• Aurélie R.

Conservation-Restauration : préserver les biens culturels


Parmi les métiers "passions" que l'on trouve dans le secteur culturel, il y a celui de restaurateur. Qui n'a jamais rêvé de savoir réparer une statue abîmée, nettoyer une peinture dont le vernis a jauni ou sauver un livre rongé par l'humidité ?

Oui, mais voilà, la restauration d'une oeuvre d'art est bien plus complexe. Il ne s'agit pas juste de "réparer" une oeuvre, mais bien de prendre en charge tout le processus de conservation et de préservation de l'objet. Tout cela avec des matériaux ou des conditions très différents.

La profession est régie par des règles pour préserver les oeuvres d'art et biens patrimoniaux dans les meilleures conditions, pour permettre au public de la comprendre tout en préservant son intégrité.

Pour un savoir plus, Mon cher Watson s'est tourné vers la Fédération Française des professionnels de la Conservation-Restauration (FFCR) et a posé ses questions à Aude Mansouri, sa présidente.

- Bonjour Aude, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

Après avoir étudié l’histoire de l’art, j’ai suivi un cursus en conservation-restauration des biens culturels, spécialité « textiles », à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et j’ai obtenu un master dans cette discipline. Depuis 2006, je travaille, seule ou en équipe, sur toutes sortes de textiles plats ou en volume (costumes, tapisseries, textiles de mobilier, etc.), essentiellement pour des musées, des monuments historiques et des collectionneurs privés. Je travaille, entre autres, pour le musée des Arts Décoratifs, le Palais Galliera, le château de Versailles et le Centre des Monuments Nationaux.

En 2014, j’ai voulu m’engager activement pour ma profession, je suis entrée au conseil d’administration de la FFCR dont j’ai été élue présidente en 2016. Depuis, j’exerce cette fonction bénévolement en parallèle de mon activité professionnelle.

- Pouvez-vous nous présenter la profession de conservateur-restaurateur ?

Le champ d’action d’un conservateur-restaurateur est extrêmement varié. Il peut intervenir sur toutes sortes de collections et de matériaux : peinture et sculpture bien évidemment, mais aussi objets archéologiques et ethnographiques, livres et dessins, textiles dans mon cas, en somme tout ce qui constitue notre patrimoine et qu’on qualifie de « bien culturel ». Nous travaillons essentiellement pour le secteur public. Contrairement aux pays anglo-saxons, en France la majorité des conservateurs-restaurateurs exerce en indépendant.

Pour se former à la conservation-restauration des biens culturels, il existe quatre formations publiques en France : un master spécialisé à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’Institut national du patrimoine et des cursus spécifiques dans les écoles supérieures d’art d’Avignon et de Tours. Sans l’un de ces diplômes, impossible d’intervenir sur les collections des musées de France. Quelle que soit la spécialité que nous choisissons, nous avons tous une méthodologie commune et nous suivons un code de déontologie spécifique, qui a été adopté au niveau européen. Nous nous distinguons des restaurateurs traditionnels par le fait que nous ne créons pas d’objets nouveaux, que nous tenons nos compétences de notre formation initiale et du partage des connaissances : chez nous, pas de secret d’atelier, nous communiquons sur nos traitements, notamment grâce aux rapports qui rendent systématiquement compte de nos interventions.

Nous parlons de « conservation-restauration » car, la majorité du temps, nous mettons en œuvre des actions de conservation curative : nous stabilisons les œuvres, nous arrêtons une dégradation ou limitons la progression des altérations, ceci au terme d’une réflexion de compréhension de ces phénomènes. Nous pouvons également mettre en œuvre des mesures de conservation préventive en agissant sur l’environnement de l’œuvre pour la préserver. La « restauration » est l’étape ultime, qui redonne de la lisibilité à l’œuvre (par exemple par la retouche). Cette dernière action est facultative et toujours réversible. L’appellation « restaurateur » ne reflète donc qu’une petite partie de notre activité.

Dans la vie du conservateur-restaurateur il est rare qu’une journée ressemble à la précédente, nos missions sont extrêmement variées et chaque œuvre a une problématique différente. Nous pouvons travailler dans nos ateliers ou sur place, dans notre ville ou partout sur le territoire. Non seulement nous intervenons sur les objets mais nous pouvons également faire de l’assistance à maîtrise d’ouvrage, du conseil pour définir, piloter et exploiter un projet ; nous pouvons réaliser des études préalables sur une collection dans son ensemble, conseiller pour la manipulation et la mise en exposition de collections, nous pouvons participer à des programmes de recherche sur les matériaux constitutifs des objets et la mise au point de nouvelles techniques pour les préserver…

- Qu'est-ce que la FFCR ?

La FFCR est la Fédération française des professionnels de la conservation-restauration. Elle a pour but de promouvoir et de défendre notre profession. Elle est uniquement composée de conservateurs-restaurateurs et compte environ 350 membres, soit 25 % des conservateurs-restaurateurs en activité. Les actions sont menées par le conseil d’administration, les groupes de travail thématiques (monuments historiques, marchés publics, assurances, etc.) et par les délégations régionales. Nous travaillons avant tout pour une reconnaissance officielle de notre profession car à ce jour, nous n’avons pas de titre protégé et n’importe qui peut se faire appeler « conservateur-restaurateur » ou « restaurateur du patrimoine ». Nous menons également des actions pour améliorer nos conditions d’exercice, par le dialogue avec les pouvoirs publics et par le conseil et l’information auprès de nos adhérents et de la profession plus largement.

Notre site internet (www.ffcr.fr) vise à regrouper toutes les informations sur la discipline, aussi bien à destination du public que de nos adhérents.

- Quelle est l'importance du réseau dans le monde professionnel et plus particulièrement la culture ?

Il est impossible d’envisager la préservation d’un bien sans travailler en interaction avec l’ensemble des professions de la chaîne patrimoniale : conservateurs, architectes, archéologues, régisseurs, médiateurs, socleurs, installateurs… Bien se connaître, identifier clairement les missions et les compétences de chacun permet d’être plus opérationnel.

Nous avons cherché à mettre en avant l’importance du dialogue au cours du projet de conservation-restauration par une série d’événements que nous avons organisés à l’occasion de l’année européenne du patrimoine culturel, en 2018. Nous avons notamment réalisé une série de portraits autour d’une sculpture représentant Sainte Élisabeth attribuée à Ligier Richier, artiste lorrain du XVIIe siècle : à lire ici.

Pour entretenir et développer ces liens interprofessionnels, la FFCR siège aux conseils d’administration d’ICOM-France (le conseil international des musées) et du CIPAC (fédération des professionnels de l’art contemporain), nous travaillons également régulièrement avec les associations des professions partenaires (conservateurs, régisseurs, archéologues…), nous sommes en lien étroit avec les formations en conservation-restauration. La FFCR est également membre de l’ECCO, qui regroupe les associations professionnelles de conservateurs-restaurateurs de nombreux pays européens.

- Vous êtes particulièrement actif sur les réseaux sociaux. Quel est l'intérêt ?

Les réseaux sociaux constituent un formidable outil pour faire connaître la profession à un large public, sans filtre. Dans notre profession, nous souffrons des clichés perpétués par certains articles de presse : on imagine toujours le restaurateur seul dans son atelier, avec ses secrets, effectuant le même geste pendant des heures, d’où le poncif « il en faut de la patience… » que l’on entend si souvent. Les réseaux sociaux permettent de balayer cette image et nous donnent l’occasion de présenter la diversité des missions qui nous sont confiées et le panorama des compétences mises en jeu. Cela nous permet également de développer notre réseau et de créer une proximité avec les conservateurs-restaurateurs mais aussi d’autres acteurs du patrimoine, et même du grand public, de relayer les actualités de notre association et plus largement de notre secteur.

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Merci à Aude Mansouri de nous avoir dévoilé les secrets de la conservation-restauration.

Lire l'article précédent : Des lycéens inventent les éditions Turfu

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