• Anne-Sophie M.

BLA! - Fédérer, partager, fortifier la médiation culturelle en art contemporain

Médiateur·trice culturel·le, chargé·e des publics, responsable du service des publics, chargé·e des actions éducatives, chargé·e de programmation culturelle, chargé·e d’accueil... Vous avez sans doute déjà croisé le chemin de BLA! – l’association nationale des professionnel·le·s de la médiation en art contemporain.

Créée en 2017 à l’initiative d’une dizaine d’acteur.trices.s actif.ves.s dans ce domaine, cette structure dynamique et audacieuse a pour objectif principal de fédérer et structurer au mieux l’ensemble de ce secteur. S’adressant tant aux professionnel·le·s (employés salarié·e·s ou indépendants) qu’aux structures d’art contemporain, BLA! met en place des actions favorisant le partage d’expériences, les collaborations, créant ainsi des synergies enrichissantes et constructives. Elle intervient, entre autre, dans la formation continue des médiateur.trices.s, promeut les actions de médiation initiées par ses membres et souhaite faire (re)connaître et valoriser les professions qu’elle représente, notamment auprès des pouvoirs publics.


Piqué de curiosité, Mon Cher Watson s’est tourné vers Cyrille Guitard, co-fondateur de l’association, pour en savoir plus sur le programme riche et ambitieux de BLA!


- Bonjour Cyrille Guitard, pouvez-vous nous présenter votre parcours et ce qui vous a amené à prendre part à l’association BLA!


Je suis diplômé en histoire de l’art, à l’issue d’un parcours à l’école du Louvre et à l’université Rennes 2. Médiéviste de formation, je me suis aussi beaucoup intéressé à l’art contemporain, ce qui m’a conduit à faire des stages dans des structures de production et de diffusion, et notamment au centre d’art 40mcube à Rennes, où je travaille maintenant depuis 14 ans en tant que chargé de la médiation et de la communication. Mes expériences d’enseignant à l’université de Rennes 2, depuis 2005, ont profondément ancré un intérêt pour la transmission. Cela se retrouve aujourd’hui dans mon travail de médiation, qui m’offre la possibilité d’expérimenter des formes nouvelles d’échanges avec les publics, avec un principe d’horizontalité.

En 2017, avec plusieurs autres personnes, j’ai participé à la création de BLA!. L’association, qui s’est structurée sur le modèle collégial, est pilotée pour un conseil réunissant 8 à 12 personnes qui reflète la diversité des professionnel·le·s.


BLA! réunit des personnes morales et des personnes physiques, médiateur·trice·s aux profils très variés, non seulement du point de vue de la formation initiale de chacun·e (histoire de l’art, arts plastiques, écoles d’art, avec aussi bien des parcours généralistes que spécialisés dans la médiation) que des lieux d’exercice de leur métier (centres d’art, musées, fondations, fonds régionaux d’art contemporain, indépendant·e·s, etc.) ou des intitulés de poste. Participer à cette aventure est passionnant : il y a beaucoup à construire, et travailler sous le mode de la collégialité révèle la force du collectif et crée des liens très forts entre les membres de l’association.

Summer School 2019. Atelier sur les nouvelles formes de l’attention avec Géraldine Gourbe, chercheuse en esthétique et commissaire d’exposition. Photo : Cyrille Guitard.

- Dans quel contexte l’association BLA! s’est-elle créée et à quelles fins ?


En 2017, il n’existait plus de cadre réunissant au niveau national les médiateur·trice·s. L’association Un moment voulu, qui pendant une dizaine d’année années avait travaillé en ce sens, avait alors cessé ses activités et un besoin, exprimé très directement par les professionnel·le·s, se faisait sentir. Avec plusieurs médiateur·trice·s, nous avons alors créé BLA!, une structure qui permet de rassembler tou·te·s les professionnel·le·s.

Pour résumer, BLA! est née d’une volonté de fédérer les professionnel·le·s et de structurer nos métiers. Il est essentiel que les médiateur·trice·s puissent se réunir au niveau national pour créer des espaces d’échange et de partage d’expériences, des temps de formation, et pour participer à la structuration de notre secteur d’activité. Nous souhaitons également que BLA! soit un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics et que nous puissions accompagner les réflexions sur l’évolution de nos métiers.

BLA! puise aussi sa légitimité dans la place qu’occupe actuellement la médiation : les politiques culturelles mettent depuis longtemps en avant (et encore plus fortement ces dernières années) les questions de la transmission, de la sensibilisation des publics, de l’éducation artistique et culturelle, autant de missions qui sont accomplies par les médiateur·trice·s. Or ce métier est encore mal connu et peu valorisé malgré les nombreuses compétences requises et le niveau d’étude. Il nous semble que BLA! a un rôle à jouer pour faire bouger les choses de ce point de vue.

Les besoins en formation des médiateur·trice·s sont aussi importants : au quotidien, nous expérimentons avec les publics, les artistes, les œuvres, et nous renouvelons sans cesse nos pratiques, qui ne sont jamais figées. BLA! propose ainsi des journées professionnelles, des journées d’étude, ou des Summer School qui permettent d’acquérir de nouvelles connaissances théoriques et pratiques.

Rencontre sur l’accessibilité avec l’intervention de l’artiste Camille Llobet. Organisée en partenariat avec le Pôle arts visuels des Pays-de-la-Loire. Photo : Cyrille Guitard.

- De quelles façons participez-vous à la structuration des professions de la médiation culturelle ?


Les temps de rencontre que nous organisons régulièrement sont essentiels pour structurer nos métiers. Ils favorisent dans un premier temps l’interconnaissance et le partage d’expérience, ce qui permet ensuite de dresser des constats et de définir des thèmes pour des moments de travail collectif.

En tant que membre du CIPAC (Fédération des professionnels de l’art contemporain), dont nous avons d’ailleurs récemment intégré le conseil d’administration, nous pouvons apporter notre expertise pour définir des thèmes de formations professionnelles et proposer des formateur·trice·s.


Nous avons également des échanges avec les services du ministère de la Culture (DGEA DGCA, Direction générale de la création artistique) ou avec le Cnap (Centre National des Arts Plastiques), que nous souhaitons approfondir à l’avenir afin de faire remonter les enjeux actuels de la médiation et la réalité du travail mené par les professionnel·le·s.


Nous avons aussi depuis plusieurs années des échanges avec des chercheurs des Mines Paris Tech, avec l’idée de mener une étude sur nos métiers. Des premières phases ont été réalisées, et nous sommes maintenant à la recherche de financements qui nous permettraient de concrétiser une telle étude. Celle-ci manque cruellement pour cerner précisément les contours d’une profession et les conditions d’exercices exercice. À partir de là, il sera possible d’envisager ce qui doit être amélioré pour les professionnel·le·s.

Journée d’étude sur les métiers de la médiation. Intervention de Frédéric Kletz, enseignant chercheur aux Mines Paris-Tech. Photo : Cyrille Guitard.

- Comme vous l’avez mentionné, BLA! a la volonté d’être un interlocuteur privilégier des pouvoirs publics. Comment cela se manifeste-t-il concrètement ?

Parmi les actions menées en 2020, nous avons par exemple réalisé une étude sur les répercussions de la crise sanitaire sur les professionnel·le·s de la médiation. Nous avons constaté qu’entre reports et annulations de projets, développement des outils numériques et travail à distance avec les publics, il y a eu autant de difficultés pour faire notre travail que de dispositifs inventés pour garder le lien avec ces publics. Cela témoigne de l’immense capacité d’adaptation des médiateur·trice·s.


Nous avons aussi voulu voir les répercussions sur les professionnel·le·s. Si les personnes salariées ont été le plus souvent épargnées d’un point de vue économique (c’est toutefois plus le cas pour les personnes en CDI que pour celles en CDD), il en va autrement pour les indépendant·e·s qui ont vu leur activité chuter fortement, avec des pertes de revenus conséquentes. Cela témoigne bien que ce statut comporte une part de précarité et que, contrairement à la tendance actuelle, il n’est peut-être pas souhaitable qu’il se substitue à des contrats tels que le CDI.


- Qu’est-ce qui vous motive particulièrement dans la mise en place d’un projet de médiation culturelle ?

Les rencontres, le partage, l’échange, la transmission, le travail collectif, l’émancipation, la découverte… sont autant d’éléments moteurs qui donnent du sens au travail des médiateur·trice·s. La volonté d’inventer de nouveaux cadres pour nos actions, adaptés aux publics, est une préoccupation constante. Je ne peux pas négliger non plus l’idée que notre travail, au quotidien, favorise une forme de cohésion sociale, participe au vivre-ensemble, à la construction de la citoyenneté… Ce ne sont pas que des vœux pieux, nous le constatons au quotidien lorsque nous intervenons auprès des publics, et je ne parle pas ici que de ceux qui sont le plus éloignés de la culture.

BLA!, journée professionnelle aux Ateliers de Rennes - biennale d’art contemporain, novembre 2018. Rencontre avec les équipes de médiation et découverte des dispositifs de médiation mis en place. Photo : Cyrille Guitard.

- Quelles sont les ambitions de BLA! pour les années à venir?


En ligne de mire pour 2021, BLA! proposera une Summer School dont l’un des objectifs sera la finalisation de la rédaction d’une charte éthique qui découlera en grande partie de temps de travail collectif prévus au printemps 2021.

À plus long terme, BLA! développera une plateforme de ressources en ligne, un site Internet qui proposera des ressources, une boîte à outils avec des exemples de contrats, de conventions, de textes législatifs, etc., mais aussi des retours sur des actions « exemplaires ».

Enfin, l’étude sur notre métier reste un des objectifs à long terme de l’association.

Pour mener tout cela, nous espérons pouvoir être en mesure de créer dès 2021 un poste salarié, grâce au soutien du ministère de la Culture.

Summer School 2019. Atelier avec la graphiste Roxane Maillet. En partenariat avec la Villa Arson, et avec le soutien de Lafayette Anticipations. Photo : Cyrille Guitard.

De beaux projets en vue ! En ces temps incertains, l’association incarne une mission essentielle pour préserver et enforcir l’avenir des professionnel.les.s du domaine de la médiation culturelle en art contemporain. Nous souhaitons donc à toute l’équipe de BLA! une excellente continuation et de belles réussites dans ses ambitions. Nous remercions encore chaleureusement Cyrille Guitard de nous avoir fait découvrir avec autant d’envie et de passion les activités et les actions de l’association.


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