• Géraldine B.

Coopératives d’activité et d’emploi : un modèle au service des métiers culturels et créatifs

Nous aimons présenter dans les billets de Mon cher Watson de nombreuses initiatives entrepreneuriales du secteur culturel et créatif. Les idées ne manquent pas et l’enthousiasme est toujours de mise, mais lorsqu’il s’agit de se lancer... les questions administratives et juridiques arrivent rapidement et peuvent décourager. Quel statut choisir ? A chaque entrepreneur sa situation, à chaque projet sa solution.


Aujourd’hui, nous souhaitons vous présenter un modèle économique encore mal connu : la coopérative d’activité et d’emploi (CAE) qui permet d’accéder au statut original d’entrepreneur-salarié. Et oui, les deux en un ! Les CAE font partie de la grande famille des Scop – sociétés coopératives et participatives – qui s’inscrivent depuis 2014 dans le cadre des lois de l’économie sociale et solidaire.

Les coopératives ne datent pourtant pas d’hier : elles trouvent leurs racines dans les mouvements ouvriers du XIXe siècle. Après avoir perdu de leur vigueur durant les 30 Glorieuses, âge d’or de la mondialisation marchande, elles reviennent en force depuis la crise de 2008. La raison en est simple : les sociétés coopératives appartiennent aux travailleurs qui, par la mise en commun de leurs efforts, retrouvent un pouvoir économique et de gouvernance. De nos jours, c’est une véritable révélation pour les jeunes générations que de bâtir de nouveau sur les fondations ce que l’on a souvent nommé « utopies sociales ». Et plus particulièrement dans le secteur culturel, où de nombreux professionnels cherchent à structurer leur activité tout en exprimant le désir de développer un modèle d’entreprise plus juste et solidaire.


Nous avons eu le plaisir d’échanger avec Charlotte Parseaud, chargée de d’accompagnement de développement de LA COOP A CABANA, pour évoquer plus spécifiquement le cas des coopératives d’activité et d’emploi dédiées aux activités culturelles et créatives. Nous lui laissons la parole et vous invitons à explorer les liens présents dans cet article pour vous renseigner sur les CAE et les réseaux proches de chez vous.


- Bonjour Charlotte, pouvez-vous vous présenter en quelque mots ?


Je travaille dans le secteur culturel, créatif et artistique depuis une dizaine d’année, principalement sur des fonctions de développement de partenariats, d’accompagnement méthodologique de projets pour des organisations, des réseaux et des structures culturelles. Tout cela en mixant le salariat, la mutualisation d’emploi et l’entrepreneuriat.


J’ai toujours cherché à générer des croisements entre la culture et d’autres secteurs. Pour moi, les liens entre l’économie sociale et solidaire et l’artistique, le culturel ou le créatif, sont une évidence. J’ai voulu contribuer à cela en intégrant une démarche sociétale et participative, que l’on retrouve fortement dans le modèle coopératif.


Aujourd’hui, je travaille au développement d’une Coopérative d’Activité et d’Emploi (CAE) dédiée aux métiers de la culture. C’est une structure qui offre de nouvelles possibilités et d’autres modèles de réussite aux artistes et créatifs.

Exposition Pauline Turmel © LA COOP A CABANA

- Pouvez-vous nous parler de LA COOP A CABANA, antenne coopérative culturelle en devenir sur la Dordogne et la Gironde ?

LA COOP A CABANA est en train de naitre d’une réflexion menée à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine. Ce territoire est vaste et la demande d’accompagnement et de solutions structurelles alternatives pour les professionnels de la culture s’accélère. Une quinzaine de CAE existent sur la région, dont Coop’Alpha (généraliste) et Consortium Coopérative (culturelle). LA COOP A CABANA vise à renforcer le dispositif d’accompagnement des entrepreneurs du secteur culturel sur les départements de la Dordogne et de la Gironde. Le relationnel est primordial pour l’écosystème coopératif culturel, les entrepreneurs ont donc besoin de services de proximité et de pouvoir facilement rencontrer d’autres coopérateurs avec qui ils partagent l’entreprise.


LA COOP A CABANA se présente donc à ce jour comme une antenne dédiée aux métiers artistiques et culturels sur la Dordogne et la Gironde. Elle cherche encore son modèle (mutualisation de compétence ou de moyens, création d’une nouvelle structure...) avec pour objectif de proposer des ressources et un parcours d’accompagnement dédié à la création d’emplois dans le secteur culturel et créatif. Et, en générant un cercle vertueux, de se développer en tant qu’entreprise coopérative culturelle composée de ces entrepreneurs-salariés.


- Comment présenter le trop méconnu statut d’entrepreneur-salarié proposé par les Coopératives d’Activité et d’Emploi ?


Le statut de l’entrepreneur-salarié est reconnu depuis la loi Hamon de 2014 sur l’Économie Sociale et Solidaire. C’est un statut à mi-chemin entre l’entrepreneuriat et le salariat. L’autonomie de l’indépendant, mais avec le cadre sécurisant du salariat. L’entrepreneur-salarié développe une activité au sein d’une entreprise partagée, qui va lui permettre de financer et structurer son emploi. La CAE met à son service divers moyens pour faciliter son travail : un numéro de Siret, une équipe d’appui pour l’accompagner, un service de gestion d’affaire et de comptabilité, divers avantages sur les territoires grâce aux partenariats et aux réseaux coopératifs. En CAE, on parle d’entrepreneuriat coopératif : les décisions sont prises par les entrepreneurs eux-mêmes, qui s’impliquent dans la gouvernance d’entreprise en accédant au statut d’associé.


Au-delà de la question du statut juridique et de la posture entrepreneuriale, la coopérative est un espace de projets et de collaborations multiples. Le statut d’entrepreneur-salarié ouvre la voie vers un nouveau rapport au travail et permet des expérimentations nouvelles dans sa trajectoire professionnelle. Il est pourtant encore peu et mal compris : nous avons un énorme travail d’information et de sensibilisation à fournir !


- En quoi les CAE sont-elles particulièrement adaptées aux activités culturelles ?

Métiers de l'artisanat © LA COOP A CABANA
Métiers de l'artisanat © LA COOP A CABANA

La personne qui entre en CAE ne cherche pas à générer des millions d’euros (c’est le collectif qui y arrive). Elle cherche à créer son emploi, se sécuriser, être dans une forme de bien-être social et professionnel. Les professionnels culturels et artistiques sont usés de rechercher en permanence un modèle de fonctionnement qui leur garantie cette stabilité. Il est urgent de sortir de la dichotomie entre précarité et industrialisation de l’activité artistique. L’artiste doit vivre de son métier pour gagner sa légitimité et continuer de nourrir (intellectuellement et financièrement) sa création. Pour cela, il doit rester en connexion avec des écosystèmes plus larges, quand ce soit dans le champ de la culture ou au-delà.


La CAE est adapté aux activités culturelles car elle offre un système de valeurs, un cadre de travail, accepte la multi-activité et la pluridisciplinarité artistiques comme un levier et un moteur d’innovation. De manière plus large, ces problématiques ne sont pas spécifiques aux champs des arts. Les CAE répondent à de nouvelles vision de l’emploi, de l’organisation, de l’innovation et d’un équilibre d’échelle entre local, économie et bien-être au travail. L’économie du travail reprend soudainement du sens et semble pouvoir se réconcilier avec la culture : c’est la force de l’Economie Sociale et Solidaire !

Présentation collective du projet Le Plongeoir © LA COOP A CABANA
Présentation collective du projet Le Plongeoir © LA COOP A CABANA

- La Coop A Cabana propose d’être un lieu d’expérimentation : de quelle manière organisez-vous cela ?

LA COOP A CABANA
© LA COOP A CABANA

LA COOP A CABANA propose un parcours expérimental d’accompagnement. Nous n’avons pas de lieu défini pour le moment, mais le territoire comme formidable terrain de jeu et les profils créatifs ouverts aux principes de la co-construction. La mobilité pourrait trouver sa place dans ce projet, pour aller davantage au contact des entrepreneurs. Si le contexte sanitaire nous le permet, nous irons à la rencontre des entrepreneurs dès les mois prochains pour tisser des partenariats utiles au développement des activités artistiques et créatives sur nos départements. Nous croyons que ces activités sont un atout et ont un rôle à jouer pour le développement pour les territoires. De nouveaux liens commencent tout juste à se créer et nous donnent confiance en l’avenir.

Un grand merci à Charlotte Parseaud de nous avoir permis de parler des CAE et du statut d’entrepreneur-salarié, qui offre de belles perspectives aux entrepreneurs du secteur culturel !


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