ne nous focalisons que sur deux formats de livre : le roman (illustré si possible) et l’album pour enfants, mais nous aimerions à l’avenir nous atteler à la bande dessinée pour la jeunesse, ce qui constitue un très gros projet parce que les réseaux et les lecteurs ne sont pas du tout les mêmes.

En revanche, nous visons tous les âges de la jeunesse : des tout-petits de 4 ans jusqu’aux jeunes adultes en passant par les adolescents et les juniors.

Notre but, outre la publication de livres, est aussi de proposer des animations et des ateliers avec la collaboration de nos auteurs pour que le savoir et la culture parviennent au plus grand nombre de jeunes, qu’ils soient lecteurs ou non. On essaie d’intervenir dans des écoles, des bibliothèques, sur des salons. C’est aussi un vaste projet qui demande du temps, mais cela nous semble très important.

Enfin, dernier aspect, si nous n’avons publié que des auteurs francophones pour le moment, nous allons faire entrer dès la fin d’année nos premiers titres traduits. Rien de mieux pour découvrir les cultures que d’aller puiser dans la culture littéraire d’autres pays !



- Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser dans la littérature de jeunesse, et plus spécifiquement la vulgarisation à travers la fiction ?


Je suis de la génération des Potterheads (ndlr : fan de la saga Harry Potter), la littérature de jeunesse m’a accompagnée pendant toute mon enfance et adolescence. Pullman, Tolkien, Rowling, Eoin Colfer, Lemony Snicket… l’imaginaire anglo-saxon et la culture jeunesse ont façonné mes préférences de lectrice. Sans oublier Jules Verne, indétrônable.


En ce qui concerne la littérature de jeunesse, elle est sans doute moins normée que la littérature adulte. Elle permet d’innover tant sur le contenu (par exemple en mélangeant de la vulgarisation scientifique et de la fiction, principe très anglo-saxon qui ne plaît pas nécessairement au public français très attaché au documentaire) que sur le format (les applis-livres, les livres-jeux, les pop-ups, etc.). On peut également mentionner le principe du double lectorat qui rend cette littérature encore plus passionnante : dans un album, le message que l’enfant recevra ne sera pas semblable à celui que l’adulte percevra. C’est en somme un espace de liberté et de créativité. La littérature de jeunesse permet aussi de redonner ses lettres de noblesse à l’illustration, complètement abandonnée dans les textes pour les plus grands, ce qui est bien dommage. Tous ces aspects me fascinent et laissent la porte ouverte à toutes les expérimentations.


Après la jeunesse, les livres de vulgarisation sont mes lectures préférées. J’adore lire, et j’adore encore plus lire quand le livre me plaît autant qu’il m’apporte de nouvelles connaissances. La vulgarisation scientifique a ce pouvoir de m’émerveiller et de me donner de nouvelles perspectives. C’est ce que nous cherchons chez Lucca Éditions : émerveiller avec la réalité.

Pour moi, il existe des liens très forts entre l’imaginaire (très présent dans la culture jeunesse) et la science, tous deux se nourrissant l’un l’autre. Alors les unir devient une évidence.



- Revenons sur les ateliers animés par vos auteurs, pouvez-vous nous en dire plus ?


Le principe fondateur de Lucca Éditions est de transmettre et de rendre accessible la science au grand public. Nous utilisons le livre et la fiction dans cette optique, évidemment. Mais les ateliers sont la suite logique de ces publications. De plus, nos auteurs étant des scientifiques de métier qui ont la volonté de transmettre leurs connaissances, organiser des ateliers était une évidence. C’est aussi l’occasion de créer un autre rapport entre le lecteur et les auteurs et, pourquoi pas, de susciter des vocations !

Par-delà l’aspect de la transmission, plus nous faisons d’événements, plus nous nous faisons connaître auprès du public, une visibilité plus que nécessaire pour un petit éditeur. A moyen terme, nous aimerions pouvoir participer/organiser des ateliers dans des zones plus rurales, où les jeunes ont moins de choix dans leurs activités culturelles.

Lorsque nous organisons des ateliers, ou même des dédicaces, nous défrayons et rémunérons nos auteurs selon les tarifs recommandés par la Charte des auteurs et illustrateurs de la littérature de jeunesse. C’est un élément important pour nous.


Nicolas Beck en dédicace à la bibliothèque Stanislas de Nancy le 19 septembre 2020

- Le 21 août 2020 est sorti Nix Olympica, le premier roman de Nicolas Beck. Pourquoi avoir choisi de l’éditer ?


Le thème du livre, le premier voyage habité vers Mars, nous a paru d’emblée prometteur. Et la façon dont Nicolas l’a traité, en évoquant toute l’histoire de l’exploration spatiale et en y ajoutant une dimension politique, nous a semblé pertinente. Nous pensions que Nix Olympica avait un potentiel énorme. C’est dans cette optique que nous avons essayé de le rendre aussi graphique que possible, pour que le contenant soit aussi attrayant que le contenu. Le roman est un juste équilibre entre vulgarisation scientifique et récit fictionnel, exactement ce que nous recherchons. La personnalité des différents personnages nous a plu aussi, ainsi que le fait que le roman n’aborde que le voyage spatial vers Mars, et non la colonisation qui s’ensuit. Le voyage est une thématique que nous apprécions particulièrement chez Lucca Éditions (sans doute un héritage de nos lectures assidues de Tolkien et de Verne) !



Et parce que Mon cher Watson devient de plus en plus curieux, nous avons également posé nos questions à l’auteur, Nicolas Beck


- Bonjour Nicolas, vous voilà à nouveau auteur d’un livre, un roman cette fois. Pouvez-vous nous pitcher Nix Olympica ?


Nix Olympica raconte le premier voyage habité vers la planète Mars, en 2037… Cinq astronautes embarquent dans cette aventure scientifique extraordinaire, dans un vaisseau qui sera leur habitation exigüe pour les six mois de ce long trajet. Comme on peut l’imaginer, à cinq dans un espace restreint, il arrive plein de péripéties à cet équipage, et c’est ce que nous raconte l’astronaute française, qui tient son journal de bord.

A travers le fil conducteur de cette épopée scientifique, le lecteur aura la possibilité de découvrir des dizaines d’informations sur la planète Mars et plus globalement sur l’exploration spatiale qui nous fait tous un peu rêver. J’ai aussi envie que chacun prenne un peu de hauteur - sans jeu de mots ! - sur la conquête spatiale : comprendre les enjeux, l’intérêt scientifique, mais aussi les dérives potentielles.


Quant au titre, il vous faudra parcourir les pages du roman pour en comprendre la signification !




- Nous vous avions rencontré il y a 3 ans pour la sortie de votre livre sur la vulgarisation scientifique. Comment passe-t-on de la médiation au roman jeunesse ?


Je ne suis pas passé de l’un à l’autre, j’ai juste mélangé les deux !

Cela faisait plusieurs années que j’avais en tête de travailler sur un livre, accessible au plus large public, pour utiliser la fiction comme vecteur d’information scientifique. Souvent, on entend qu’on est soit littéraire, soit scientifique, mais cette distinction n’a en réalité aucun sens à mes yeux. Le roman scientifique permet justement de montrer que l’on peut interpeller un public moins sensible aux sciences grâce à un livre. La fiction apporte ce décalage qui facilite le rapport au contenu scientifique qui pourrait paraître abscon en dehors de ce contexte. En inventant des situations exagérées voire farfelues, on peut amener le lecteur à s’interroger sur un sujet, et c’est là aussi l’objet de la médiation des sciences. Enfin, je pense que le livre permet aussi une appropriation plus forte d’un sujet, car on peut prendre son temps, revenir sur un passage qui nous a plu, manipuler et montrer l’objet quand il nous plaît…

Il laisse aussi la porte ouverte à des rencontres dans les collèges et lycées, des discussions avec le public. J’espère vivement avoir de nombreuses occasions de parler de Nix Olympica avec mes lecteurs !



Merci à Sandrine et Nicolas d’avoir accepté de nous présenter leurs deux projets !

Nous souhaitons vous souhaitons à tous un beau voyage sur Mars (ou ailleurs !)




Pour en savoir plus, sur les Editions Lucca :


Nix Olympica est aussi les réseaux !


Pour acheter Nix Olympica de Nicolas Beck :

  • sur le site des Editions Lucca directement ici !

  • dans toutes vos bonnes librairies !



Retrouvez toutes les enquêtes de Watson autour du “Livre” et de la “vulgarisation scientifique

Lire l’enquête précédente : “JEP2020 #4 : se former aux métiers de conservateurs et restaurateurs à l'Inp


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